Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Œillets rouges pour Jean Vodaine

Œillets rouges pour Jean Vodaine

Jean Vodaine fête cette année ses 70 ans, 70 ans richement remplis mais avec un tel « refus de parvenir » selon l’expression de Henri Poulaille, qu’un temps, on l’a cru mort ! Il n’en était rien, fort heureusement et sa vitalité créatrice est toujours intacte. Les événements récents en Yougoslavie nous ont rendu tristement familier le pays natal de Jean Vodaine : la Slovénie. Mais qu’est-ce qu’être slovène si ce n’est être européen ?

Dans l’immédiate après-guerre nous retrouvons Jean dans l’Est de la France. Il est d’abord ouvrier bottier et ouvrier tout court, dans la métallurgie.Dès 1949 il est de ces « Travailleurs Manuels Libres » qui fondent une revue : Poésie avec nous , sous l’œil de Michel Ragon. Ils publient le mineur Jules Mougin, l’autre cordonnier Gaston Chaissac, sans oublier Jean L’Anselme et quelques autres !

Jean Vodaine
Jean Vodaine : les hommes naissent…

Puis ce sont, entre 1950 et 1954, les numéros du Courrier de Poésie et la composition par Jean Vodaine des brochures de Gaston Chaissac ; Anatole Jakovsky, Franz Hellens… Enfin après La Tour aux Puces, ce sera de 1962 à 1984 la revue Dire. Dire, revue d’une totale liberté, imprimée selon les circonstances – inutiles de préciser lesquelles – sur beau papier vélin ou sur papier kraft d’emballage…
Dire qui, dès 1965, sera sous-titrée Revue Européenne de Poésie et dont le contenu répondra à ce programme avec des numéros sur la poésie de langue allemande au Luxembourg (N°22, Printemps 1977), prélude à La Poésie en Lorraine (N°33, Printemps 1982) ou à La Poésie Alsacienne, sans oublier ces Œillets Rouges à Paris sur la poésie slovène, traduite par Jean Vodaine et Véno Pilon…
Mais Dire explorera bien d’autres domaines singuliers comme la poésie Négro-Africaine et Malgache de langue française (N°13-14,Printemps 1971), et nous en oublions certainement, ou nous ne connaissons pas d’autres sujets tout aussi particuliers !

Si Jean Vodaine réalise la plupart des illustrations à partir de gravures sur linoléum, Gaston Chaissac, mais aussi Jean Dubuffet, apportèrent leur contribution. C’est sans doute avec Gaston Chaissac que la relation fut la plus profonde. Relation seulement épistolaire si j’ai bien compris Jean Vodaine. Mais relation qui se prolongea au delà la mort comme en témoigne l’ultime livre unissant Jean Vodaine et Gaston Chaissac : La Leçon de Gravure.

Jean Vodaine
Jean Vodaine : Chant de la Hogan

Quant aux sommaires de cette revue Dire, revue pochette, pochette- surprise, poèmes-affiches, on y retrouve notre ami Marcel Béalu, les poètes de l’École de Rochefort, Luc Bérimont, Jean Follain… mais aussi Raymond Queneau, Arrabal, André De Richaud, Joseph Delteil…

Mais Jean Vodaine n’est pas seulement le conteur, le poète, le graveur, l’imprimeur aux typogrammes plein de fantaisies, il est aussi peintre. Ses créations sur Isorel sont autant de grands monotypes gris, œuvres richement coloriées et composées comme d’immenses mosaïques pointillées.
Encore que les œuvres que nous voyons aujourd’hui ne représentent qu’une petite partie, et une période, de sa création. En effet, Jean Vodaine a brûlé un jour une série d’œuvres dont on lui avait dit qu’elles ressemblaient fortement à du Kokoshka…

Tel est le personnage à la fois si humble et si hors du commun, avec cet œillet rouge qu’il arbore parfois à la boutonnière d’un simple polo.

L’œillet rouge, symbole de la Slovénie -libre ! – bien sûr.

Jean-François Maurice
Gazogène
n°02

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