Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Conservatoire du sabotier à Mayrinhac-Lentour

POURQUOI et COMMENT je pense réaliser un conservatoire du sabotier

à Mayrinhac-Lentour

André Roumieux, Lettre
André Roumieux, Lettre

Mon grand-père et mon père ayant été sabotiers ; je ne vais pas dire que je suis né dans un sabot, mais j’ai grandi, vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, parmi les paroirs, les gouges, les cuillères, etc., et les sabots. Je couchais au dessus de la boutique de mon père et je me suis endormi pendant des années au bruit du marteau sur les galoches, en particulier le samedi soir où mon père travaillait jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et puis, après l’avoir beaucoup vu faire, il m’a appris les rudiments du métier !

Je peux dire aussi que ma première rencontre avec l’ art populaire a eu lieu dans son échoppe. L’artisan, alors, n’était pas fabricant-producteur de marchandise stéréotypée mais un créateur : chaque sabot pouvait être considéré comme une œuvre de création.

En dehors de tous sentiments familiaux, j’ai pour eux beaucoup de considération et de reconnaissance et il me semble important que leur histoire soit toujours présente parmi nous. Car ainsi que la plupart des sabotiers mon grand-père et mon pire son morts. Il me reste leurs outils. Eux ne meurent pas, même s’ils sont souvent ensevelis dans l’abandon et l’oubli, comme l’étaient ceux de mon père, rangés dans un coin de grange…

Il suffit de les replacer parmi nous pour les faire revivre dans un nouveau contexte : celui d’un conservatoire.

Mais l’outil à lui seul ne reconstitue pas totalement la mémoire de ces hommes et de leur temps ; aussi, j’ai l’intention de présenter avec ces outils et un assortiment de sabots, des documents (photos, cartes postales, tableaux, affiches, autographes, publicités, livres, brochures… ) se rapportant bien sûr aux sabotiers et aux sabots mais encore à l’histoire locale, ainsi qu’aux périodes de notre histoire de France au cours desquelles on a pu voir des hommes, des femmes, des enfants en sabots crier l’Évènement.

Ainsi nous irons des paysans quercynois ; aux femmes de Paris allant chercher le Roi à Versailles, en passant par les soldats de l’An II et les croquants du Périgord.

Tu y viendras, avec tes proches, avec tes amis, et nous fêterons ensemble la Saint-René, patron des sabotiers, à la manière de ceux qui, aujourd’hui, ont à cœur de reconstituer, de protéger, d’entretenir la mémoire de nos anciens, ces hommes de peine et de création.

Voilà, cher Jean-François, ce que j’ai l’intention de faire et de vivre à Mayrinhac-Lentour. Vaste &.passionnant programme : nous n’avons pas fini d’en parler !

André Roumieux
Gazogène n°2

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