Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Pierre Pascaud : « Les vagabonds du maléfice »

Les vagabonds du maléfice

Conte et dessins de Pierre Pascaud

Pierre-PASCAUD-salamandre

Il allait de guingois à travers toutes les bourrasques, pure canaille qu’il était, avec deux fois plus d’os que de lard, pataugeant dans la boue des marais et mâchouillant des chardons bleus. On imagine pas tous les méfaits qu’il commettait, ce coureur de halliers.

Lui tout seul, on n’aurait trop rien dit ; mais il y avait ses protecteurs complices en malfaisances : le gypaète barbu et le ziguoverminus qu’il avait apprivoisés. Ces trois chenapans étaient soudés étroit par soif de scélératesses plus calamiteuses les unes que les autres. Ils s’y connaissaient en science maléfique, allant tapi tapinois jusqu’à piller les poulaillers, arracher les vignes, se vautrer dans les belles moissons… Et tout ça en hypocrisie totale, question d’emmerder le monde.

Pierre PASCAUD : « Les Trois Compères»,

Pierre PASCAUD

C’était bien une sale engeance à capturer pleine lune. Ni vu ni connu. Encore fallait-il les attraper, le rapace par une aile, le zigue par la queue et le quasi squelette par un tibia. Mais quoi en faire, après, de ces pourritures? Une fricassée, des rillettes, un pot-au-feu ?… Impossible à envisager tellement ils avaient mangé de champignons vénéneux et de vipères, absorbé de pluies acides et de vapeurs d’abîmes.

Pierre-PASCAUD-oiseau

Finalement, on les a laissé faire leurs conneries de droite et gauche, secouer leurs puces dans les chemins du diable Vauvert et frotter leur crasse contre les écorces.

Faut dire aussi que – et chacun le savait – les approcher trop près eût été le pire défi lancé à une mort ignominieuse, vu leur puanteur de purin et de soufre.
Surtout de soufre.

Pierre Pascaud
Gazogène n°14-15

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