Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

DAVIDE MANSUETO RAGGIO

Pour preuve de la richesse et de l’ouverture de Arte Naive, Dino Menozzi m’a envoyé cette version française originale d’un beau texte sur le créateur Davide Mansueto Raggio, publié avec de nombreuses photographies dans le n°5.

DAVIDE MANSUETO RAGGIO

par Dino Menozzi

Davide M. Raggio vit actuellement dans l’ancien Hôpital psychiatrique de Gênes-Quarto. Né en 1926 d’une famille paysanne, rappelé en 1944 sous les drapeaux, il est capturé et enfermé dans un camp de prisonniers. Libéré en 1945, dans un état de mauvaise santé, il manifeste les premiers troubles psychiques, après quelques vaines tentatives de réadaptation dans sa famille et dans la société, il sera nécessaire de l’hospitaliser à l’Hôpital Psychiatrique de Gênes.

Raggio se retire de la réalité qui revêt aussi les aspects de sombres fantômes qui le persécutent. Cependant dans son monde peuplé d’ombres, de présences qui l’angoissent et l’accusent, il arrive, peu à peu, un changement.

Davide Mansueto Raggio : peinture

Davide Raggio découvre les objets les plus disparates, des morceaux de bois, des racines, des cannes, des petites pierres, des coquilles, au moyen desquels il neutralise, d’une certaine manière, ses propres hantises. Il s’agit parfois de « Furies », de « Personnages Terrifiants», où les têtes sont des racines renversées vers le ciel en guise de cheveux ébouriffés. Il s’agit, parfois, de pantins en bois assemblés avec des branches et avec des brindilles, de « Pinocchi » construits en dizaines d’exemplaires.

Par l’intermédiaire de l’apprentissage de la « sculpture » et, par suite, de la peinture, Raggio réussit ainsi à soulager ses souffrances intérieures et à exorciser ses angoisses et les craintes qui l’ont accompagné pendant une vie entière, à l’intérieur de l’ex-hôpital psychiatrique de Gênes.

Même sa peinture réalisée avec une technique aussi suggestive et discrète qu’improvisée par nécessité, montre des aspects vivement originaux. Les couleurs que Raggio utilise sont seulement quatre : l’ocre, tirée de petits blocs d’argile, le noir et le gris, obtenus du charbon et de la cendre, et le rouge, tiré des éclats de brique broyée.
Ces couleurs sont empâtées avec de la colle vinylique qui permet un étalement au pinceau et une solide fixation au support de carton, tiré de boîtes d’emballages.

La description des sujets de sa peinture est presque impossible : ce sont des figures qui émergent du fond comme des ombres plastiques qui bougent dans des espaces non identifiés.
Il s’agit, sans aucun doute, de symboles qui jaillissent des méandres de l’inconscient, de signes et de syntagmes expressifs presque inconscient et qui produisent un effet profondément suggestif.

Au Printemps 1995, Raggio a entrepris une manière nouvelle d’opérer.Davide Mansueto RaggioSur des cartons analogues à nid d’abeille utilisés précédemment pour les « peintures », Raggio fait maintenant quelques abrasions avec lesquelles il soulève et arrache la couche superficielle de papier qui revêt le carton même. Il obtient, donc ses figures imaginaires en déchirant le carton selon des directions voulues, de façon à mettre à nu la couche sous-jacente, tandis que les couches enlevées restent enroulées et accrochées à l’extrémité des membres. Le résultat est séduisant et saisissant à la fois. Les silhouettes se détachent sur la couleur ocre du carton et apparaissent comme des étranges concrétions, des matérialisations d’ectoplasmes qui nous parviennent par l’intervention médiumnique de Raggio. De la déchirure intérieure de la psyché, à celle de la couche superficielle du carton pour mettre à nu des images énigmatiques dont la clé reste ensevelie dans l’âme de Raggio : le cycle semble se terminer dans l’action répétitive et libératrice qui constitue une déclaration inconsciente de l’existence.

Enfin, les œuvres de Raggio, désarmantes et, à certains égards, inquiétantes, nous témoignent comment, contre les difficultés de toutes sortes, l’art peut être un bon camarade même pour celui qui est dépourvu de chaque bien spirituel de la vie, comme l’a souligné, avec une heureuse intuition, Claudio Costa, le fondateur du Musée Actif des Formes Inconscientes.

Dino Menozzi
Gazogène n°14-15

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