Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Cailloux de silex entre Montcuq et Lauzertes…

Je me suis arrêté une nouvelle fois entre Montcuq et Lauzerte pour suivre de près l’évolution de la petite escadrille et j’ai pu constater avec joie que celle-ci était plus importante encore que je ne l’imaginais puisqu’elle pousse ses créations dans tout le rez-de-chaussée de l’habitation.

Toutefois, d’autres créations ont attiré mon regard : des cailloux de silex dont quelques touches de peinture soulignaient les formes tandis que des plantes grasses colonisaient des anfractuosités…

Il me plait en effet de penser qu’après les bâtons nous sommes renvoyés, avec les fragments de pierre, aux racines de la création ; et je ne pense pas seulement aux silex de Juvà ou au fabuleux Robert Garcet que nous avons pu voir, une fois n’est pas coutume, à la télévision grâce au film de Clovis Prévost : La Légende du Silex ni à bien d’autres créateurs bruts et artistes du bord des routes ! Écoutons en effet les propos de LEROI-GOURHAN (Le Geste et la Parole,T.2, La mémoire et les Rythmes ; pp , 213-214) :

Aucun sens descriptif n’est sensible dans ces vestiges constitués par des sphéroïdes et une spirale, mais c’est le premier témoin attesté de la reconnaissance de formes. C’est aussi le premier signe, très important, de la quête du fantastique naturel. Le sentiment esthétique qui pousse vers le mystère des formes bizarres, coquilles, pierres, dents ou défenses, empreintes de fossiles, appartient certainement à une strate très profonde du comportement humain : non seulement c’est le premier attesté dans l’ordre chronologique, mais c’est aussi une forme d’adolescence des sciences naturelles car dans toutes les civilisations l’aurore scientifique débute dans le bric-à-brac des « curios ». Il est facile d’établir les liens de cette quête avec la magie, mais au point présent, le fait nu est déjà suffisamment significatif : l’art figuratif proprement dit est précédé par quelque chose de plus obscur ou de plus général qui correspond à la vision réfléchie des formes .. L’insolite dans la forme, ressort puissant de l’intérêt figuratif, n’existe qu’à partir du point où le sujet confronte une image organisée de son univers de relation aux objets qui entrent dans son champ de perception… Ce qu’il y a de mystérieux et d’inquiétant même à découvrir dans la nature une sorte de reflet figé de la pensée est le ressort de l’insolite.

Nous retrouvons ici quelque chose de cet « Art Naturel » dont nous trouvions la trace dans ce petit Musée de l’Insolite près de Cabrerets (Cf.le texte que nous lui avons consacré dans Création Franche n°02) ou dans Roger CAILLOIS qui voyait dans les « pierres figurées » l’ébauche d’une « hiéroglyphie naturelle »… Que de « culture » me direz-vous pour un art si « brut » ! Eh, quoi, ne le mérite t-il pas ! ? Et s’il me plait, à moi, d’inventer une filiation des curios Moustériens aux colossoi de la Grèce archaïque (ce « colossos » dont parle VERNANT dans Mythe et pensée chez les Grecs) et aux formes « naturelles » de  « l’Art Immédiat » dont Bruno Montpied est le scrupuleux témoin, il ferait beau voir qu’on vînt m’y contredire ! Sauf à m’opposer quelque autre fantasme !…

Chronique locale, suite... Pierres figurées...

Chronique locale, suite... Pierres...

Jean-François Maurice
Gazogène n°06

ù le sujet confronte une image organisée de son univers de relation aux objets qui entrent dans son champ de perception… Ce quil y a de mystérieux et dinquiétant même à découvrir dans la nature une sorte de reflet figé de la pene est le ressort de linsolite.

Nous retrouvons ici quelquechose de cet « Art Naturel » dont nous trouvions la trace dans ce petit Musée de lInsolite près de Cabrerets (Cf.le texte que nous lui avons consacré dans Création Franche n°02) ou dans Roger CAILLOIS qui voyait dans les « pierres figurées » lébauche dune « hiéroglyphie naturelle »… Que de « culture » me direzvous pour un art si « brut » ! Eh, quoi, ne le mérite t-il pas ! ? Et s’il me plait, à moi, d‘inventer une filiation des curios Moustériens aux colossoi de la Grèce archaïque (ce « colossos » dont parle· VERNANT dans « Mythe et pensée chez les Grecs ») et aux formes « naturelles » de « l’Art Immédiat » dont Bruno Montpied est le scrupuleux témoin, il ferait beau voir qu‘on vînt m’y contredire ! Sauf à m’opposer quelque autre fantasme !…

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