Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Gaston Chaissac à Raymond Queneau : correspondance

Quevert et Pauneau. Vente aux enchères

Le lundi 17 juin 1991, maître Loudemer a vendu à Drouot des lettres, manuscrits, livres, etc… Parmi ceux-ci, des correspondances de Chaissac et Dubuffet. Un superbe catalogue a heureusement donné une idée de ces inédits. Nous en reproduisons les pages qui peuvent intéresser les amateurs d’art singulier.

Correspondance : Chaissac
Correspondance : Chaissac à Queneau

CHAISSAC (Gaston)

IMPORTANTE CORRESPONDANCE ADRESSÉE À RAYMOND QUENEAU, comprenant 95 LETTRES AUTOGRAPHES signées, (3 d’entre elles à sa femme Janine), 263 pages sur 161 feuillets de divers formats, le plus grand nombre sur papier d’écolier.

CETTE CORRESPONDANCE,  qui COUVRE PLUS DE DIX ANS, EST ENTIÈREMENT INÉDITE. C’est un document de premier ordre pour comprendre la personnalité de Chaissac. La et les qualité(s) du destinataire, les sujets qui y sont abordés, la grande liberté de ton, font de ces lettres une véritable œuvre littéraire, artistique, polémique. Tous les traits du caractère de ce personnage, moins facile à cerner qu’il ne parait au premier abord, apparaissent ici : sincère et enthousiaste, parfois un peu roublard, tendre mais aussi colérique, modeste et parfois matamore. Chaissac clame ses convictions artistiques, politiques, sociales : tantôt républicain libertaire et pacifiste, tantôt moraliste rustique et dévot candide. Ici c’est mort aux vaches, là c’est vive Jésus !

Dans la plupart des lettres on retrouve les thèmes suivants : ses travaux de peintre et de dessinateur, ses ambitions d’écrivain et de critique, ses lectures, ses opinions sur le milieu officiel de l’art, les critiques,les marchands, sa vie à la campagne, les nouvelles du village et de ses habitants ; certaines pages sont des chroniques poétiques des «travaux et des jours », au fil des saisons; dans d’autres il crée de véritables types avec un grand talent de narrateur: l’homme qui fait pipi au lit, celui qui part à la pêche aux grenouilles avec une belle, qui n’a jamais connu l’amour, Madame Abeille, qui vendait des supports-chaussettes aux allemands, l’enfant de chœur qui a échoué au certificat d’étude…

La première lettre datée de cette correspondance porte le cachet de mai 1944. C’est une réponse à Queneau, vraisemblablement la première, que nous reproduisons intégralement :

Monsieur, Je me demandais si quelqu’un vous avait signalé mes tableaux ou si vous les aviez découvert tout seul, et vous me le dites dans votre lettre. Vous ne me dites rien de mes écrits, ce qui me fait supposer qu’ils ne vous emballent pas. Alors vous trouvez que de la fraîcheur et l’originalité manquent dans les œuvres de trop de peintres. En tout homme il y a certainement l’étoffe d’un grand artiste mais les éducateurs détruisent soigneusement cela. Et on s’éloigne de la vérité.
Quant à ceux que mon dessin scandalise, il ne faut pas qu’ils soient bien occupés, ni bien conscients de la réalité,pour attacher tant d’importance à des choses comme ça.
Vous me parlez de mes toiles, ce ne sont pas des toiles hélas. mais de pauvres cartons peints. La purée quoi. Ma passion pour la peinture n’est pas énorme. De nos jours beaucoup trouvent que de marcher sur les mains est mieux que de marcher sur les pieds.
Je dessine sans faire d’acrobaties. je dessine avec autant de facilité que je respire. Et j’ai fait déjà je ne pourrai dire combien de milliers de dessins
Je me suis demandé si je ne ferais pas mieux de faire photographier mes productions et de les détruire ensuite. Des photos d’elles ce serait assez bon pour la majorité des gens. La vie n’est pas toujours belle a cause de tous ces enculés qui sont toujours près à se déculotter.
Moi, en digne gueux, j’ai toujours été mal culotté, mais j’aime mieux ça que d’être comme ces enculés qui se prostituent pour être bien habillés.
Trop d’hommes n’ont plus de couilles au cul.
Et il y a trop de femmes à barbe.
Tant qu’il se trouvera des hommes sandwich, tant que les hommes et les garçons porteront les cheveux long, il ne faudra rien attendre de bon.
Tant que les hommes qui sont honnêtes ne diront pas merde aux barreurs de routes il ne faudra rien attendre de bon.
Tant que l’esclavage durerait. il ne faudrait rien attendre de bon.
Mais l’homme ainsi que tout ce qui est sur terre est améliorable.
Faire au goût du vainqueur, tel est le mot d’ordre.
Et ça explique les fréquents changements de mode.
Enculés, régénérez, soyez des hommes. Il vous faut du fouet pour devenir viril et vous en recevrez.
Ne vous faites pas de bille pour l’avenir de l’art Monsieur Queneau, l’ère de la fadeur s’achève, l’homme sera bientôt vainqueur. Salutas. Chaissac.

Comment l’auteur des Enfants du Limon n’aurait-il pas été séduit par un artiste aussi typiquement « hétéroclite » ? Car c’est bien une œuvre hétéroclite, faite d’amalgames, de fulgurances, d’autodidaxie. Les quelques extraits que nous reproduisons ne peuvent donner qu’un faible aperçu de la richesse des thèmes abordés, qu’il s’agisse de ses préoccupations personnelles ou du tableau qu’il donne de la France de cette époque. Pratiquement aucune lettre n’est datée. Les dates que nous donnons sont celles du cachet de la poste.

25.11.44… Je suis artiste et n’arrive pas à être autre chose. Pour être autre chose il m’aurait fallut que ça me soit possible de m’abstenir de ne pas monter la c6te. Enfant mon temps était pris par les fleurs, les rêveries, les acrobaties, les marches vers des endroits que j’aimais ou des endroits où je n’étais jamais allé, Et je passais de long moments à cheval sur des murs. Des murs immobiles hélas…
Sans doute ai-je l’âme très proche des artistes de cirque qui comme moi savent à peine écrire et ne sont instruits que par ce qu’ils ont vu…

[1944?]… Mes choux-raves grossissent depuis qu’il pleut. J’ai assez lu de livres de chez Gallimard pour savoir qu’il faut écrire mieux que j’en suis capable pour y être édité. A Nanterre j’ai connu un vieux qui voulait m’emmener ci la messe et qui voulait me branler. J’aurai été heureux qu’il me demande quelque chose que je puisse lui accorder. Deux ans plus tard j’ai dû partager ma chambre avec quelqu’un que je connaissais à peine. Bientôt il m’a raconté un tas de choses, qu’il avait les 2 sexes, etc. Il portait une culotte petit bateau: que je ne lui ai jamais vu enlever, et aussi des bas de femme. Un jour j’ai fait inutilement toutes les boutiques du bourg voisin parce qu’il m’avait demandé de lui rapporter un soutien gorge. il avait envie de ça…

[début 1945]… Si ça vous intéresse d’avoir des détails sur moi sachez que je suis gros mangeur, surtout de pain… Ici, vous pourrez manger du pâté (pas en boîtes de fer blanc) tant que vous voudriez, du biftèque saignant également des haricots secs a en avoir le ventre tout gonflé, et tout et tout… Regardez-vous dans votre glace et reconnaissez que vous n’êtes pas beau à voir et que c’est urgent pour vous de changer d’air… et de table surtout…
p.s. j’ai autant envie de faire de la cordonnerie que d’être cardinal.

[1945 ?]… Il est vrai que j’ai eu très rarement l’envie de peindre et j’ai surtout peint par manque d’autres occupations. Et je pensais que si mes tableaux me rapportaient de l’argent que cet argent me permettrait de faire autre chose que de la peinture… (j’ai peint une fois quelque chose de bien après avoir vu une photo d’un tableau de Braque)… Nous verrons-nous un jour ? c’est peut-être souhaitable. Vous me trouveriez très différent de ce que vous pouvez m’imaginer. Je suis tout autre que ce que j’exprime… On m’a dit que vous étiez un grand écrivain. Je n’ai jamais rien lu de vous à part cette invitation d’exposition que vous m’avez envoyée. Valez-vous Lebesgue ? Enviez-vous Lebesgue ?…

[1945]… Vous m’avez rendu grand service en m’envoyant ces couleurs car de ne pas peindre me rend malade, me donne des malaises pénibles qui disparaissent comme par enchantement quand je crée des tableaux. Je peints directement sans rien tracer auparavant au crayon, les formes que je trouve au pinceau sont meilleures… Si mes tableaux devenaient moins étranges, moins bien construits qu’ils le sont dans ce que je fais maintenant et perdraient la fraîcheur et la spontanéité qu’ils ont, et même simplement si je ne faisait jamais mieux que maintenant ce serait peut être regrettable… Il n’y avait pas de tubes de noir dans votre cadeau, d’où nécessité de me passer de cette couleur qu’autrefois je pensais ne pas pouvoir me passer, mais je me trompais…

[1945]… J’ai écrit des lettres avant d’écrire des contes; un jour je me suis aperçu que ceux à qui je les envoyais les montraient à d’autres, ça m’a beaucoup déplut et je n’ai plus guère écrit que des lettres qu’on peut montrer à tout le monde, comme font les écrivains…

[1945]… Je comprends votre rêve de vous occuper d’une galerie, et il est nécessaire que quelques galeries soient dirigées par des hommes comme vous… Je me trouve dans une situation bien pénible et le ministère de l’agriculture me rendrait bien service en m’accordant l’emploi que je lui demande. Étriller, brosser un cheval c’est presque peindre, et le conduire m’intéresserait autant que de conduire mon pinceau pour tracer des arabesques …

4.45… Je pourrais aussi vous envoyer des dessins À colorier, ainsi la collaboration serait encore plus complète. Des tableaux signés Queneau – Chaissac ou bien encore Quessac ou Chaineau, serait-ce si mal ?

4.45… Plusieurs de mes récentes caricatures à la plume me semblent bonnes. Ces choses qui ne sont pas coloriées exigent un meilleur dessin… Vous jugerez sans doute idiote mon idée de me faire rouler par un marchand par espoir qu’il pourrait en résulter une bonne publicité pour moi mais cela ne prouve-t-il pas un inconscient désir en moi d’être exclusivement un peintre?…

23.5.45… Je vous ai parlé de collaboration, si vous vouliez tenter la chose le mieux pour vous serait tout simplement de faire quelques tâches de couleur le plus arbitrairement du monde et j’engloberais vos taches dans d’autres taches. Ça ne vous prendrait pas plus de temps que de rouler une cigarette …

23.10.45… Qu ‘on sache que je vous envoie des colis peut-être que ça vous gêne pour dire du bien de ma peinture. Si ça vous gêne et bien n’en dites pas de bien et dites en plutôt du mal, qu’elle n’est pas si extraordinaire que certains le disent…

1945. Vous paraissez souhaiter que mes peintures soient à paris. Je pourrais envoyer des tableaux en dépôt à un marchand de tableaux de paris s’il s’en trouvait un qui consente à cela. Puisque Mr Maeght n’accapare pas toute ma production je pense que je pourrais faire cela sans crainte…

3.46… Je ne me dit pas artiste, je ne me dit pas poète. mais je me sens artiste, je me sens poète parfois. Je me sens paysan. Je me sens traceur de pistes, guide. Je me sens. dompteur. Je me sens prêtre. Je me sens voyageur. Et je me sens surtout le spectateur d’une pièce ou tous les hommes et tout ce qui existe sur la terre, jouent un rôle. Je me sens un soldat qui doit lutter pour la paix. Je me sens tout …

[?]… Plutôt que de peindre des tableaux, j’écris maintenant des manuscrits dans lesquels je loge certaines opinions que je serais bien idiot de fournir gratis et je forme toute ma suite de dessins avec l’écriture des textes. J’ai casé ainsi des choses sur des défenses diverses : défense de la classe ouvrière, etc. Et toutes sortes d’autres choses et jusqu’à des choses pour éclairer et édifier artistes et mécènes …

9.4.46… Est-ce qu’on crève toujours de faim à Paris? Au siècle dernier c’est à st. francisco et dans d’autres villes américaines qu’on crevait de faim mais le gouvernement des états unis d’Amérique a alors distribué des terres a ces affamés et tout c’est arrangé pour le mieux. Il faudrait que le gouvernement distribue des terres à vous Monsieur Queneau et à beaucoup d’autres parisiens. Et vous partiriez dans votre domaine planter des choux et cultiver de la farine panifiable, élever une vache à lait et des poulets. Vous trouveriez quelques campagnards comme en Amérique ils avaient trouvé quelques peaux rouges. Ont-ils mal fait de n’en guère tenir compte? Il y avaient les nécessités du moment…

27.4.46. Cher Monsieur Queneau. Madame Abeille qui est une dame à qui j’ai eu un jour l’occasion de faire cadeau d’un bout de ficelle de lieuse a été dans le chiffon, à 8 ou 9 ans elle a été placée chez un chiffonnier et elle a ramassé les peaux de lapins dans les campagnes. Quand elle a été grande elle s’est mariée avec Monsieur Abeille et c’est pour ça qu’elle s’appelait Madame Abeille quand je lui ai donné un bout de ficelle et elle s’appelle encore comme ça. Et elle est aujourd’hui séparée de sa fille la jeune Abeille. Mme Abeille une fois mariée ne resta pas chiffonnière, elle devient mercière à Sainte-hermine (Vendée). Elle était belle comme une sirène. Elle est en prison pour des années pour avoir fait du commerce avec les allemands je crois, elle leur aura sans doute vendu du fil à coudre et des supports-chaussettes.

Pendant la guerre j’avais lu sur un journal que les toiles de Braque ne déconcertaient pas les officier allemands et qu’ils les lui achetaient. La grande ruche où Madame Abeille séjourne n’est pas garnie de gâteaux de miel. Je n’ai jamais lu sur un journal que les supports-chaussettes de Madame Abeille ne déconcertaient pas les allemands et qu’ils les lui achetaient…

[juillet 1946]… À paris j’ai appris que des gens disent que mes contes sont de vous aussi je viens vous demander un certificat attestant qu’ils ne sont pas de vous. Je ne pas vous demander de certifier qu’ils sont de moi car vous n’en savez absolument rien, et c’est dommage car si je n’arrive pas a prouver qu’ils sont bien de moi j’aurais sans doute du mal pour trouver un éditeur…

[juillet 1946]… je goûte peu les tableaux comme ceux que j’ai vu au salon des réalités nouvelles et préféré de beaucoup du figuratif médiocre à du non figuratif médiocre… tant mieux que je n’avais plus rien d autre que des vieux. journaux pour peindre dessus puisque j’ai maintenant des portrait peints sur des Journaux. Ça se défend, un Journal c’est d’ailleurs assez pictural, c’est noir sur blanc, les colonnes font de 1’effet, le gros titre aussi, et puis certains espaces blancs dus au hasard de la composition sont fort curieux..

25.9.46… Je pense à fonder un petit journal humoristique que j’appellerai France Blanche et je tiendrais a avoir votre collaboration mais si vous êtes réellement communiste comme on me l’a dit, je doute que vous consentiez à collaborer à un journal de ce nom…

20.11.46. quand… je suis allé chez vous pour ne vous pas y trouver j’aurais dû étant à votre porte essayer au moins de regarder par le trou de la serrure pour voir comment c’était chez un prince de l’humour..
p.s. Je suis en train de faire un dessin à la plume obtenu par l’assemblage de morceaux provenant d’un dessin de André Marchand découpés en morceaux. Sur tous mes dessins obtenus ainsi j’écris une petite note explicative où j’indique l’origine des morceaux.

[1946 ?]... Dans un coin de notre cuisine, une graine qui est tombé dans une fente du carrelage où elle à trouvé un peu de terre et d’humidité a donné naissance a une plante bien chétive qui ne grandira guère et ne tardera pas à mourir. Il y a sur cette terre des gens qui se trouvent dans des situations semblables… La guerre a fait beaucoup de mal. Il n’y a qu’un seul remède et ce remède c’est la nationalisation de toutes les entreprises sauf l’agriculture..

[1946 ?]… Je me préoccupe des problèmes de l’art mural. Comme les poètes admirateurs de la peintures de Dubuffet chantent la beauté de la brique comme matière ça m’a donné une idée pour la peinture murale. Dans le mur il n’y a qu’à gratter le plâtre jusqu’à la brique par endroit, c’est à dire mettre la brique du mur à jour. Et ça fait même relief, un merveilleux relief . On met un peu de peinture là où la brique ne parait pas. C’est à mettre à la mode…

[1947]… Je me sens de la lassitude, l’effet de la drogue peut-être. J’en use et même en abuse, moins par vice que pour me permettre de créer des choses plus sensationnelles. Il faut bien faire des sacrifices…

[1947]… Je trouve les veaux stupides, les blancs moutons trop bêlant et d’un blanc trop sale, les cochons trop cochons cochons dimension graduées et les chèvres ont perdu a mes yeux la distinction que je leur trouvais. Le cheval je ne puis rien en dire puisque je me le suis choisi comme dada et que comme dada , il vaut autrement mieux que le dadaïsme et les autres dadas..

25.4.47… Ne pourriez vous pas user de votre influence pour déconseiller à certaines personnes de me causer des ennuis en prévenant par lettre ma femme de mes agissements… comme j’ai un plein tiroir de lettres de peintres et d’écrivains où ils se débinent mutuellement j’aurais de quoi mettre la guerre… Je me réjouis de voir Dubuffet car il viendra et le lit cage l’attend. Il sera bien ahuri de me voir si calme si mignon. Mais il sera peiné de me voir si maigre,c’est un bien brave type.

5.47… J’ai revu dernièrement J. ce trimardeur donc je vous avais parlé, il était de passage et m’a fait une petite visite. Il ne séjourne plus à côté, les gens qui l’hébergeaient n’en veulent plus parce qu’il fait pipi au lit après avoir bu comme ça n’arrive qu’à lui. Il n’était pas trop ivre lors de sa petite visite, il est vrai que c’était d’assez bon matin. Ça n’était pas une visite de cérémonie mais elle fut assez courte ; il était fort pressé de reprendre la route. Une belle l’attendait peut être, sa pêcheuse de grenouilles qui sait, vous savez celle qui n’avait jamais connu l’amour et avec qui il a passé tout un été dans sa cabane aux bords des marécages à pêcher et à s’aimer…

7.Vll.4… J’ai vu la peinture de Dubuffet, c’est peut-être pas très extraordinaire mais tous de même plus de cent fois mieux que ce que j’ai vu d’autre…

13.12.1950… guillaume appolinaire, je ne crois guère qu’il aurait chanté picasso et compagnie sans sa collection de picasso et Cie à faire côter. Des journalistes ou rimailloux dont on peut faire des appolinaires chanteurs de nouveautés. ça se trouve à la douzaine. L’esprit de spéculation à la clef… Connaitriez-vous des publications pour accepter de me publier des lettres ouvertes à plusieurs gens chacunes ? C’est pour chercher à attirer l’attention sur des gens qui semblent dans l’ombre à perpette. Je suis partisan d’écrire des articles sur des gens sur qui c’est pas la mode d’écrire…

[1954 ou 1955]… On me demande encore ce que me signifie mes dessins. Ils veulent dire « aux chiottes la calotte », sur tous les tons…

mai 1955. Lettre de gaston chaissac à son Confrère Raymond Queneau. Alors qu’en ce mois d’mai 55, nous revoyons’ d’la sardine fraîche, je poursuis mon œuvre de récupération sur tas d’ordures, me demandant si ce qu’on y trouve ne peut pas s’appeler des « jetures » et en chemin, je rencontre à l’occasion des chasseurs de reptiles, leurs boites à vipères en bandoulières. Je me suis fait cette réflexion qu’une boite de botaniste leur donnerait l’air plus distingué et que d’herboriser les conduirait peut être plus loin, avec plus de profits réels…

[?]… J’ai signé certains de mes tableaux: Breuil. j’en ai signé d’autres Jean Marie Gassac… Enfin j’ai signé d’autres tableaux : Pympière et d’autres : Le Rouif.

[?]… Peu importe que mes contemporains ne me prennent pas au sérieux et tant pis qu’ils ne m’achètent pas mes peintures mais il me faut continuer de peindre. Ce problème doit être d’autant moins insoluble que je n’ai pas la vocation de ne faire que peindre et que j’exécute avec une rapidité prodigieuse… J’écris des contes depuis 1930 et je trouve les résultats pas extraordinaires. Au bout de 4 ans je devrais peindre mieux que j’écris. Donc peut être ferais-je mieux de cesser d’écrire si je le peux. C’est avec raison qu’on dit qu’il ne faut pas user la chandelle par les deux bouts. Il est vrai que je suis une chandelle qui s’allume aux deux bouts mais jamais en même temps, ça à donc moins d’importance et dans ces conditions, avec un chandelier approprié pour que la chandelle tienne debout ça doit pouvoir aller.

[?]… Durant toute ma vie j’ai gardé un silence complet sur certaines choses… Je ne suis pas de ceux qui peuvent s’imposer dans quoi que ce soit. On ne s’impose que par l’argent ou par un autre prestige. Et partout je serais l’étranger, l’étrange. Ici je suis le mari de l’institutrice. Ça vous plairait à vous ça? À paris ce serait peut être ma femme qui serait la femme du peintre… Par toute la maison j’ai des tableaux à la valentine. À la valentine À la valentine. Ça brille tout plein mais après tout j’ai peut être assez de talent pour me permettre ça. Je peux toujours vous dire que j’ai fait des peintures brillantes. Ça serait marrant que ce soit celles là qui se vendent. Mais c’est quand même pas marrant. Les peintures brillantes de Chaissac. Cette phrase pourrait peut être faire fortune…

Cette correspondance comprend en outre une lettre de Chaissac adressée conjointement à Queneau et Jean Paulhan ainsi qu’une lettre de Camille Chaissac à Raymond Queneau.

Gazogène n°01

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