Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Fous littéraires

La chronique de Marc DÉCIMO :

« FOUS LITTÉRAIRES ET AUTRES ÉTHÉRODOXES »

CONTRAINTES, PROCÉDÉS, ET FICTIONS VRAISEMBLABLABLES DE LA LITTÉRATURE DÉLYRANTE.

SUGGÉRÉE PAR CHARLES NODIER (Bibliographie des fous, De quelques livres excentriques, 1835), l’expression de « fous littéraires » a été utilisée par Octave Delepierre (HistoireLittéraire des fous, 1854) et Gustave Brunet (sous le pseudonyme de Philomneste Junior : Les Fous Littéraire. Essai de bibliographie sur la littérature excentrique, les illuminés, visionnaires, etc., 1860). La collection de ces « hétérodoxes » s’enrichit sous la plume de Champfleury (Les Excentriques, 1852), de Raymond Queneau (Les Enfants du limon, 1938), de Camille Bryen et Alain Gheerbrant (Anthologie de la poésie naturelle, 1949), des collaborateurs au numéro spécial de la revue Bizarre n° IV sur Les Hétéroclites et les Fous Littéraires (avril 1956), d’André Blavier (Les fous Littéraires, 1982), de Marc Décimo (Des Espèces de l’origine, 1990-1991).

ELLE DÉSIGNE LES « FOUS LITTÉRATEURS » et les « hétérodoxes scientifiques », souvent des autodidactes passionnés dont la conviction ne se laisse jamais discuter, des paranoïaques ou des paraphrènes, des « fous bien avérés qui n’ont pas eu la gloire de faire secte » qui ont publié des textes imprimés le plus souvent à compte d’auteur. Par le simple fait d’avoir publié et par la multiplicité des exemplaires, les « fous littéraires » se distinguent des auteurs dits d’« écrits bruts » (par symétrie avec la notion d’« art brut » développée par Jean Dubuffet), dont les œuvres n’existent qu’en exemplaires uniques. L’appellation de « fou littéraire » est controversée. Elle peut laisser penser qu’il est possible de diagnostiquer la pathologie d’un auteur à partir d’un texte, marginal ou pas, question qui reste difficile et délicate.

Une linguistique fantastique

Les sujets abordés, hétéroclites par rapport aux savoirs en vigueur, ne rencontrent en général aucun écho ni aucune gloire. D’une grande variété, les thèmes abordés traitent de cosmogonie, d’étymologie, d’origine des langues et de l’homme, de mythologie, de prophéties, d’origine des langues et de l’homme, de mythologie, de prophéties comme de la quadrature du cercle ou du mouvement perpétuel, de « toutes les extravagances publiées avec une bonne foi naïve et sérieuse par les innombrables visionnaires en matière religieuse, scientifique ou politique ». Les procédés de démonstration utilisés notamment pour ce qui concerne la « linguistique fantastique » sont sans doute limités, contraignants, mais efficaces à l’infini.

POUR LES DÉCOUVRIR, le lecteur s’embarque sur un vaisseau à la course un peu particulière , voguant sur la crête des mots, modyssée, ci des mots, des scie-mots. Il s’agit de naviguer d’un signifié à l’autre dans la polysémie d’un mot. Le mot vaisseau, par exemple, renvoie de par son origine latine vascellum pour vasculum, diminutif de vas, au récipient destiné à contenir des liquides, à un vase et, par extension, aux vais. seaux sanguins, canaux artériels, veineux et lymphatiques.

Un esprit de seltomaniaque fait donc nécessairement entendre que le sang sacré circule dans un vase sacré, les vaisseaux des Gaulois. Une métaphore comme « le vaisseau de l’état » désigne donc la nation gauloise et telle expression, comme « le vaisseau d’une cathédrale », pille la tradition gauloise. On s’explique ainsi mieux l’origine de la devise du Parisien : « Huctuat nec megitur ». À partir des mots et de leurs signifiés, il est ainsi possible de reconstituer la vie quotidienne en Gaule. Le voyage ne s’arrête pas là puisque l’histoire du mot vaisseau connaît d’autres épiphanies, entre autres les formes vasciel puis vaissel et vaisselle attestés dans les Dictionnaires et les écrits anciens. L’investigation se fait plus libre encore si, par amour du signifiant, en « logophile » et par le truchement d’associations homo phoniques et paronymiques, vaisseau se lit vais-seau, vais-sceau, vais sot, vais sale… , selon la technique de l’holorime à répétition.

Pour une s/celtographie

Ainsi « Je m’en vais-seau » dit parfaitement : « je m’en vais dans un seau, dans un vaisseau, ô hisse, dans un vase ». Si je m’en vais dans un seau, un vaisseau, c’est que, menacé et sans défense, je me cache, je prends la fuite tel un esclave. « Je m’en vais sceau », scellé, celé, caché, cacheté, comme marqué au fer rouge. Je fuis droit devant, par ici, Paris-ci, jusqu’à ce qu’épave mon vaisseau devienne.

Qui part à l’aventure sur un vase ne peut-il être aussi considéré comme un peu fou, idiot, imbécile : « Je m’en vais-sot »  ? « Je m’en vais sale », comme un malpropre. « Il s’en va sale, vassal », « Je vais-cel, caché », du verbe celer. « Je vais cel-te, Celte », « Je vais scel-, marqué comme un scélérat », « je vais seul ». Celui qui va sale va seul, caché comme un scélérat, un Celte, un esclave qu’une escale peut purifier enfin. L’esclave qui s’lave, qui se rince par ici, au Raincy, fait sa propre vaisselle.

Le sel de la parole dévoile,- décèle -, les jalons. Dans l’ancienne langue française, on n’appelait pas un coq un coq. On disait un jal. Ce terme tombé en désuétude ne subsiste que pour désigner aujourd’hui une variété de coq de bruyère, le jalabre, oiseau de forte taille qui habite spécialement dans les Alpes et dont la chair est paraît-il fort appréciée. Un jalon note donc l’endroit où est passé la Gaulois, le Celte exilé, chassé, marqué, ce coquin, parti sur son vaisseau, puisque le jal-, le coq, est son emblème. Jaligny dans l’Alliers, Jallais dans le Maine-et-Loire, [alès en Ardèche, Jalieu (Isère), Jalogny (Saône-et-Loire) comme Coquerel (Somme), Cocumont (Lot-et-Garonne), Cocures (Lozère), Cocula (Mexique), indiquent la voie suivie.

De coq en celte

LE COQ S’ARRÊTE AUX ENDROITS HAUT PERCHÉS, ce que symbolise depuis quelques siècles le leurre accroché au faîte du clocher des églises. Le coq ou jal indique les jalons, la ‘trace, les lieux par lesquels les Caltes, partis on le sait comme des coquins, ont cru qu’il était encore possible de vivre, enfin libres, sans crainte (on dit qu’ils craignaient l’air aux mains). Là où l’air était jugé respirable, non dans les culs de basse-fosse, mais sur des hauteurs, les Celtes s’installaient. Aux temps primitifs, alors que la Nature n’était qu’un enchevêtrement gordien de ronces, d’épines noires, de lianes, de fougères et de sauvageons, les exhalaisons d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné empoisonnaient tant l’atmosphère et la rendaient si irrespirable qu’on suivait des yeux le coq sauvage pour trouver un asile. Si sur le chêne plus producteur d’oxygène et plus consommateur de gaz carbonique il se posait, il survivait. C’est pourquoi où s’arrêtait le jal s’arrêtaient les Gaulois. Pour changer d’air et se donner de l’air, il suffisait de planter le gland, vite devenu tige ou gaule.

AINSI LES CELTES DEVINRENT-ILS GAULOIS, jardiniers, et firent-ils souche, la température tiède du quaternaire inférieur faisant le reste. Ils s’appelèrent alors Cocteau, Cocatrix, Coconnas, Cocognac, Cocagne, Coclet, Cocot, Cocq, Cocquelet, Cocud, Cocuelle, Cocuet, Coquetèle, Koch, etc. Ce qui était alors important, c’était d’avoir l’air pur. Les Gaulois n’aimaient aucune pollution d’aucune sorte. On comprend non seulement pourquoi les druides adoptèrent comme emblème le chêne, puisque sur lui se posait le jal salvateur mais, par conséquent, ce que symbolise aujourd’hui encore le clocher, sur lequel trône un coq. Le choix de s’établir sur des endroits naturellement

élevés, des érections, les îles, les monts, les bosses, les protubérances, était vital. Les Gaulois habitèrent donc Lilles, Lillebonne, Lillers, l’Isle Jourdain, l’Île de France (par ici), comme Montaigu, Montailleur, Montain, (est frais), Montamy, Montastruc (étymologie évidente), Montauban (Gaulois qui conservaient de leur vaisseau quelque souvenir), Montcourt, Montrecourt, Montravers, Montrelais, Montredon, Montcuq, Montrouge, Montsales, Montsec, Montceau (avec ou sans les mines), Montgras, Montgueux, Montpaon, Montfort, Montfaucon, Montendre, Montmalin, Montrésor, Montchaton, Monte, et ainsi de suite. Tous les toponymes en sont-ils pas susceptibles d’interprétation ?

Sein mal l’0    sein mal o    sein mâle o
malouin       mal où in       ma loup in

L’ o l’homme, ressent en lui, en son sein, une souffrance, une douleur, un mal qui le fait désigner comme provenant de sein mal l’ o. C’est un Malouin. En son sein mâle, le mal sévit. En son sein mal, le mâle sévit. Le mal -le mâle, où ? in (= au-dedans, en son sein, en lui) sévit depuis longtemps, c’est le mal loin bien que, pourtant, ce soit un sain mâle ho(mme)  !

Quel est ce mal  ? Mâle où in  ! Mal où in  ! Ma loup in  ! « Au loup, au loup », crie-t-on. Le loup attaque.

Le loup lutine (est-ce badinage ou bien lutte ?). Ma, c’est-à-dire « ma maman », souffre du mal maloum, du mal, du mâle, du loup qui l’attaque en son sein. Loup où es-tu ? Mal qui grossit en elle, mâle qui grossit en elle. Mâle où in ! Mal où in ! Ma loup in !

A-t-on des éclaircissements ? Oui. C’est un loup de mer (il est Malouin, il est malin). Un vieux loup de mer. Il connaît bien la mer. Il n’ignore pas les marées, flux et reflux, pour atteindre l’île sacrée des Gaulois, l’Île de Sein. Sein mâle 0, sein marqué du sceau du mâle, de 1’0, de l’homme.

Bientôt un mâle ouin ouin ouin naît du sein/du saint mal/du saint mâle oh ! qu’il est mignon !

Un mâle, loup hein ?

Poète, prends ton luth

Pour s’affranchir, il faut donc aller seul, vais-seul, sur un vaisseau, emporté loin de Saint-Malo par la grand mer (la grand-mère ?). Pour profiter de la scène (Seine) sans en avoir les inconvénients et trouver une île où j’ai droit de cité (l’Île de la Cité), la destination est toute trouvée : par ici (Paris). Ces Gaulois se nommèrent les Parisis, par ici, à Lutèce. L’élue est-ce ? On s’y installe pour jouir de la vie. Poète prends ton luth (est-ce ?) et me donne un baiser. Pousse l’ut, l’ut est-ce ? Pousse la chansonnette. Lut-ine l’élue qui, comme Pénélope, tisse à l’homme non seulement de nouveaux corps d’étoffe mais de nouveaux tissus organiques, sa famille. La Gauloise de Paris était donc tisserande.
L’élue tisse.

Celle ainsi cité(e), la ville (Lutèce) ou la femme (l’élue tisse), se trouve-t-elle lutinée, que se passe-t-il ? Luth est-ce ? ou lutte est-ce ? Badinage ou menace ? Quelle Seine/scène est-ce ? Une attaque, un commerce charmant ?

Que fait Lutèce vaincue, rendue, désarmée ? Se donne-t-elle à l’étranger, elle lui cède et elle lui fait plaisir. Elle latinise son nom. Elle devient Lutétia. Mais dans Lutétia, non sans malice, le Gaulois qui n’a plus pour arme que les ressources de son esprit élevé comme un clocher, carillonne qu’elle a lutié-cia contre les loups, prononcez : Lou-técia -. Et le Gaulois sur son vaisseau de trimbaler d’allégorie en allégorie son mal loin sur la langue des toponymes et des éponymes. Mal de mer, mal de vivre, mal triste. Et de défendre jalousement par jalons conservés purs, ces traces dissimulées qui n’attendaient qu’à être prophétiquement mises au jour. Comme dans le fruit le ver, le nom loge la vérité. Verdun.

Ver d’un (la vérité d’un) le ver d’un
Vers d’un (je vais vers) la vérité
(je vais contre le ver ) d’un um (Verdunum)

d’unum
d’ounoum
d’un homme
d’un nom.

Ainsi, par deux fois, un certain Marsillac fait paraître Les vraies origines de la langue française, ses rapports avec l’anthropologie et la physique du globe, Paris, Schleicher frères, en grand in-folio pour l’an 1900, en in-octavo l’année suivante.