Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Édito

Avec ce numéro double, 29/30, Gazogène boucle sa nouvelle série

Rappelons que du numéro 1 au numéro 16, je l’ai réalisé seul, en totalité : chaque texte était tapé sur ma vieille machine mécanique, puis, comble du luxe, électrique. Une matrice était réalisée avec dessins, photographies, illustrations diverses. Puis l’ensemble était photocopié chez un imprimeur qui s’appelait Monsieur Rimbaud, cela ne s’invente pas. Comme il allait céder son affaire, j’avais accès aux différents papiers en attente. J’ai ainsi pu user et abuser de papier couleur, de carton « peau d’éléphant », et des première photocopies couleur. Ensuite tout était fait à la main : classement, pliage, encartage, piquage – car Monsieur Rimbaud poussait la complaisance jusqu’à me prêter l’agrafeuse électrique de l’imprimerie. Avec Madame Rimbaud, il y avait les enfant, Alain au tirage des affiches, Gilles à l’offset, et sa future femme Valérie aux photocopieurs. La revue tirée, il me fallait contre-coller les images couleur, cartes postales, enveloppes contenant lettres en fac-similé, affichettes et autres bizarreries. Que dire des cent petites sculptures toutes différentes que réalisa pour moi Danièle Le Bricquir ? Des couvertures gaufrées de Marc Pessin ? Des écritures rimbaldiennes en polyester de George Orimbe ? Des personnages de Jovi Charreau ? Qu’ils trouvent tous ici l’expression de ma chaleureuse gratitude !

Puis, ce fut le tournant. Nicole et Claude Detourbes – ce dernier aujourd’hui hélas disparu – organisèrent dans leur librairie Calligrammes à Cahors une exposition consacrée à l’Art Brut. Le numéro 16 de la revue devant servir de catalogue, me voici réalisant plus de trois cents exemplaires ! Pari tenu. Mais la contrainte l’avait emporté sur le plaisir. À quelques temps de là, passant près Bassac, en Charente, je m’arrêtais aux éditions « Plein Chant ». Edmond Thomas travaillait, il m’accorda quelques minutes, qui se transformèrent en plusieurs heures de chaleureuses discussions à la suite de quoi il fut honoré d’être mon imprimeur ! Une nouvelle aventure commençait. Elle s’achève, sous cette forme, avec ce numéro.

Un autre cycle va naître. Si l’Arte Naïve s’est arrêté, si Le Bulletin des Amis de François Ozenda a sorti son dernier numéro, Gazogène lui, continue mais avec une formule différente, plus proche des ses racines et de son objet.

Nous ne croyons en effet ni que l’Art Brut soit mort avec Jean Dubuffet, ni à sa mort tout court. Dans le premier cas, ce serait de faire de l’Art Brut le caprice ou la fantaisie d’un homme, dans le second affirmer le triomphe d’une aliénation radicale, et pas seulement culturelle.

Au contraire, jamais le projet de subvertir la réalité n’a été plus actuel, et nous en voyons tous les jours les fermentations. Il s’agit maintenant de lui donner un support plus en accord avec nos vies et non moins radical.

Jean-François Maurice
Gazogène n°29-30

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