Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Jean-Marc Relhié

LES MONDES PARALLÈLES DE JEAN-MARC RELHIÉ

CELA FAISAIT PLUSIEURS ANNÉES que je connaissais Jean-Marc Relhié, sur les brocantes. On disait de lui qu’il avait « des doigts en or », le genre de doigts qui, comme chacun sait, n’en rapportent jamais mais permettent de se tirer souvent d’affaire au prix de mille métiers, mille misères.
J’avais par commodité rangé notre ami dans la catégorie des auto-constructeurs et autres bâtisseurs sauvages car il avait édifié au milieu des bois sa maison avec des matériaux de récupération.
Je sentais bien à chacune de nos rencontres un désir de créer. J’avais même pu voir quelques assemblages, accumulations, peintures… mais jamais rien ne le satisfaisait vraiment. Il n’avait trouvé ni son matériau ni sa technique pour concrétiser son univers onirique. Jusqu’au jour où… Sculpture de J.-M. Relhié

Invité à une fête dans son « chalet », Jean-Marc m’entraîna vers sa grange devant laquelle, sous un petit auvent, il avait installé une forge rudimentaire.
C’est là qu’il me fit voir, après mille excuses, tergiversations et dénigrements, une sorte de bête, un animal improbable en fer forgé. Je dis « fer forgé » faute de terme adéquate car il s’agissait d’une substance grumeleuse et pourtant patinée, d’assemblages métalliques d’où surgissaient des bulles et autres concrétions… Bref, du jamais vu et dans la forme et dans le fond.
Encouragé, de nombreuses autres créations surgirent : des animaux antédiluviens mais toujours hautement improbables, des tours de guet, des vigies, des phares érigés sur quelque rivage des Syrthes, des maisons-fleurs, des demeures mystérieuses, des véhicules sous-marins et autres débris de sociétés disparues…

MAIS DE QUELLES CIVILISATIONS S’AGISSAIT-IL ? De notre préhistoire ou de je ne sais quel « futur antérieur » ? Une chose est certaine : les réalisations de Jean-Marc Relhié sont en plein accord avec sa vie. C’est un archéologue du présent, un aventurier du quotidien, un scientifique du bricolage ! Promenez-vous avec lui en pleine campagne, un moment il s’arrête, gratouille la terre et en sort avec désinvolture un fragment de poterie gallo-romaine ou un biface préhistorique. Devant une décharge d’ordures, il s’avance au milieu des pourritures et ressort une cage à oiseaux ou des petites cuillères en étain…
De même, devant la création, Jean-Marc soude, assemble, martèle sans intentions apparentes.
C’est le bout de fer, c’est la tôle récupérée, c’est l’amas initial qui conduit l’imagination. « La matière parle », les choses « dictent leurs formes », la ferraille « conduit le bras »… comme beaucoup de créateurs autodidactes, la bouffée créatrice est camouflée sous les alibis traditionnels.

En réalité, il est plus que probable que son regard de « chineur » professionnel ne lui serve à découvrir les formes les plus appropriées à concrétiser ses images fantasmatiques. L’œil à l’état sauvage est un beau mythe des origines. Il s’aiguise cet œil. Il se façonne. Il se travaille.

Sculptures en métal, Jean-Marc RelhiéSculptures en métal, Jean-Marc Relhié

EN OBSERVANT JEAN-MARC CRÉER, je ne puis m’empêcher de penser à Maisonneuve, personnage emblématique, pour moi, de la jonction du surréalisme et de l’Art Brut. Certes, les coquillages de Maisonneuve peuvent sembler très loin des sculptures métalliques de Jean-Marc Relhié. Pourtant j’y décèle des analogies secrètes. Sont-elles dues à un même savoir-faire plus ou moins refoulé ? Au même métier de brocanteur ? Je ne sais. Force est de reconnaître que devant l’énigme de la création brute, les mots, les explications souvent manquent ou trahissent.

Et l’on ne peut même pas dire que les œuvres resteront ! Celles de Jean-Marc Relhié, inexorablement commencent à rouiller…

Jean-Marc Relhié

Jean-Marc Relhié

Jean-François Maurice
Gazogène n°19