Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Baptista Antunes

Traduit du portugais par Eulalia Valentin

Joachim Antunes est un créateur bien connu des amateurs, mais s’il figure dans ce numéro, c’est au titre de poète singulier !
Le texte de Baptistantunes est une rêverie panthéiste face à l’Océan, comme sans doute pouvait en avoir quelque précurseur de nos mythologies…

Baptista Antunes

Baptistantunes (extraits)

Je laisse maintenant la parole à Laurent Danchin, qui le connait mieux que moi, pour situer cette prose poétique par rapport aux thèmes essentiels de Baptistantunes. (Le texte intégral de Laurent Danchin se trouve sur une plaquette : BATISTA ANTUNES, Peintures et Sculptures de la Neuve Invention)

Baptistantunes :

LE NEO-PAGANISME D’UNE CIVILISATION IMAGINAIRE

Né le 8 mars 1953, à Sertâ, Castelo Branco, une des provinces les plus pauvres du Portugal, dans une famille paysanne très nombreuse, Baptistantunes a passé la plus grande partie de son enfance a recueillir le liège avec son père sur les chênes de sa région, et à garder des troupeaux. Très tôt il s’est imprégné d’une observation directe de la nature, des plantes et des animaux. En réaction par ailleurs contre les superstitions populaires et le terrible conformisme religieux de son entourage, il a toujours revendiqué ce qui lui paraissait te fonds culturel authentique, antérieur à tous ces mensonges : des origines et une inspiration celtes, représentées par une déesse antique locale, Trebaruna. Longtemps considéré comme le mouton noir de sa famille, et ayant eu, ainsi que bien des créateurs, à s’extraire du moule commun, à se désenliser des habitudes et des interdits, c’est un révolté, plutôt anarchiste, qui ferait, s’il le fallait, la guerre à Dieu lui-même : au nom de la spontanéité de la vie, dont il ne veut retenir que l’aspect essentiel, la lutte éternellement incertaine de l’esprit et de la matière.

« Le rêve commande la vie », proclame le titre d’une des premières œuvres de Baptistantunes, devenu définitivement peintre au début des années 80, après la mort d’un de ses frères, revenu malade d’Angola, puis un voyage à New-York où il avait par hasard rencontré l’onirisme libéré de Chagall (peintre qu’aujourd’hui il n’aime plus du tout, lui ayant depuis longtemps substitué le primitivisme symbolique de Victor Brauner). C’est peu après, alors qu’il était garçon de table dans un grand hôtel de Lisbonne, qu’un surréaliste allait le découvrir, le poète et peintre portugais Mario Cesariny. C’aurait pu être Dubuffet, et les premières gouaches de Baptistantunes, qui se vengeait la nuit de la banalité épuisante de sa fonction en faisant éclater, sur le papier des menus de restaurant, la sarabande colorée de ses monstres en lutte ou copulation permanente, ont tout naturellement quitté la constellation surréaliste pour trouver le chemin de la  Neuve Invention à Lausanne.

 Laurent Danchin, 1993
Gazogène n°07-08

Publicités