Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Jean Maureille : monsieur M…

Faire des choses

Création Société Anonyme

Jean Maureille...

Chaussure-Poisson. Accrochez discrètement cet objet à l’hameçon d’un pécheur, et observez ses réactions : la joie d’avoir attrapé un poisson, d’abord, et… sa déconvenue lorsqu’il verra la suite…

Monsieur Jean M. a été publicitaire dans un journal du Sud-Ouest, puis a ouvert sa propre agence de communication. A priori rien de bien extraordinaire d’autant que dans cette ville moyenne, très moyenne à tous les points de vue, du midi pyrénéen, il se devait d’y tenir son rang coincé qu’il était entre publicité et mondanité.

S’il est vrai que, là où il y a communication, la création trépasse par récupération, alors Monsieur Jean M. est tout le contraire d’un artiste brut !

Mais précisément est-ce parce qu’il ressent jusqu’au malaise que : « L’invention et la communication (…)  sont antinomiques », selon la formule de Michel Thévoz, que Monsieur Jean M., le soir venu, réfugié dans sa cave, crée ses compositions mystérieuses à force d’extrême simplicité tant dans le fond que dans la forme ?
Et déjà, la cave, le sous-sol, quelle charge émotionnelle ne s’en dégage-t-il pas ? De quel repli, de quel recoin de l’inconscient ne sont-ils pas le reflet ?

Jean Maureille : M. M. et une de ses oeuvres
Jean Maureille : M. M. et une de ses œuvres

Quant aux matériaux utilisés, ils proviennent des décharges publiques, des plages – lors des vacances – où les vagues les rejettent par centaines, des fossés, des ruisseaux, des poubelles, des sacs éventrés sur les trottoirs, la nuit. Parfois, ce sont les jouets de ses enfants qui sont mis à contribution…
Tantôt c’est l’objet lui-même qui devient œuvre en révélant un visage, une silhouette, une forme ; tantôt c’est la situation qui crée un échange symbolique avec l’environnement ; tantôt encore les différents objets de rebut composent des seines, des saynètes qui évoquent plus ou moins explicitement un refus ou une corrosive critique de ce monde ; tantôt c’est la pure et simple accumulation de choses trouvées en l’état, colorées et patinées par le temps et les éléments comme cette fabuleuse série de « tatanes » : exclusivement composée de chaussures plus ou moins racornies par le sel et rejetées par la mer…
Pauzié et « l’homme aux semelles de vent » ne pouvant que se réjouir de cette accession de la godasse au statut d’objet d’art !

L’activité de Monsieur Jean M. bouleverse d’autant plus nos catégories esthétiques que sa démarche est, somme toute, celle d’un homme « cultivé », justifiant sa passion singulière et nocturne par des références à Marcel Duchamp et à Présence Panchounette plus qu’à Jean Dubuffet et à l’art brut.
Cependant, cette activité si visiblement compensatrice ne cherche sans doute là que des prétextes et des justifications – comme d’autres, en d’autres lieux et en d’autres temps, avec une autre ou pas de culture, faisaient références aux esprits et à quelque inspiration médiumnique.

Jean M., les tatanes, matériaux de base
Tatanes : œuvres, outils, ou matériaux de base

De toutes façons, quelques soient les jugements esthétiques et culturels, Monsieur Jean M. continue, dans l’ombre, sa tâche, sans souci de plaire ou de déplaire, d’être connu ou reconnu, ni même et encore moins, d’exposer ou de vendre, avec la seule idée de « faire des choses ».

Jean-François Maurice
Gazogène n°02

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