Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Qui ?

QUI ?

par Georges Orrimbe

 

QUI EST PARTI seul au Gabon pour rechercher les essences rares dans la forêt équatoriale et peut- être la fortune au milieu des années Soixante-dix ?

Qui depuis, travaille toutes les espèces de bois pour magnifier les objets quotidiens  : chaussures, boîtes, bidons d’huile… et leur éviter l’oubli par l’enfouissement ou l’incinération que prévoit la loi pour les déchets ménagers ?

Quel alchimiste peut transmuer les métaux, les plastiques, le caoutchouc en sculptures inaltérables, non polluantes et de taille réelle : motos, side-car et même 203 Peugeot que l’on a pu voir dans les salons, musées ou illustrant les magazines spécialisés ?

Toutes ces créations, dira-t-on, sont encore inanimées ce qui limite notre plaisir.

Faux, à ces matières où le bois s’allie naturellement au métal, il a maintenant donné le mouvement. Ce fut d’abord l’énergie humaine qui permet aux têtes taillées dans les souches de chêne de nous répondre dans un mouvement ininterrompu de mâchoires avides. Ensuite il a rencontré la fée électricité et puisant à nouveau dans le trésor encore inconnu des ferrailleurs, il a donné le mouvement à ses nouvelles créations : le peintre, les fous à mobylette, la T.V. mécanique, la colonne de têtes de souche… bricolages créatifs, où sont mis à l’épreuve l’esprit de géométrie et celui de finesse.

Tour à tour sculpteur, mécanicien, soudeur, électricien, automaticien, peintre, recycleur et emballeur, Il ne sous-traite rien. .

Depuis il continue à extraire des vastes décharges automobiles ses matières premières anoblies par son ouvrage : c’est la série des grands visages hiératiques qui envahissent et protègent l’atelier : Monsieur 203, Madame Simca, Monsieur 2 CV, Madame Volkswagen, Monsieur Opel. .. A-t-il pour autant oublié la nature ? Non, car simultanément il crée, dans une forêt de plusieurs hectares, des sculptures : arbres taillés parfois accompagnés d’éléments métalliques, expériences botaniques qui invitent à un parcours initiatique. Sa générosité le conduit à inviter ses amis à cette création sylvestre.

QUOI ?

Peut-on répertorier toutes les matières utilisées ? Les diverses essences de bois régionaux : troncs, branches, mais aussi racines, souches, le métal sous toutes ses formes : tôles, pièces moulées, embouties, forgées, soudées, moteurs, courroies… peaux tannées, ossements, cornes, tout trouve sa juste place dans cette création.

QUAND ?

Du matin au soir et du soir au matin, dort-il ? Oui, mais la machine à penser ne s’arrête jamais.

OÙ ?

Au cœur du Ségala, sur les contreforts de l’Auvergne, dans un petit village. Il a restauré une première maison, rapidement trop petite pour abriter sa tribu humaine et artistique. Une autre maison ruinée a été trouvée, d’abord atelier puis domicile. Un atelier plus grand construit : murs de granit et de schiste, toit de tuiles, portes et fenêtres récupérées. Déjà trop petit pour abriter les œuvres, il a été suivi par une salle d’exposition d’une centaine de mètres carrés aux poteaux de bois sculptés polychromes, autant de divinités qui veillent. Alentours dans le jardin, des sculptures trop grandes attendent, des matériaux sont stockés; en contrebas, le potager pour se délasser.

COMMENT ?

Les savoir-faire mis en jeu ? Tout à tour, terrassier, maçon, menuisier, charpentier, couvreur, électricien, chauffagiste, architecte… Pour se reposer, il peint sur toile, maintenant sur bois et réalise les encadrements des œuvres : paysages et portraits d’un humour sensible et un peu triste. Périodiquement il travaille dans son atelier de lithographie pour garder la mémoire de ses sculptures et faire de petits tirages qu’il offre à ses amis.

Oublie-t-il d’être poète ? À vous de juger :

Bout de bois de bouleau

C’est la nature qui fait le boulot

Un œil avisé découvrit

Ce qui aurait pu finir à la papeterie…

POURQUOI ?

À cette question sans réponse sérieuse, nous préférons substituer « POUR QUI ? ».

D’abord pour son plaisir car il est heureux ainsi et ne le serait sans doute pas autrement. Ensuite

pour ses amis présents et futurs et maintenant pour votre plaisir qui ne peut que croître en fréquentant l’homme dont la générosité constante rejaillit totalement dans cette œuvre qui émerveille et rassure.

Continue à nous montrer la voie, Louis de Verdal.

Georges Orrimbe, Bilhac le 23.02.1997.
Gazogène n°17

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