Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Gaston Ferdière et Dubuffet

Folles amours et mauvaises fréquentations

Notre ami André Roumieux écrit dans l’émouvant article qu’il consacra au Dr Ferdière dans le Bulletin des amis d’Henry Poulaille : « Ferdière était un homme généreux. Ce qui n’excuse pas les erreurs qu’il commit lors de la publication de son livre Les mauvaises fréquentations… »

Voici les quelques notes consacrées à Jean Dubuffet. Le ressentiment qui s’y manifeste n’altère ni notre admiration pour Jean Dubuffet, ni notre considération pour le Dr Gaston Ferdière. Nous aurions simplement aimé les connaître l’un et l’autre.

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À Céry-sur-Lausanne, je rencontrai le professeur Steck, qui hébergeait dans son asile la célèbre Aloyse, peintre qui avait trouvé dans l’art une vie nouvelle. Il y eut aussi des échappées vers les auberges du fond du lac et leurs grillades au sarment avec l’ami Gea Augsburg, alors dessinateur de l’armée suisse, et le séduisant’ Charles-Albert Cingria qui parlait en poète des vieux instruments de musique… et de bien d’ autre choses. À Genève, je passais bien des heures dans le cabinet du Pr Ladame : il me déclara me léguer sa collection. Malheureusement Dubuffet devait passer derrière moi ! À Genève aussi, j’enrichis mes connaissances relatives à l’empro, car je collectionnais déjà comptines, formulettes et nurcery-rhymes.

Gaston Ferdière / Dubuffet
Gaston Ferdière

Si j’étais outré par les pratiques de superstition, je demeurais ouvert à l’apparemment incompréhensible. Un jour, un facteur landais vint me voir en vélo : un petit bonhomme souriant aux yeux mobiles et pétillants de malice. Il avait fixé sur son porte-bagage un carton bourré de dessins médiumniques, C’était Raphaël Lonné, aujourd’hui souvent exposé dans les galeries parisiennes. J’ai signalé son existence à Jean Dubuffet qui une fois de plus s’appropria la découverte. Un jour, à la devanture d’un marchand de journaux, j’apprends la mort de Robert Desnos et me mets à pleurer. Bientôt je me reproche d’avoir gardé dans un placard le manuscrit d’une pièce d’« anti-théâtre » de mon ami : La Place de l’Étoile. J’obtins sans retard l’accord de publication de Youki et le volume parut sous quelques semaines. Je songeais à un recueil collectif consacré à l’humour, me rendis à Limoges pour en parler à Anne et Georges-Emmanuel Clancier. Gaston Chaissac y faisait une de ses premières expositions à la galerie Magadoux et je fus un de ses premiers acheteurs. Gaston Chaissac que Dubuffet a pillé pour créer (!) son Hourloupe .


La grotte de Berolle

Une petite architecture singulière dans la campagne vaudoise :

la grotte de Berolle

Cette construction a été réalisée en 1929 par Wielfried Besson (né en 1898), agriculteur à Berolle (Vaud, Suisse). L’histoire débute à son retour de Paris alors qu’il vient de visiter l’exposition coloniale. Très impressionné par les architectures qu’il y a découvert, Wielfried Besson se lance lui-même dans un projet, bien moins ambitieux mais tout aussi original, pour son jardin : une grotte abritant une sirène !

Il profite de ses allées et venues dans le Jura – où il apporte chaque dimanche des vivres à son père, en alpage d’été avec ses vaches – pour ramener les premières pierres de son futur édifice. Ces pierres du Jura, très typiques, ressemblent un peu à des éponges avec leurs multiples trous. La construction fait appel en outre à du bois, du béton et diverses pièces métalliques (de charrue ou autres) pour la consolidation.

La grotte comprend quelques figurines peintes, ainsi qu’un système de jet d’eau en son sommet et de fontaine sur le côté, qui sert de trop-plein. L’intérieur de la grotte abrite une sirène au long corps en ciment, munie de dents métalliques et de deux pieds courts à l’avant, taillés dans le bois. Malheureusement, le temps a détruit certaines pièces, principalement celles en bois qui ont toutes disparu, y compris un petit chalet perché sur la grotte.

La grotte est inaugurée dans les règles par Wilfried Besson, lors d’une fête paroissiale de village. Il profite de la curiosité suscitée dans le village par son édifice pour demander une rétribution symbolique aux visiteurs, rétribution qu’il reverse ensuite au curé.

Bien sûr, aujourd’hui ce petit édifice est bien abîmé, mais reste plein de fraîcheur. Véritable patrimoine familial avant d’être une curiosité, la grotte de Berolle a repris du service pour le mariage des petites-filles de son créateur : l’eau a de nouveau jailli de son sommet et de la fontaine. À quand la prochaine fois ? Reste encore un garçon à marier…

Flora BERNE
Gazogène n°28


Numéro 28

il en reste