Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

L’art brut sur la côte Est des États-Unis

L’art brut sur la côte Est des États-Unis

par Christian Delacampagne

BIEN QU’IL N’EXISTE PAS, en anglais, d’équivalent exact pour l’expression « art brut », on peut considérer que le concept « brut » se retrouve dans l’adjectif « raw  » (qui veut aussi dire « cru »), présent dans Raw Vision, titre de la principale revue anglo-américaine consacrée à ce champ artistique. En fait, les anglophones utilisent couramment l’expression « outsider art » – tout en ayant parfois du mal à séparer ce que celle-ci désigne d’un domaine voisin mais néanmoins différent, celui du « Folk art ». Il est vrai que, dans un sens comme dans l’autre, les artistes ont en commun d’être des « self-taugh artists » – autrement dit, des autodidactes.
La côte Est des États-Unis, riche en musées de tous genres, est aussi généreuse avec toutes les formes d’art « hors les normes ». Boston est probablement la seule ville du monde à posséder un « Musée de l’art mauvais » qui s’enorgueillit de ne présenter qu’un petit nombre de toiles particulièrement« ratées » – ou si l’on veut, de « croûtes » remarquables. New York, dont le « Museum of folk Art » vient de consacrer une belle exposition à un célèbre créateur psychotique originaire de Chicago, Henry Darger, possède également une « Outsider Art Fair », qui a lieu désormais chaque année à la fin du mois de janvier. À Washington, enfin, il ne faut pas manquer de rendre visite au « National Museum of American Art », où se trouvent exposée une œuvre hallucinante : le Trône du Troisième Ciel de l’Assemblée Générale du Millenium des Nations. Il s’agit d’une installation en bois, recouverte de papier d’aluminium et ornée d’ampoules électriques, dont la fonction est d’illustrer les visions mystiques et messianiques d’un autodidacte noir, balayeur de son métier, James Hampton (mort en 1964).

Déjà chargé, le parcours de l’amateur d’art brut doit également inclure, depuis l’année dernière, un nouveau musée qui vient de s’ouvrir à Baltimore : le « Musée d’Art Visionnaire Américain ». Celui-ci occupe un spacieux bâtiment installé près du port, et présente en permanence une collection d’artistes « outsiders » américains, à laquelle viennent s’adjoindre régulièrement des expositions temporaires.
Parmi les œuvres de la collection permanente, une place à part doit être faite à deux artistes. Le premier est Ted Gordon (né en 1924), un fonctionnaire tranquille qui a pris aujourd’hui sa retraite en Californie mais qui, toute sa vie, a réalisé ce qu’il appelle lui-même des « doodles », c’est-à-dire des griffonnages, ayant pour thème principal le visage humain à travers la multiplicité des expressions possibles. Quatre cent de ses dessins, environ, figurent au Musée de Baltimore.
L’autre vedette de cette institution s’appelle Vollis Simpson (né en 1919 en Caroline du Nord). Celui-ci construit depuis des années, des « whirligigs » géants avec des matériaux de récupération. Au sens usuel du terme le « whirligig » est une sorte de tourniquet qu’on installe dans les jardins et que le vent anime. Les « whirligigs » de Simpson sont aussi des jouets, mais beaucoup plus inquiétants, que ce soit par leurs dimensions, par les thèmes qu’ils illustrent ou par la nature variée des « déchets » qui ont servi à leur construction. Certains d’entre eux sont munis de moteurs, qui leur permet de tourner même lorsqu’il n’y a pas de vent…

Ne manquez pas, dans ces différents musées, de visiter les librairies : elles contiennent une foule d’ouvrages consacrés à l’art « outsider » sous toutes ses formes, généralement passionnants et, bien entendu, introuvables en France.

Christian Delacampagne
Gazogène n°17