Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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À propos d’invention dans le graphisme de l’écriture, version Chomo

À propos d’invention dans le graphisme de l’écriture, version Chomo

par Bruno Montpied

Les panneaux dont Chomo, l’ermite de la forêt d’Achères, parsèment son Village d’Art Préludien sont rédigés dans une orthographe de son cru. Les textes, au niveau poétique fort inégal, se présentent en outre en manuscrit, son auteur manifestant sa volonté de mettre en valeur les qualités esthétiques du graphisme manuscrit.

On sait que le domaine de Chomo, où l’on peut voir le résultat de plus de trente ans de création expérimentale menée par un seul individu, a été investi par lui au début des années 60. Chomo auparavant avait fait l’école des Beaux-Arts, et avait exposé en galerie à Paris. Il nous a même déclaré, un jour que nous le visitions, qu’il avait également une sculpture que lui avait prise le musée d’art moderne de Paris. En conséquence, on ne peut déjà pas assimiler Chomo à l’art brut, du moins si l’on s’en tient aux définitions de Dubuffet en la matière (un des critères étant l’absence totale de la part du créateur brut d’accointances de quelque sorte que ce soit avec le système de diffusion et de communication professionnel de l’art), on ne peut l’assimiler à l’art brut pour ce qui concerne la première partie de son œuvre. Cette première période étant marquée par la création de ce qu’il a appelés les Bois Brûlés. Ce qui fut, entre parenthèses, sa période de loin la plus créative, et donc conçue – Ô paradoxe,dans dans une époque non « brute » ; il est à noter, pour agrandir notre parenthèse, qu’on a appris récemment que Chomo avait d’ailleurs entrepris de retoucher ces fameux Bois qu’il avait pourtant entreposés jusqu’à présent dans ce qu’il avait appelé lui-même un « Sanctuaire » (voir à ce sujet le numéro spécial du Bulletin de la Société Littéraire des P.T.T. de janvier 1991, consacré entièrement à Chomo, dont nous avons tiré les textes de Chomo reproduits avec notre texte). Cela peut apparaitre inquiétant si l’on songe à ce que les artistes vieillissants infligent à leurs œuvres de jeunesse. On aimerait en savoir plus…

"Tout ce qui est beau est un piège", Chomo

Tout ce qui est beau est un piège, Chomo

Pour ce qui concerne la seconde partie de son œuvre, celle qui débute donc avec la création de son Village d’Art préludien dans la forêt d’Achères, il y a une inventivité manifeste (un autre des critères qui permettaient à Dubuffet de voir s’il avait en face de lui de l’art brut ou non), mais pas là où ses commentateurs les plus zélés voudraient nous le faire croire. Nous allons dire là où il y en a selon nous pour dire ensuite’ où il n’y en a pas. Le génie de Chomo réside dans ses conceptions paysagistes. Il est à rapprocher du vaste ensemble des Inspirés du bord des routes, plutôt que de l’art brut. L’architecture de ses « sanctuaires » et autres « refuge » est tout à fait insolite. Nous pensons toujours à la surprise et au ravissement qui furent les nôtres lorsque nous découvrîmes que la cheminée extérieure du Refuge était structurée avec des carcasses de voitures, aux dires de Chomo lui-même… Et puis enfin, au chapitre de l’inventivité, doit être reconnue à Chomo son attitude face à l’organisation sociale de son temps, son comportement réfractaire à toutes sortes d’enrégimentements, son profond anarchisme individualiste, quoique mâtiné d’un peu de mysticisme. La créativité en effet peut s’appliquer à la conduite qu’un homme choisit de suivre dans sa vie.

"La plus belle religion, c'est le respect de la vie..." écriture de Chomo
« La plus belle religion… » écriture de Chomo

Par contre, il y a fort peu d’invention dans le domaine de l’expression écrite (et pas davantage dans ses sculptures, bois de Séverine ou autres), aussi bien poétiquement que formellement parlant. Ses écritures à l’orthographe phonétique imitent sans recréation les écritures de Dubuffet lui-même, et plus généralement, restent loin derrière les innombrables recherches en matière de langues imaginaires, graphismes nouveaux, etc, menées bien avant lui ou autour de lui.

"J'ai accroché ma peau au porte-manteaux des morts", chomo

On se reportera avec fruit, entre autres documentations disponibles sur la question, au n° 32-33 de la revue Bizarre (1964), intitulé La Littérature Illettrée ou La Littérature à la lettre. Pour illustrer notre point de vue, nous avons voulu apporter ici un seul exemple de véritable créativité dans le graphisme et l’écriture en présentant au lecteur des logogrammes du poète et fondateur du groupe expérimental COBRA : Christian Dotremont.

la liberté... C. Dotremont

La liberté c’est d’être inégal, Christian Dotremont

Ici s’allient poésie de haute volée, finesse des suggestions, mystère de l’image plastique qui se trouve indissolublement lié à la révélation du mystère expressif contenu dans les lettres que nos mains tracent en écrivant. Il y a là révélation d’un aspect idéogrammatique caché dans l’écriture occidentale, image non pas dans le tapis, mais images cachées dans les mots écrits… Cela ne va-t-il pas plus loin tout de même que la simple tentative d’écriture phonétique à la Dubuffet, ou à la Chomo ?

Christian DOTREMONT, logogrammes

On souhaiterait que les amateurs d’art brut se renseignent davantage sur l’histoire des novations qui passe bon gré mal gré par l’histoire des avant-gardes et de la poésie modernes, n’en déplaise à Dubuffet qui avait de son côté, cependant, bien étudié le domaine avant de conclure à son rejet, sans prévoir qu’allaient venir après lui des hordes de jeunes artistes qui prendraient ses oukases pour argent comptant et se dispenseraient de toute étude que ce soit. Ce qui donne l’art dit « singulier » du moment…

Il n’est pas sûr qu’en matière de révolte, on n’ait pas besoin de mémoire.

Christian DOTREMONT, logogrammes

Né de la cécité de ne te voir qu’ainsi, Christian DOTREMONT, logogrammes

Bruno Montpied, 19-6-93. Gazogène n°07-08


Tour de France de quelques bricoles poétiques (inédits) en plein air

Tour de France de quelques bricoles poétiques (inédits) en plein air

par Bruno Montpied

Sillonner la France dans toutes les directions permet de trouver encore de nombreux messages attardés, datant des anciennes civilisations rurales. Si l’on y prenait garde, cela permettrait à ceux qui ne veulent pas perdre le fil de la tradition quant à un certain savoir-vivre collectif, imprégné d’innocence et d’émotion poétique, de recueillir le témoignage qui est encore là, aujourd’hui, sous leurs yeux, mais jusqu’à quand ?

Sillonner la France… et l’Europe ! Ces messages ont parfois de fort curieuses manières de se manifester. J’ai vu il y a peu un film suédois du cinéaste Bille August, intitulé Les meilleures intentions.Dans certaines scènes, l’action se passant dans un village du grand nord suédois, on aperçoit en arrière-plan, sur les boiseries d’un presbytère et sur le mur d’une chapelle, des fresques un peu passées, d’allure parfaitement naïve, à motifs religieux, naturellement. Inutile de dire qu’à aucun moment le cinéaste ne renseigne le spectateur sur ce qui n’est dans son film qu’un décor prouvant la rusticité du lieu de l’action. Où trouver, si ce n’est au fond d’une bibliothèque, de la documentation plus précise sur ce genre d’art populaire suédois ? Comme je l’ai écrit ailleurs (Gazogène n°05, l’article Miroir de l’immédiat), la recherche de l’art populaire s’avère bien un véritable parcours du combattant !

Petite paysanne portant besaceJ’ai aimé, un jour, faire une autre découverte, assez minime certes, mais digne d’être mentionnée dans ce petit parcours consacré précisément aux « bricoles » de plein air. Pas tant pour la découverte elle-même que pour la façon dont elle fut faite… Peu de temps avant d’aller à Auray, en cherchant à visiter la maison de Marie Henry, au Pouldu, cette ancienne auberge où avaient vécu, et créé, en commun Gauguin, Filiger, Meyer de Haan et quelques autres artistes « cloisonnistes », post-impressionnistes de la fin du siècle dernier (ils créaient en commun, préfigurant les expérimentations collectives de groupes d’artistes comme COBRA dans les années 50 du vingtième siècle , influencés comme eux par l’art populaire environnant), et la trouvant fermée, par malchance, Marie-José et moi tombâmes en arrêt devant une sculpture représentant une petite paysanne portant besace plantée sur un pilier en clôture de la route où nous passions. C’eût été dommage de l’oublier, non ? (le hasard ayant voulu ce jour-là nous offrir la découverte d’une œuvre populaire inconnue alors qu’il nous refusait dans le même temps l’accès aux œuvres plus « historiques ». C’était comme un juste retour de balancier…) .
Paysanne portant besace

J’aime trouver autre chose que ce que j’étais venu chercher. Comme on le sait, Picasso a fait des émules… Il en va en matière de dérive à l’affût d’art populaire comme de la peinture. On fait parfois seulement semblant de chercher.

Notez que les trouvailles ne se révéleront qu’à ceux qui ne se refusent à traverser aucune terre ingrate…

L’art, qui n’est pas de l’Art au sens où l’entend l’esthète (toujours affamé de génuflexion devant les icônes des musées et de la Culture sacralisée), l’art inconscient, primitiviste, pousse partout. Il ne suppose en fait aucun prosélyte, aucun missionnaire (quel que soit son obédience). Il vit sa vie,comme le chiendent. En parler vise entre autres à souligner le paradoxe: qu’il existe une activité créatrice qui se passe totalement de médiation et de commentaires, mais que l’on désire cependant faire connaître… Décrire et commenter ce qui se passe radicalement de description et de commentaire… On voit d’ici tous les malentendus qui s’élèvent…

Au hasard d’une conversation avec Roland Nicoux, l’actif animateur de l’Association du Plateau des Combes à Felletin, passionné par le cas de François Michaud, ce tailleur de pierre naïf originaire de Masgot dans la Creuse, j’appris qu’il existait d’autres sculptures de style populaire dans la région creusoise (quoique de moindre importance et en moins grande quantité). Roland Nicoux, après une réunion de travail sur le livre que nous préparions sur Michaud (sortie prévue au printemps 1993 aux éditions Lucien Souny), fit découvrir à quelques mordus des surprises de bord des routes, outre les sculptures du cimetière de Gentioux (entre autres le tombeau de la famille de Jean Cacaud, autre tailleur de pierre, comme François Michaud), cette femme de granit qui se dresse dans un jardin à Bellegarde, due au ciseau d’un troisième tailleur de pierre, nommé Alexandre Georget. Originellement, cette statue aux proportions imposantes, qui paraît inachevée (un de ses bras tient une faucille, le drapé de sa robe semble seulement esquissée), se tenait ailleurs. Elle devait décorer un bassin dans le jardin de son créateur qui habitait Lascaux, dans la commune de Moutier-Roseil, toujours dans la Creuse,et donc rien à voir avec la préhistoire…

Malheureusement, la camarde en décida autrement et emporta le sculpteur dans l’au-delà. La statue qui date, semble-t-il (toujours selon Roland Nicoux), de la fin du siècle dernier, fut transférée par la suite à Bellegarde chez un cousin de la famille de Roland Nicoux,ce qui nous permet de la voir encore aujourd’hui, se dressant, insolite, devant une villa qui, il faut bien le dire, n’a que peu de rapports avec elle…

Combien d’œuvres anonymes, naïves ou insolites, attendent, encore ignorées, au fond des innombrables interstices de notre géographie familière ? Le photographe Patrick Riou, à qui je vins un jour poser la question (à la suite, du reste,d’un autre parcours du combattant), lors d’un passage à Toulouse -je cherchais à en savoir plus sur ses repérages de sites d’art brut dans le Sud-Ouest (cette recherche n’a jusqu’ici malheureusement pas fait l’objet d’une suffisante publicité)-  Patrick Riou, donc, me répondit que selon lui le nombre des sites d’art inspiré n’était vraiment pas quantifiable. À bien réfléchir à cette opinion, on finit par conclure que cela vaut mieux. L’idée d’une création à l’infini, une création de qualité bien entendu, dont seul un infime bout émerge sous le regard cupide et violeur des médias, l’idée est plaisante.

Un dictionnaire centré sur la question -et je ne doute pas qu’il paraisse un jour- ne pourrait pas, et de loin, épuiser tant les réponses sont illimitées, comme les situations L’inventaire, par nature, ne peut se clore. Pas plus qu’on ne la vie sous l’œil d’un microscope.

galette de béton, par M. BrandtGalette de béton, par M. Brandt.

Qu’est-ce qui explique que M.Brandt, habitant de Germigny, pour décorer sa maison -très succintement, selon Marie-José Drogou, Jacqueline et Raymond Humbert du Musée des Arts Ruraux de Laduz qui m’ont aimablement fait connaître l’existence de ce créateur, et ce qui reste de son œuvre (la sculpture de l’illustration reproduite à la page précédente fait partie de la collection du Musée de Laduz, et fut présentée notamment à l’occasion des expositions La Marine populaire, au Musée (1991), et Art Populaire Insolite, œuvres de patience, à la Maison du Coche d’Eau (1975-1976), qui fut le premier espace muséal où la famille Humbert amorça la présentation de ses collections d’art populaire)- qu’est-ce qui explique, donc, que M.Brandt ait choisi le béton, épais, pour réaliser ses travaux, si personnels et pourtant, si légers ? On dirait que pour rendre cette naïveté du sujet, si redoutable devant les tabous d’un certain code de conduite masculine (et qui fait néanmoins penser aux travaux de patience des marins d’autrefois, bien que l’œuvre fût réalisée loin de la mer, aux limites de la Bourgogne), il fallait que ce soit incarné de la façon la plus tangible, dans la matière la plus lourde, la plus dense, faute de quoi M. Brandt, et l’entourage dont il imaginait les réactions, n’auraient pas admis la réalité de son audace.

À ce sujet, j’aime assez ce qu’écrit l’auteur d’un livre sur l’art populaire tchécoslovaque, richement illustré (les photos sont signées Alexandre Paul et montrent toutes des objets extraordinairement émouvants), que j’ai récemment acquis par hasard dans un marché aux livres anciens (l’auteur : Karel Šourek), sur l’écart existant entre le besoin qu’un autodidacte a de s’exprimer et les moyens qu’il met en œuvre pour ce faire : « Et plus simple, plus primitive est la matière employée, la conception et l’exécution de l’œuvre, meilleure est-elle en tant qu’exemplaire de l’art populaire, car plus grande est la différence entre le besoin d’un homme ordinaire d’exprimer quelque chose et ses possibilités d’exécution, plus fort ce besoin devait-il être, plus grande devait être l’émotion sous-jacente. » (L’art populaire en Images, éditions Artia, Prague, 1956.)

Plus forte et plus originale est aussi l’œuvre obtenue par l’homme auquel pense Karel Šourek. J’ai envie, ici ; de convoquer un autre avis, celui de Valérie Chanut qui a écrit des remarques fort sensées dans le dépliant que le tout jeune musée d’art naïf de Noyers-sur-Serein édita au bout de ses trois premières années d’existence, cette fois à propos des créateurs dits « naïfs »:
« [Le peintre naïf] ne possède aucun savoir pictural, il est autodidacte, il doit donc s’improviser peintre ; ignorant, il doit réinventer l’art […]. (Il) va donc créer sa propre logique de représentation. […] La peinture naïve abonde en interprétations de l’espace, elle fournit un répertoire de solutions allant de l’exactitude quasi photographique à la simple juxtaposition des éléments. » (1991).

Sculpture d’Alexandre Georget

On le voit, le créateur spontané, peintre,sculpteur ou architecte, réinvente le monde à partir de zéro. C’est sa force, et parfois aussi, pour les moins doués, sa faiblesse. Autant on trouve un nombre illimité de créateurs, et dans des lieux où l’on ne s’attendrait vraiment pas à leur tomber dessus (comme dans ce parc préhistorique légèrement délirant et bouffon, où se cache en filigrane un esprit humoristique et taquin, appelé Cardoland, et situé à Chamoux-Vézelay, non loin de la merveille romane bien connue), autant les solutions que les créateurs trouvent, qu’ils se découvrent posséder à leur grande surprise, paraissent elle-mêmes d’une nouveauté sans limites. Dans l’art populaire plus qu’ailleurs, l’invention humaine paraît repousser les frontières…

Ici, je pense à nouveau  au livre de Karel Šourek, mentionné ci-dessus. En particulier, je voudrais faire partager à mes lecteurs mon étonnement devant une de ses illustrations représentant, nous dit la légende, « Un chandelier de noces de Slovaquie ». Cet objet, visiblement destiné à servir de cadeau de mariage, n’est-il pas étrangement conçu, les bougies, le petit cheval de bois avec son cavalier, et pour couronner le tout, cet arbre artificiel s’élevant tel un échafaudage de hasard ?

On n’en finirait pas de montrer comment l’art populaire depuis longtemps avait trouvé des techniques de représentation (le collage, par exemple, les assemblages dans les boîtes, etc.) qui ne furent employées dans l’art moderne du vingtième siècle qu’avec beaucoup de retard, et en organisant, de plus, tout un tapage ridicule autour…

Car encore aujourd’hui, les artistes contemporains gagneraient beaucoup à aller voir du côté de l’antique art populaire… Ils y gagneraient définitivement, s’ils parvenaient à cette occasion à perdre de leur superbe en acceptant de déposer leur couronne d’artiste, devenue aujourd’hui un symbole de fatuité et de prétention. Nous en serions enfin rafraîchis, et l’art redeviendrait un simple langage distancié inséré sans sacralisation dans nos vies quotidiennes.Texte et photos de Bruno Montpied

Texte et photos de Bruno Montpied

Pour finir, car il faut bien mettre une borne, alors pourquoi ne pas le faire sous forme de queue de poisson, je lève mon verre à tous les créateurs populaires, anonymes ou non, à qui je dois tant de merveilleuses découvertes, et en premier lieu à l’ami Charles Billy, disparu récemment, comme une photo inédite que je garde de lui m’y invite justement…Il se tient à jamais, buvant une bouteille de Beaujolais sur le monument d’hommage au vin du même nom qu’il venait, à l’époque de cette photo (1990),tout juste de commencer.
À ta santé, Charles Billy ! Et à la santé de tous ceux qui restent…

(Toutes les photos illustrant ce texte, sauf mention contraire, sont de Bruno Montpied. Elles sont toutes inédites.)

Bruno Montpied
Gazogène n°07-08


Petite promenade dans l’art populaire du Rouergue

Petite promenade dans l’art populaire du Rouergue

par Bruno Montpied

Art populaire du Rouergue : Bruno MontpiedArt populaire du Rouergue par Bruno Montpied

J’avais mal aux pieds, je me faisais vieux, me disais-je. Descendu des plateaux de l’Aubrac que j’avais découverts avec émerveillement quelques jours plus tôt (penser à ses vastes étendues coiffées de nuages tellement fessus qu’on les dirait nourris aux tripoux et autres aligots, spécialités du pays…), j’avais décidé de faire étape à Saint-Côme-d’Olt, voire, si le gîte devait m’y faire défaut, de pousser jusqu’à Espalion. C’était bien un peu plus loin, mais il me restait quelques réserves jusque-là. Saint-Côme-d’Olt se révéla effectivement sans possibilité d’hébergement à prix modéré. J’étais las, et cette fatigue peut-être avant tout morale, me retirait tout dynamisme dans la « communication ». Je n’ai jamais eu de goût non plus au jeu du chat et de la souris, du genre des hypocrisies conventionnelles où l’on fait assaut de politesses tout en essuyant force rebuffades en attendant que l’autre se décide à vous gratifier d’une faveur au départ inespérée… Les rares individus rencontrés à Saint-Côme auraient mérité une patience et une endurance au-dessus des moyens dont je disposais en cette fin d’après-midi harassée. Ma fatigue, le dégoût devant l’allure désagréable que prenait mon destin de « dénicheur » en ces lieux, furent cause sans doute de ce que j’oubliai qu’habitait en cette bonne ville (à ce que m’avait signalé naguère Jean Estaque) un sculpteur populaire autodidacte, appelé Jouve, ancien vacher semblait-il… Ma curiosité était aussi émoussée que le reste, trop émoussée pour que ma mémoire puisse fonctionner suffisamment.

À Saint-Côme, je fis par contre halte devant l’église principale du bourg, construite par le même architecte que celui qui a édifié l’ancienne église d’Espalion où s’abrite aujourd’hui le musée Joseph Vaylet (voir plus loin) 1.
Ce qui me frappa d’emblée, ce ne fut pas le clocher flammé (en vrille, ce qui a été noté par Pierre Bonte dans un de ses volumes de Bonjour, Monsieur Le Maire), mais les portraits, tels des profils de médaille, qui étaient sculptés sur les portes de l’église, incontestablement naïfs, datés de 1532, et qui n’avaient rien à voir avec les décorations habituelles des églises romanes ou gothiques. Les personnages qu’ils représentaient n’avaient aucun rapport avec l’illustration pieuse habituelle, ils ressortissaient plutôt d’un registre profane (peut-être était-ce là des figures des donateurs, des mécènes…). La naïveté de ces portraits me requinqua instantanément. Ils s’éloignaient fort du langage certes stylisé mais aussi codifié et uniforme de l’art roman. Ils étaient modernes. On sentait ici une patte personnelle. On sentait l’ individu qui commençait à apparaître (réapparaître ?) dans l’histoire de l’art. En même temps, peut-être, que les prémisses du capitalisme dans l’histoire économique et sociale… La ferveur religieuse dans laquelle se noyaient les artistes le plus souvent anonymement depuis la période des Grandes Invasions jusqu’à la Renaissance n’autorisait pas d’écart en dehors des normes de représentation. ois portraits exprimant une sorte d’hommage à un autre être humain (le donateur) parlaient des hommes tout à coup, et c’est cela qui m’en rapprochait et qui me fait parler aujourd’hui de leur modernité. Ce portail de Saint-Côme est un premier exemple d’art populaire moderne 2.

Ces profils ressemblaient aussi à des graffiti en bas-relief qui auraient été non pas tolérés par l’autorité religieuse mais tout au contraire commandés par elle. Ils rejoignent d’autres exemples de sculpture populaire, celle des artisans bretons anonymes qui au même moment s’employaient dans les différents enclos paroissiaux à orner les sablières, les jubés, les retables des églises dont se couvrait la Bretagne fraîchement rattachée à la France chrétienne. Sculpture populaire bretonne à la naïveté et à la truculence teintée de paganisme qui est souvent bien réjouissante mais qui, malheureusement, n’a pas encore eu les honneurs d’un ouvrage qui lui rende tout à fait justice (en se centrant sur son contenu rabelaisien, humoristique, en rappelant ses  analogies avec d’autres cultures ; je pense aux entrelacs vikings dont on croit reconnaître l’influence dans la petite chapelle de Saint-Nic dans le Finistère sud par exemple).

Ainsi remis en selle, je repris avec un surcroît de vigueur le bout de chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle qui me restait à faire en direction d’Espalion.
Comme par enchantement, le hasard se remit à me faire des signes.

La Croix du BuffreDébouchant sur un très beau chemin qui traversait le charmant village de Martillergues, à quelques centaines de mètres d’Espalion, je découvris une magnifique demeure rurale de l’ancien temps. Elle était protégée, semblait-il, par une croix de chemin fort naïve, malheureusement en voie d’écroulement définitif (combien de croix de chemin simplissimes sont semées à travers le Massif central ? J’en avais vu une, extraordinairement archaïque au cœur du causse Méjean, provoquant chez le spectateur une émotion brute d’autant plus puissante que le monument se trouvait isolé au milieu de l’aride, de l’ingrat causse ; c’était la croix du Buffre). La maison était belle. Mais son portail laissait voir en outre une inscription peu banale: « Au pacha sans harem ». L’original qui vivait là se faisait apparemment une gloire de son dénuement. J’appris plus tard à Espalion de Marc Lagaly que le pacha en question s’appelait Louis Cayssac et que, décédé très récemment, il a laissé une œuvre sculptée sur bois, divers tableaux en relief dont, par exemple, une grotte de Lourdes). Cela me rappela une ferme troglodytique que j’avais visitée naguère près de Denézé-sous-Doué dans le Maine-et-Loire, sur la porte de laquelle l’ancien propriétaire, vieux célibataire, avait écrit, en guise d’enseigne: « Au privé d’amour »…

La maison du Pacha

La maison du Pacha…

Je ne m’arrêtai pas et je descendis sur Espalion, les pieds et les jambes douloureux…

Le jour d’après, quelle ne fut pas ma surprise de constater que cette bourgade assez peu étendue n’en était pas moins pourvue de deux musées d’arts et traditions populaires… Ce qui me paraît un cas sans exemple… Le premier est un musée départemental avec des prétentions classiquement ethnographiques. L’autre est le musée Joseph Vaylet, déjà cité, qui lui ne prétend à rien du tout, étant pour tout dire un sympathique capharnaüm déguisé en musée d’art populaire régional où une chatte ne retrouverait pas ses petits.

Commençons par la visite du musée départemental du Rouergue, situé dans une ancienne prison dont l’architecture n’est pas sans imprégner l’état d’esprit des visiteurs. Voici ce que j’estimai digne de ne pas être oublié le jour de mon unique visite à l’été 1994…

Un tableau naïf représentant une famille à l’occasion d’un baptême, signé par un certain Germain, qui aurait été réalisé « aux environs de 1880 » selon le musée… Un deuxième tableau, dans une autre salle, non signé cette fois, est de toute évidence de la main du même peintre autodidacte du siècle dernier. Il paraît représenter les mêmes personnes que sur le premier tableau, ces personnages entourant le même bébé qui a, cette fois, le teint un peu plus verdâtre. Les deux peintures ont les mêmes teintes brunes et violacées, les visages ont des airs cubistes… Une salle était consacrée au bestiaire présent dans l’iconographie des églises romanes rouergates… En marge, mon attention fut attirée par des reproductions, exposées dans cette même salle, de dessins à la plume extraits de registres notulaires de notaires (d’un certain Pierre Galaubi par exemple, notaire à Naucelle vers 1487-1488), dessins qui sont de véritables fantaisies exécutées en marge de lettres, sortes de griffonnages machinaux, de dessins automatiques avant la lettre (au quinzième siècle). Ces « grotesques » tout en arabesques paraissent logiquement issus, en catimini, de l’écriture à la magnifique calligraphie virevoltante… À noter aussi une salle consacrée à la piété populaire, exposant des reliquaires en papier roulé (anticipant sur tant de reliquaires d’artistes modernes), des bannières de procession, des sous-verre naïfs, et plus particulièrement une photo montrant une statuette archaïque, très émouvante, d’une femme nue plongée dans un baquet et dont on ne voit que les seins et le nombril, statuette qui est placée usuellement dans une petite loge sous la statue d’une Vierge du dix-septième siècle dans la chapelle de Notre-Dame-du-Fraysse à Bournazel (Aveyron), Cette chapelle fut longtemps l’objet de cultes d’origine païenne (femmes enceintes) et de vœux consécutifs à une épidémie qui avait décimé le village en 1772.

Musée d'art populaire du Rouergue
Le Musée d’art populaire du Rouergue

Mais achevons la visite du musée départemental. Toujours dans la salle d’art populaire religieux, on peut remarquer un immense et singulier christ en bois, des ex-voto en cire, une croix en bobines de fil de fer peint en noir, etc. Enfin, à signaler une intéressante exposition temporaire qui se tenait à l’époque de ma visite sur les instruments de musique populaire bricolés ingénieusement à partir de matériaux naturels (sifflets, flûtes, percussions diverses avec des éléments végétaux… ).

Au musée Joseph Vaylet, se joue une autre musique… Un flou artistique et une excentricité passée de mode y règnent en maîtres. Excentricité désuète qui est à l’image du fondateur du musée, collectionneur maniaque, poète occitan, druide (écho sans doute de l’ancienne mission que s’était donnée l’Académie celtique sous le Premier Empire de sauvegarder le patrimoine folklorique au nom d’une idéologie nationalitaire ; cf. ce qu’en dit Jean Cuisenier dans son livre récemment paru, La Tradition Populaire,P.U.F.. Paris, 1995), félibre, et même majoral du Félibrige (ce mouvement fondé en 1854 par Frédéric Mistral et six autres intellectuels occitans se donnait pour tâche de maintenir et faire connaître la langue d’oc ; un majoraI était un rang hiérarchique)… Surtout. conscient des risques de disparition des dernières traces de la civilisation rurale rouergate à plus ou moins brève échéance, Vaylet eut très tôt l’idée de constituer un musée qui conserverait ces traces, ces centaines d’objets, témoins du folklore rouergat, qu’il accumulait dans le plus grand désordre chez lui. En fait, son désir est né pendant les années 40. Sa biographe, Marie-Paule Grégoire 3, signale qu’il reçut en 1943 la visite d’un « chargé de mission aux musées nationaux ». Le régime pétainiste, on le sait, encourageait à l’époque les initiatives visant à exalter les cultures liées au terroir, car il voyait dans le monde paysan une catégorie sociale que l’on pouvait présenter au reste de la population comme un modèle de Français « authentiques », aussi enracinés dans le sol que les plantes qu’ils faisaient pousser, caste mythiquement nourricière que le régime opposait à une caste de fantasmatiques parasites venus de l’étranger. Les cultures populaires ont longtemps souffert de ces interprétations nationalistes et totalitaires. La visite du délégué pétainiste ne porta apparemment aucun fruit puisque Vaylet n’ouvrit en effet les portes de son premier musée (installé dans son propre appartement) qu’en 1954. II y en eut finalement trois, et c’est le troisième qu’on peut visiter aujourd’hui. Ouvert dans ce qui est à la fois une ancienne église et une ancienne mairie, il lui fut offert par la municipalité et le département en 1976. C’est donc le musée d’un seul homme qui, bien que disparu à présent (Joseph Vaylet est né en 1894 et mort en 1982), imprègne encore fortement de sa marque l’atmosphère du lieu. Le désordre était assumé comme tel par le conservateur qui le mit plus d’une fois à l’honneur dans ses vers de mirliton. Il est à souhaiter que ce désordre et la désuétude de ce petit musée de province plein de trésors cachés se maintiennent durablement tant a de charme la visite dans ces conditions. Les visiteurs ont ainsi l’illusion d’exhumer eux-mêmes ces trésors…

Joseph VayletJoseph Vaylet

Qu’y trouve-t-on ?

L’art populaire de soldats par exemple : boîtes à pharmacie, gourdes en bois ciselé, croix faites avec des balles (saisissante alliance du sabre et du goupillon !), douilles gravées de fines arabesques… Au détour d’un couloir, on tombe ensuite sur une collection de fers à repasser qu’aucune transition ne relie à ce qui l’a précédée. Puis une collection de minéraux rares ramassés en vallée d’Olt. Non loin, se dressent des bustes en bois naïfs sans indication d’origine. À l’entrée du musée, des vitrines exposent des centaines d’objets variés (inévitables sulfures !) et sont elles-mêmes surmontées d’autres objets, impossibles à examiner, placés trop haut, couverts de poussière… Dans cette même entrée cependant, se trouve sans conteste l’objet le plus étonnant du musée, une « chemise conjugale » en toile de chanvre ou de lin, d’aspect fort rugueux, du type de celles que revêtaient les paysannes d’autrefois (jusqu’à très récemment) pour dormir avec leurs époux. Pour dormir… et accomplir l’acte ! La chemise est percée d’une fente brodée au fil rouge en son pourtour et surmontée de l’inscription, elle aussi brodée en rouge : « Dieu le veut »4… De quoi sacrifier à la bagatelle avec entrain en somme… De plus, comme l’explique lui-même Joseph Vaylet dans l’opuscule qu’il a consacré à la chose (La Chemise Conjugale, historique et anecdotes, « vendu au profit du musée », 1985 ; à noter d’autres opuscules de Vaylet, assez réjouissants, comme La Bouse dans le folklore -Ed.Imprimerie du Sud-Ouest, Toulouse, 1977, et aussi La Dent dans le folklore, L’Âne dans le folklore, etc.), les chemises étaient si raides qu’il devenait fastidieux de les retrousser. Dès lors, on voit bien que la fente avait son utilité… Elle permettait aussi aux jeunes mères de mettre les pieds de leurs nourrissons au chaud quand elles allaitaient ! Vaylet relève dans son petit livre différentes locutions qui ont servi à désigner la particularité de cette chemise, comme « le trou du bonheur » (dans « les familles aisées du Maine-et-Loire »), ou le « carrefour des enfants perdus », toutes deux fort poétiques…

AuvergnatAuvergnat

Les différentes salles du musée sont assez obscures. On a l’impression de se déplacer dans les cases de la mémoire, vaste marché aux puces. Entassement semé de méchants bouts de papier rédigés à la main, fantômes de légendes. Des quenouilles, des fuseaux à laine, des outils de tanneur, une roulette de dentiste à pédale paraissent là pour tenter un poète à la Lautréamont (« beau comme un parapluie et une machine à coudre réunis sur… »). Plus loin : des pièges à rat et à loup, un appareil à enfumer les abeilles, des reliquaires en papier roulé, des crucifix domestiques, dont un en os. Au détour d’un autre couloir, on tombe sur une petite peinture assez léchée représentant une femme très en chair (vénale ?) ; et puis, une applique sculptée à l’effigie d’un cerf, une couronne de mariée (les cornes comme conseil charitable avant le mariage ?), un ange, un faucon crécerelle empaillé, de vieux appareils photo, des phonographes, d’antiques machines à écrire, un plat à barbe avec, écrit au fond : « Ne confie à personne les fautes de ta femme : c’est cracher en l’air ». De nouveau des objets naïfs, des petites têtes dont un Napoléon (on sait la fascination qu’il a longtemps exercée sur les artistes populaires de toutes époques ; voir par exemple la statue que le sculpteur autodidacte François Michaud lui a consacrée dans son village de Masgot dans la Creuse), un battoir pour mariée (suite logique des cornes), un couple d’Adam et Ève (la malédiction originelle… ), un coffret à secret, un moine priant, une canne avec un serpent très récente (1988), des objets minuscules sculptés par des bergers, œuvres de patience (sabots, araires, bœufs attelés à une charrette, accessoires pour faire le fromage dans les burons, etc). On trouve aussi des pipes, des outils de fumeur et bien entendu les incontournables masques africains (mais pas de raton-laveur). Plus loin encore, une girouette. Au sein de la reconstitution d’un intérieur rouergat, encombré de vitrines bourrées de documents et de livres accumulés par Vaylet, on découvre un socle cubique qui supporte un clou rouillé. Une légende livre le fin mot de l’histoire: « Au musée / Qu’est-ce que ce clou? – C’est le peigne de Charles le Chauve ». On sourit et on passe. C’est alors un squelette sculpté dans le bois par un autre berger qui retient l’attention (le crâne est posé non pas sur un coussin mais sur un peigne à carder !). Dans une niche, on découvre une très belle statue naïve, représentant un Auvergnat aux dires de l’auteur du livre intitulé comme de juste Les Auvergnats, statue qui figure sur une photo de Robert Doisneau qui servit d’illustration à l’affiche d’une de ses expositions en 1978 au musée Nicéphore Niepce de Châlons-sur-Saône (sur cette dernière photo, en outre, on peut voir, posant à côté d’elle, Joseph Vaylet himself).

Terminons ce tour du musée forcément rapide en signalant qu’à l’étage se trouve une étonnante collection de bénitiers en porcelaine, albâtre, biscuit, la plupart très naïfs, ainsi qu’en faïence, bronze, verre soufflé, argent ou étain, provenant de Bretagne mais aussi d’ailleurs comme par exemple Nevers.

En sortant du musée Joseph Vaylet, vous pouvez, si le cœur vous en dit, aller jeter un coup d’œil au musée… du scaphandrier, qui le jouxte de façon totalement inattendue.

Bruno Montpied
Gazogène n°14-15

1. Il s’agit de Salvannah, architecte plus connu pour la construction de la cathédrale de Rodez. Il construisit l’église de Saint-Côme de 1522 à 1532.

2. Les historiens de l’art populaire du reste, Ernst Schlee par exemple, dans L’Art Populaire en Allemagne, Office du livre, Fribourg, 1980, s’accordent à faire débuter ce que l’on appelle l’art populaire au seizième siècle.

3. Marie-Paule Grégoire, Joseph Vaylet, majoral du Félibrige. Éditions Musée Joseph Vaylet, Espalion, 1981.

4. À signaler que dans le livre de Jacques Dubois et de Robert Doisneau, Les Auvergnats, où une photo de Doisneau montre la dite chemise, les auteurs jugent « l’authenticité » de l’inscription « douteuse »…


Cailloux de silex entre Montcuq et Lauzertes…

Je me suis arrêté une nouvelle fois entre Montcuq et Lauzerte pour suivre de près l’évolution de la petite escadrille et j’ai pu constater avec joie que celle-ci était plus importante encore que je ne l’imaginais puisqu’elle pousse ses créations dans tout le rez-de-chaussée de l’habitation.

Toutefois, d’autres créations ont attiré mon regard : des cailloux de silex dont quelques touches de peinture soulignaient les formes tandis que des plantes grasses colonisaient des anfractuosités…

Il me plait en effet de penser qu’après les bâtons nous sommes renvoyés, avec les fragments de pierre, aux racines de la création ; et je ne pense pas seulement aux silex de Juvà ou au fabuleux Robert Garcet que nous avons pu voir, une fois n’est pas coutume, à la télévision grâce au film de Clovis Prévost : La Légende du Silex ni à bien d’autres créateurs bruts et artistes du bord des routes ! Écoutons en effet les propos de LEROI-GOURHAN (Le Geste et la Parole,T.2, La mémoire et les Rythmes ; pp , 213-214) :

Aucun sens descriptif n’est sensible dans ces vestiges constitués par des sphéroïdes et une spirale, mais c’est le premier témoin attesté de la reconnaissance de formes. C’est aussi le premier signe, très important, de la quête du fantastique naturel. Le sentiment esthétique qui pousse vers le mystère des formes bizarres, coquilles, pierres, dents ou défenses, empreintes de fossiles, appartient certainement à une strate très profonde du comportement humain : non seulement c’est le premier attesté dans l’ordre chronologique, mais c’est aussi une forme d’adolescence des sciences naturelles car dans toutes les civilisations l’aurore scientifique débute dans le bric-à-brac des « curios ». Il est facile d’établir les liens de cette quête avec la magie, mais au point présent, le fait nu est déjà suffisamment significatif : l’art figuratif proprement dit est précédé par quelque chose de plus obscur ou de plus général qui correspond à la vision réfléchie des formes .. L’insolite dans la forme, ressort puissant de l’intérêt figuratif, n’existe qu’à partir du point où le sujet confronte une image organisée de son univers de relation aux objets qui entrent dans son champ de perception… Ce qu’il y a de mystérieux et d’inquiétant même à découvrir dans la nature une sorte de reflet figé de la pensée est le ressort de l’insolite.

Nous retrouvons ici quelque chose de cet « Art Naturel » dont nous trouvions la trace dans ce petit Musée de l’Insolite près de Cabrerets (Cf.le texte que nous lui avons consacré dans Création Franche n°02) ou dans Roger CAILLOIS qui voyait dans les « pierres figurées » l’ébauche d’une « hiéroglyphie naturelle »… Que de « culture » me direz-vous pour un art si « brut » ! Eh, quoi, ne le mérite t-il pas ! ? Et s’il me plait, à moi, d’inventer une filiation des curios Moustériens aux colossoi de la Grèce archaïque (ce « colossos » dont parle VERNANT dans Mythe et pensée chez les Grecs) et aux formes « naturelles » de  « l’Art Immédiat » dont Bruno Montpied est le scrupuleux témoin, il ferait beau voir qu’on vînt m’y contredire ! Sauf à m’opposer quelque autre fantasme !…

Chronique locale, suite... Pierres figurées...

Chronique locale, suite... Pierres...

Jean-François Maurice
Gazogène n°06

ù le sujet confronte une image organisée de son univers de relation aux objets qui entrent dans son champ de perception… Ce quil y a de mystérieux et dinquiétant même à découvrir dans la nature une sorte de reflet figé de la pene est le ressort de linsolite.

Nous retrouvons ici quelquechose de cet « Art Naturel » dont nous trouvions la trace dans ce petit Musée de lInsolite près de Cabrerets (Cf.le texte que nous lui avons consacré dans Création Franche n°02) ou dans Roger CAILLOIS qui voyait dans les « pierres figurées » lébauche dune « hiéroglyphie naturelle »… Que de « culture » me direzvous pour un art si « brut » ! Eh, quoi, ne le mérite t-il pas ! ? Et s’il me plait, à moi, d‘inventer une filiation des curios Moustériens aux colossoi de la Grèce archaïque (ce « colossos » dont parle· VERNANT dans « Mythe et pensée chez les Grecs ») et aux formes « naturelles » de « l’Art Immédiat » dont Bruno Montpied est le scrupuleux témoin, il ferait beau voir qu‘on vînt m’y contredire ! Sauf à m’opposer quelque autre fantasme !…


Tour de France de quelques bricoles en plein air

Tour de France de quelques bricoles poétiques (inédites)
en plein air

(premier épisode)

par Bruno Montpied

Il est bon de se demander périodiquement quelle est l’activité que l’on préfère exercer. En ce qui me concerne, en dehors du farniente, pour lequel, comme disait Jacques Prévert, j’ai d’excellentes dispositions, et après éliminations de toutes sortes d’activités-corvées, imposées par les nécessités de la vie dans cette société, comme la nécessité de la gagner par exemple, je crois que je peux distinguer la rêverie.
Rêverie qui peut être active, bien entendu. On ne rêve pas seulement couché. Le rêve éveillé existe, plus ou moins refoulé par les contraintes, stimulé au contraire dès que l’absence de but ou le désœuvrement s’emparent de nous. La rêverie ambulatoire, activée par le hasard d’une promenade où le regard reste perpétuellement et intensément accueillant à tout ce qui peut arriver de curieux, insolite merveilleux ou inquiétante étrangeté aussi bien, la rêverie en marche, partant à la découverte d’œuvres de hasard, d’une poésie qui s’ignore, d’art brut, voilà ce qui me retient encore aujourd’hui.

Je ne veux pas, disant cela, contribuer à alimenter un quelconque et nouveau corpus artistique, voire le nouveau marché, encore balbutiant, de l’art singulier. Il y a assez de critiques d’art et de spécialistes de l’art marginal qui agissent en ce sens pour qu’on en ajoute encore un. D’autant que ces messieurs font fausse route et trahissent l’art brut en le réduisant à une simple esthétique de plus (je ne peux, ici, qu’avouer mon accord absolu avec ce qu’écrit Mme Annie Le Brun dans Du luxe à l’état sauvage, sa préface récente à l’exposition Slavko Kopac à la Galerie Alphonse Chave de Vence : «  [l’]attitude personnelle de Kopac a largement contribué à empêcher, des années durant, l’Art brut de basculer dans le domaine culturel, comme cela est en train de se produire aujourd’hui sous l’égide de spécialistes s’autorisant l’un après l’autre, à y voir les fondements d’une anti-esthétique ou d’une de ces contre-cultures dont notre époque fatiguée raffole. » Deux pages plus tôt, Annie Le Brun avait également écrit :  « Quant à la reconnaissance esthétique, Kopac lui voue une superbe indifférence qu’il est un des rares à partager avec les seuls artistes qu’il admire et respecte : les fous, les illuminés, les inspirés de l’Art brut. »).

J’ai la passion de l’ombre. De mes frères en rêverie, quel que soit leur place dans l’infecte hiérarchie sociale, je me sens proche. Mais j’ai un faible pour tous ceux qui font de l’art sans le savoir, ceux que, d’une façon très cohérente au fond, les critiques d’art cultivés regardent de haut, les ignorant la plupart du temps, et, lorsqu’ils acceptent de leur consacrer un strapontin dans le grand cirque culturel spectaculaire, les considérant avec cette espèce de condescendance et de paternalisme nécessaire à la constitution de leur bonne conscience.
Mes frères vivent dans l’ombre, cela ne veut pas dire qu’ils ne cherchent aucune audience, aucune amitié. Sans me faire trop d’illusions sur les possibilités d’éviter les dangers de récupération par les quelques espions toujours prêts à nourrir le spectacle médiatique-bouillie pour les chiens, je pense qu’il y a nécessité de maintenir les ponts ouverts entre les créateurs sauvages, solitaires, égocentriques, et leurs amis inconnus. Pour une société secrète de l’ombre-poésie…

Enseigne et rochers
Enseigne et rochers

De la France, inconsciemment, je me fais une carte bizarre, épurée de la majorité de sa superficie habituelle, seulement réduite au territoire qui m’arrange, celui sans ennui où les intervalles entre chaque surprise et découverte font une longueur suffisante pour qu’aucune force d’inertie ne s’interpose entre mes émerveillements successifs.
Je rêve qu’une main géante, comme celle de King-Kong dans le film splendide de Cooper et Schœdsack, me cueille pendant mon sommeil et me dépose encore inconscient près de la pointe de Pern à Ouessant. Une main aussi ahurissante que celle qu’on découvre à Joué-les-Tours sur un boulevard périphérique, enseigne publicitaire moderne certes, mais tendant, à celui qui sait voir, la clé des champs.
Ouessant, avant-garde et poupe de la fin du monde (beauté du mot « Finistère »… ), main ouverte sous le ciel immense,faisant l’aumône aux grains qui exposent une fresque très abstraite, sans cesse défaite puis reprise, dessinée avec les nuages et coloriée au gré des caprices du soleil de l’aube au crépuscule.

Réveillé au milieu d’un tableau de Max Ernst, encerclé de frottages concrets, minéraux aux teintes changeantes, libérant des formes fantastiques, là aussi, au gré de la progression des ombres creusant les contours, on commence en plein trouble interprétatif le voyage-surprise (parenthèse : j’ai toujours rêvé de voir le film de pierre Prévert qui porte ce titre. Un extrait entraperçu un jour m’ayant pour toujours enchaîné à le reconstruire entièrement ; à partir de lui, tant ce dernier était prometteur ; autre parenthèse : le cinéma, le souvenir de situations vécues dans des lectures, infusent dans la réalité. Je m’efforce, à dire vrai sans trop me fatiguer, de maintenir cette osmose qui transfigure les situations a priori banales). C’est ici que la règle magique énoncée ci-dessus, à savoir la nécessité de réduire les intervalles entre chaque surprise rencontrée sur le bord de la route, montre toutes ses vertus. Les yeux chavirés à cause des mirages entrevus à la pointe de Pern, la confiance plus tout à fait stable envers ma faculté à identifier les phénomènes nouveaux, rendent mon attention encore plus apte à repérer tout signe insolite pointant à l’horizon.

Suivant à la Pentecôte 91 le sentier de Grande Randonnée (G.R.35) qui serpente dans la vallée du Loir (peu de « spécialistes » de l’art brut se livrent à la randonnée, gageons-le ! Et je ne parle pas, sous ce terme de randonnée, des excursions d’après repas, plus ou moins digestives, mais bien de promenades au long cours, durant plusieurs jours, sac au dos, avec bivouacs successifs, topo-guides à portée de la main [je n’ai pas honte d’avouer mon faible en effet pour l’encadrement « institutionnel » de mes randonnées -j’ai toujours eu une reconnaissance sans limites pour le Comité National de Grande Randonnée qui édite ces guides et coordonne les différents comités régionaux dont les membres, érudits géographes, promeneurs passionnés, apôtres de la marche, balisent patiemment des milliers de kilomètres depuis des années, ce qui a pour résultat de permettre actuellement l’accès à un réseau incroyablement diversifié de chemins, sentiers secrets, en marge des routes et des automobiles, qui s’étend dans toutes les régions de France, le plus souvent fort bien choisis, esthétiquement et culturellement parlant, je veux dire combien de fois j’ai dû à l’organisation de ces G.R. de découvrir des sites naturels enchanteurs, et des œuvres en plein air d’autant plus délectables qu’elles étaient inattendues]), que l’on excuse cette parenthèse au sein de laquelle du reste une autre s’est greffée, telle une poupée russe, mais l’écriture vagabonde à l’image de mon sujet… Je suivais donc le G.R.35 non loin de Gué-sur-Loir lorsque j’aperçus sous un sapin, dressé à la fourche de deux chemins, une statue grossièrement façonnée. L’impression immédiate fut·plutôt proche du malaise.

Il s’agissait d’un bonhomme seulement muni d’une tête et d’un tronc. Planté dans le sol au milieu de cailloux aux formes tortueuses, ce tronc lui-même n’était fait que d’une roche oblongue (ancienne pierre levée, dont le caractère obscurément sacré avait été détourné ?) que l’On avait recouverte superficiellement de ciment. La partie du personnage la plus travaillée était la tête. Des billes de verre faisaient office d’yeux, et des cailloux blancs figuraient les dents. Il semblait que l’auteur (ou les auteurs?) de cette statue fruste, conscient(s) de son caractère insuffisamment achevé, eût (eussent) tenté d’y remédier en ajoutant deux pièces de vêtement, un béret et une cravate, tous deux noirs. Une ceinture de laine tricotée avait aussi été jointe, liée autour du cou. L’ensemble paraissait bâclé, bricolé à la va vite. On eût dit qu’il avait fallu sacrifier l’adresse et l’art à la nécessité pressante d’ériger le bonhomme. C’est pourquoi je me suis convaincu sur le moment que ce devait être pour une raison cultuelle. L’art ne comptait pas en l’occurrence, c’était la religion, le mobile… Cette statue a toute l’apparence, fruste certes, d’un quelconque dieu païen attardé au fond de nos campagnes dépeuplées, où ne subsistent plus guère les anciennes traditions, d’habitude. À l’appui de cette interprétation, je signalerai que dans le torse de « l’être », près du cou, est incrustée une grosse clef en fer, légèrement rouillée (cette statue est de création récente), dans laquelle étaient glissés lors de mon passage des épis de blé. Il semblait qu’on vînt de sacrifier à l’effigie, en l’ayant priée de bénir la future récolte, d’en assurer la santé et la quantité. Des petites étoiles en fer blanc étaient suspendues aux branches, juste au-dessus de « l’homme ».

Il a, à dire vrai, une adéquation parfaite de l’aspect fruste de cette œuvre d’art inconsciente à l’aspect sommaire du culte qui s’y rapporte. D’assez loin, cette statue votive grossière me rappelle d’autres effigies mystérieuses semées dans les champs, comme cette Mourgo, menhir sculpté fort ancien cette fois, que l’on trouve dans les environs de Saint-Étienne-du-Grès dans les Bouches-du-Rhône (voir le Guide de la Provence Mystérieuse,  p. 431), qui serait une représentation archaïque de la fécondité.

Il reste donc encore dans les campagnes quelques vestiges de cultes dont les racines se perdent dans la nuit des temps. L’œuvre d’art sculptée, ou peinte aussi bien, entretient, comme on le sait, des rapports d’extrême cousinage avec le religieux ou la superstition, voire avec la sorcellerie. À celui qui veut posséder la maîtrise des êtres et des choses (et, en définitive, du monde), un simulacre d’homme ou d’animal permet par l’opération de la magie (de la croyance absolue dans les pouvoirs de l’imagination, en fait) toutes les manipulations, tous les usages, susciter l’amour, ou à l’inverse, la souffrance…

Des statuettes religieuses frustes, chefs-d’œuvre de naïveté et de stylisation sommaire, au travers desquelles passe une émotion qui n’a pas d’âge (et qui n’en est que plus précieuse, alors), peuvent encore se rencontrer dans différents coins de France. À Albepierre par exemple, dans le Cantal, où je passais mes vacances en août 1990, on découvre des croix-de pierre fort rudimentaires, très proches par l’audace (inconsciente ?) de leurs simplifications des merveilleuses croix bretonnes (mais on en trouve aussi en Alsace et dans d’autres régions où les traditions religieuses naïves sont comme par hasard restées très vivaces). J’en donne un exemple ci-contre (on notera la date -1842- apposée au bas de la croix) ainsi qu’une reproduction d’une extraordinaire Piéta que j’ai découverte, encore nichée dans son petit oratoire sur le bord d’un chemin, dans ce même Cantal qu’Albepierre, sans qu’aucune grille ou porte ne la protège des convoitises si répandues de nos jours… Je ne donnerai bien entendu pas l’adresse de l’endroit !

Pour revenir brièvement dans le Vendômois où se trouve la statue décrite ci-dessus, il me souvient que c’est aussi dans cette même région que j’ai aperçu à maintes occasions des épouvantails, aux atours particulièrement soignés. Ce qui n’est plus si fréquent dans les campagnes actuelles. L’épouvantail, création de plein vent totalement dégagée de toute imputation artistique, donc particulièrement gratuite, faite en dehors de tout sentiment de gloriole, dont le seul public est l’assemblée des oiseaux, est une œuvre parfaitement brute, parfaitement involontaire. Gesticulant fixement dans l’immensité désolée des campagnes, il paraît en même temps servir d’exorcisme face au grand vide, à l’immense insignifiance de l’homme dans l’univers, face à la mort, au néant.

Les épouvantails sont toujours un peu métaphysiques. Ils gardent une fonction, et sont donc peut-être un peu moins gratuits que d’autres créations populaires comme les graffiti, considérés d’ordinaire moins immédiatement « utiles ». Que ceux-ci soient gravés patiemment au fond d’oubliettes, ou tracés légèrement sur un mur dans un recoin secret, ils procèdent d’une urgence, d’une profonde nécessité. Il y va de la vie de celui qui les crée. L’existence se raccroche au fil ténu de ces ,dessins confiés au hasard. C’est une bouteille à la mer, lancée vers la postérité. C’est un rempart dont on veut s’affranchir en le creusant, en le remodelant.

Voici les signes que je traque.

Peu importe même le contenu, comme dans le cas de ces statuettes religieuses au charme naïf, seul compte pour moi le désir poétique qui sous-tend, souvent en dépit de leur contenu, les œuvres au talent spontané que le hasard a mises. sur -ma route. Épouvantails, graffiti, sculptures anonymes, ou même certain jacquemart inattendu, comme celui que j’ai découvert, toujours dans le Cantal, sur cette villa appelée « La Coustoune »…
Il s’agissait d’une imposante maison d’allure patricienne située en _pleine ville, construite au début du dix-neuvième siècle et restaurée (transformée), nous dit une pierre d’imposte, « de 1932 à 1935 ». Malgré ses belles pierres, ses étages, sa terrasse, elle n’aurait rien eu pour m’attirer outre mesure s’il n’y avait pas eu dans une sorte d’échauguette d’imitation médiévale un groupe de quatre personnages sculptés en bois polychrome.

Villa à échauguette et personnages sculptés
Villa à échauguette et personnages sculptés

Ils sont costumés à la manière auvergnate, et ils dansent la bourrée. Deux couples : les hommes portent les prénoms de Philippe et Robert, les femmes de Geneviève et d’Alice. Ce groupe se met à tournoyer si l’on met en marche un moteur. Autrefois, dans les années 30 (l’horloge placée au-dessus du groupe indique la date de 1934), le groupe tournait lorsque chaque heure sonnait. Par respect du voisinage, l’horloge a cessé de faire retentir ses cloches. L’actuel propriétaire des lieux m’a reçu et a consenti à me donner quelques· explications, à vrai dire assez maigres, car il n’est pas le responsable de l’installation de ce que j’appelle, peut-être improprement, le jacquemart (« improprement » : en effet, ce dernier désigne plutôt, d’habitude, le mécanisme mettant en scène des automates qui frappent, par exemple avec un petit marteau, les cloches sur un édifice important, beffroi, église, hôtel de ville, etc.). C’est l’ancien propriétaire (décédé en 1964), un chirurgien, qui aurait eu l’idée de cette fantaisie. Elle servait à fêter aussi l’existence de chacun de ses quatre enfants, ce qui justifie la présence des prénoms au pied de chaque statue. Les cloches qui étaient placées au-dessus de l’horloge (voir photo de la page précédente) portaient, elles aussi, semble-t-il, les prénoms de ces enfants.

À examiner de près les statues, qui sont de style naïf, un peu comme certaines statues religieuses des églises bretonnes – et c’est ce qui fait l’originalité et la séduction de ce « jacquemart » à mes yeux -, je relève la signature d’un artiste : J.Jégouzo, le nom d’un lieu : Auray (situé comme on sait dans le Morbihan), et une date : 1935, la même que celle de l’horloge.

Intéressante signature… Depuis ma visite à cette villa, je n’ai pas fait progresser mon enquête au sujet de ce jacquemart charmant. Le hasard me servira ou non par la suite, je le verrai bien. Inutile de forcer les choses pour le moment. Et puis, je n’aime pas trop les méthodes de fouille systématique.

Au cours d’une visite dans le Morbihan, quelque temps après, je suis passé à Auray (je ne cherchais rien de précis par rapport à ce M.Jégouzo). J’y étais surtout attiré par le petit musée d’art religieux populaire qui s’abrite dans l’ombre de la basilique Sainte-Anne, infâme lieu de bigoterie la plus rance, soit dit en passant (quels regards soupçonneux s’appesantirent sur moi et mon amie photographe Marie-José Drogou quand nous demandâmes l’autorisation de faire des photos… ! Autorisation qui,bien entendu, nous fut refusée, sous prétexte de danger de vol. En réalité, un grand vent d’irrationnel obscurantiste souffle dans les parages…). Ce petit musée recèle des trésors, ceci dit, sous la forme, essentiellement, d’ex-vota peints assez anciens (dix-huitième siècle), dont un est particulièrement amusant (un prêtre qui continue de prier, une hachette enfoncée dans le crâne… Les corbeaux ont la peau dure… ).

Prêtre avec une hache enfoncée dans le crâne
Trésor. Prêtre avec une hachette enfoncée dans le crâne
H.  : 0,80 • L. 0,87. Inscription : « EX-VOTO ».
« Protection de Ste-Anne en faveur du recteur de Camors. Grièvement blessé, en 1720, il invoque Ste-Anne et obtient guérison ».
En 1720, le recteur de Camors était Pierre Guillemet à qui son neveu, originaire de Languidic, succéda en 1736.
Le prêtre, revêtu d’une soutane noire est agenouillé sur un prie-dieu.
Une hache est demeurée enfoncée dans son crâne, à hauteur de la tonsure. Devant lui, une croix avec bénitier et, derrière, son bréviaire est posé sur une table.
Le trésor conserve l’os du crâne où se voit la cicatrice de la blessure.

(extrait de la brochure éditée à Auray sur la Galerie d’Art Religieux Populaire de Sainte-Anne d’Auray, 1976)

On y trouve aussi des statues d’allure naïve. Leur stylisation rappelle quelque peu le style des danseurs de bourrée de la Coustoune… M.Jégouzo appartient sans doute à une tradition de sculpture populaire assez commune dans la région d’Auray, et plus généralement dans tout le reste de la Bretagne (on a jusqu’ici très peu étudié la sculpture populaire bretonne telle qu’elle s’est développée depuis le seizième siècle environ jusqu’au milieu du vingtième siècle).
(À SUIVRE)

Bruno Montpied
Gazogène n°06


Bruno Montpied

Miroir de l’immédiat

Jean-Claude Caire, le bon Docteur Caire de Salernes dans le Var, l’inlassable animateur du Bulletin des Amis d’Ozenda, lorsqu’il parle de moi, toujours avec bonté et bienveillance, je m’empresse de le préciser, m’impute parfois un prétendu goût du pèlerinage forcené, par monts et par vaux, de la France singulière (dans son texte de présentation de l’exposition Art Singulier qui s’est tenue en 1991 à la Galerie Doudou Bayol à Saint-Rémy-de-Provence).

Je voudrais rectifier quelque peu le tir et réfuter ce mot de pèlerinage qui ne me para1t pas idoine, concernant mes activités. Ce ne sera, on le devine, qu’un prétexte de plus à un rappel de certains principes personnels…

Je n’adore aucun dieu. Je ne révère aucun saint (hormis peut-être saint André Breton, comme on révère un ami particulièrement estimé, à qui l’on passe facilement ses défauts, au reste assez bénins). Je ne pars pas sur les routes en quête d’un quelconque Saint-Jacques de Compostelle de l’Art Brut. Le Musée d’Art Brut de Lausanne n’est pour moi pas un temple.

Plus exactement, il s’agirait de réunir de façon acharnée, obsessionnelle -je veux bien l’admettre – les différents morceaux d’une tapisserie que je suis seul (un de mes problèmes est de déterminer si je suis effectivement seul) à envisager. D’un puzzle qui serait comme la carte du territoire de la vie enfin réelle, à la poésie enfin réalisée. Il ne s’agit pas d’une vision mystique. Les morceaux du puzzle sont bien réels, étranges et énigmatiques certes, mais réels, si réels, à un tel point de surréalité (superréalité) que les hommes – les nains – guettent sans cesse le moment propice pour les faire retourner au néant (faibles hommes !). Les morceaux du puzzle, les lecteurs qui me connaissent l’auront compris, ce sont toutes ces créations marginales, plus ou moins spontanées, individualistes, qui se dressent sous le soleil un peu partout en France, à des degrés d’ampleur très variables selon les cas.
Palais de facteur Cheval, ou statue anonyme abandonnée à la croisée des chemins. Girouette cabossée des îles bretonnes ou jacquemart naïf au coin d’une maison cantalienne. Derniers rites populaires de nos campagnes, calvaires minuscules rongés par le temps, poupées d’exorcisme façonnée par des mains et une âme frustes, graffitis pieusement sauvés de l’oubli des siècles, ifs taillés pour donner au végétal l’illusion du mouvement, épouvantails, grottes sculptées, les enchantements sont sans nombre, mais émiettés, dispersés, ignorés, occultés, censurés, involontairement ou volontairement par la majorité des hommes, sans parler des institutions dont c’est la fonction de figer l’enchantement, et donc de le tuer.

Pour leur redonner force, à ces enchantements, à ces merveilles qui nous dispenseraient de gâcher nos vies comme nous le faisons pourtant tous les jours, il faut aller les voir, les photographier, les noter, les commenter, les archiver, les rassembler, les publier, les éditer, en parler dans des conférences, susciter l’intérêt d’autres passionnés, pousser à ce qu’on en parle, créer des engouements, et dans ce but, ne pas hésiter à créer des mythes, des légendes…
Rien à voir avec des pèlerinages. Il ne s’agit pas d’édifier une nouvelle religion. Il s’agit de poésie. Poésie construite dans la vie quotidienne, cette grande persécutée à qui je voudrais, par une activité acharnée, rendre tous mes hommages.

Il ne s’agit pas seulement d’œuvres à sauver de l’oubli, mais aussi d’hommes à rencontrer, à mettre les uns avec les autres en relation, autour de ces œuvres. Ces dernières ne proposent pas une contemplation-consommation vivante comme une technique menant à l’extase. Elles délivrent un message, non forcément explicite, introduisant à un dialogue placé à un niveau sous-jacent, caché sous notre perception quotidienne des choses et de la vie. L’œuvre d’art, particulièrement l’œuvre d’art populaire inventive, remet le discours à la bonne heure. Elle corrige le cours des choses.

Je n’ai pas en vue, disant cela, de mettre l’œuvre d’art sur un piédestal, de la vouloir langage exclusif, qui détrônerait dans une société utopiste le langage ordinaire. Elle vient essentiellement contrebalancer nos dialogues ordinaires, elle apporte l’éclairage oblique qui creuse les contours de notre représentation du monde… Un village rencontré n’est plus le même, si on vous le montre, à côté, photographié ou peint (que ce soit de façon illusionniste ou de manière déstructurée).
L’œuvre d’art populaire, par sa passion de la stylisation, de la simplification des formes, apporte à l’art une passion de faire.voir au plus près l’émotion primordiale, primaire, ressentie à éprouver tous les phénomènes de la vie. Pour cette raison, elle dialogue encore plus intimement avec notre appréhension quotidienne de la vie. Elle est le miroir le plus immédiat dont nous avons besoin dans la société moderne, dont la grande ambition artistique (depuis le début du siècle avec Dada, le cubisme, le futurisme, le surréalisme, puis, après la Seconde Guerre Mondiale, les Situationnistes et l’Art Brut) est d’avoir rêvé la transfusion de l’art dans la vie quotidienne (déjà Rimbaud.n’est-ce pas…)

Qui parlait déjà de pèlerinage ?

Bruno Montpied 12-8-1992
Gazogène
n°05


Les saboteurs de l’art

Les saboteurs de l’art

par Bruno Montpied

« Les bottes sont faites pour marcher… »,

cette lapalissade chantonne en moi au moment de commencer de tisser ma participation au numéro 2 de Gazogène, cher Jean-François. Un dicton affirme de son côté : « Qui veut voyager loin ménage sa monture ». Nos pieds, que la nature a laissés dangereusement nus, à la différence du cheval qui a des sabots de naissance, ne peuvent nous porter loin si nous ne les protégeons pas. Jusqu’au dix-neuvième siècle, ouvriers, artisans, compagnons, journaliers, colporteurs, bandits de grand chemin, tout ce petit monde marchait énormément. Quoi d’étonnant à ce que les métiers de bottier, savetier, sabotier soient hautement appréciés par tous ces forcenés de la marche ? Les tailleurs de pierre de la Creuse partaient louer leurs bras à Saint-Étienne ou à Paris, comme Martin Nadaud, et il leur fallait trois ou quatre jours pour Se rendre à bon port. Imagine-t-on les paysages infiniment moins urbanisés, en revanche beaucoup plus cultivés, plus populeux aussi, et les routes de la France d’alors ? Pour ma part, je vois des foules se déplaçant sur les chemins poudreux, que ce soit dans des contrées à présent désertes comme les Cévennes ou sur des routes aujourd’hui toujours aussi fréquentées.

S’il y a beaucoup de créateurs insolites dans les corporations de savetiers, c’est peut-être parce qu’il y avait au départ beaucoup de savetiers, et qu’étant donné ce grand nombre, -en supposant en outre que dans cette profession il se trouve la même proportion de créateurs que dans les autres, au total le nombre de créateurs est automatiquement plus grand que dans les autres corporations. De plus, il faut bien souligner que le métier de savetier est un métier d’artisan, propriétaire de son travail, amoureux du bel ouvrage et par conséquent tout à fait sensible, pour les plus libres d’entre eux, à la beauté des formes. Une passionnante exposition, passionnante par son principe Artiste/ Artisan  (?) organisée par François Katey avec l’aide, entre autres, de Jacçueline et Raymond Humbert (qui s’occupaient à l’époque -1977- de la Maison du Coche d’Eau à Auxerre, avant de fonder en 1986 le musée des arts populaires ruraux de Laduz, près d’Aillant sur Tholon) a tenté de montrer voici déjà une petite quinzaine d’années à quel point les limites entre les deux pouvaient être floues. Comment s’étonner qu’un artisan-savetier passe tout à coup à la création gratuite ; dégagée d’un usage pratique ?

Déjà, le bottier désireux d’allécher et de renseigner le chaland sur ses talents, voulant résumer en un seul objet toute l’étendue de son expérience, de sa dextérité comme de son sens esthétique, confectionnait une enseigne parlante, dont celle que je donne à voir ci-dessous est un des plus beaux exemples qui soient (il appartient aux collections du musée de Laduz) : Il s’agit d’une enseigne de sabotier, en l’occurrence. Ne constitue-t-elle pas un symbole d’une poésie extraordinaire ? Alliant au sein du même objet l’aristocratique animal et le sabot du cul-terreux, placé au bas de l’échelle sociale… Il s’agit d’un manifeste et d’une invention indubitable.

Le sabot-cygne...

Le sabot-cygne...

Elle procède d’une tradition du sabot décoratif, comme le prouve l’illustration suivante, empruntée elle aussi à un autre livre de Raymond Humbert (Le sabotier, Éd.Berger-Levrau1t, 1979), où l’on voit la pointe du sabot se recourber en spirale. Cette sinueuse extrémité en appelait une autre, et c’est ici que le créateur du Sabot-Cygne est intervenu, poussant génialement le bouchon un peu plus loin, dans l’image parfaitement surréaliste, à la Pierre Reverdy, image fusionnelle de deux images ordinaires dont la réunion ouvre sur une nouvelle réalité, plus intense, plus poétique. « Porter un morceau de forêt à ses pieds, c’était déjà inattendu ; voir une bûche devenir sabot sous l’outil de l’artisan, c’était fascinant ».(R. Humbert, Le Sabotier). La relation directe avec la nature était l’apanage des artisans ruraux. Leur regard, exercé à la quotidienne contemplation des métamorphoses naturelles, renvoyait à l’esprit des sollicitations analogiques. Un sabot pouvait devenir un bateau, ou un cygne, pourquoi l’artiste populaire anonyme n’avait pas droit au jeu des illusions ?

sabots bretons, Gazogène
sabots bretons, XIXe, musée de Laduz

Des sabots bretons conservés au musée de Laduz trompent l’œil, laissant surgir des orteils incongrus peints couleur chair, assurant la confusion du contenant et du contenu bien avant le surréalisme et en  particulier bien avant le tableau de René Magritte, Le Modèle Rouge, de 1931… Avis aux amateurs de parallèles entre arts populaires, et création moderne (je pense à cette exposition, intitulée pour le moment « Visions parallèles, artistes modernes et art des marginaux » en préparation à Los Angeles, prévue du 11 octobre 1992 au 3 janvier 1993)…

Les pieds eux-mêmes ont quelque chose de profondément mystérieux. Extrémités de nos membres inférieurs, c’est la partie du corps qui est restée à terre alors que nos membres supérieurs ont accompagné le buste qui s’est dressé à l’orée de l’histoire des premiers hommes. Les pieds ont quelque chose de noueux qui les apparente aux racines, aux raves. Les veines y saillent parfois avec plus de proéminence que sur les mains. Comparés à ces dernières, ils paraissent des parents pauvres, n’ayant aucune valeur d’outils aux fonctions multiples. On dit d’ailleurs « bête comme ses pieds »… Comme c’est cruel pour cette part au fond terriblement animale de notre anatomie, et peut-être obscurément méprisée à cause de cela…

L’homme du peuple, membre inférieur lui aussi dans le grand corps de la société capitaliste -qui au tournant du siècle commence son grand nettoyage du monde rural-, sent instinctivement tout cela. Dans le désir d ‘habiller un pied nu passe peut-être aussi le désir d’anoblir ce dernier, et de lui trouver mieux que les gants pour les mains. Le sabot-cygne nous l’a déjà prouvé. Mais il y a aussi les pantoufles, les délicates mules où se glissent les petons mutins des grisettes des grandes villes.

Citons donc Morris Hirschfield, directeur d’usine qui confectionne des pantoufles, et grand artiste devant l’Éternel, rendu célèbre par le critique et collectionneur Sydney Janis et par André Breton, de passage aux États-Unis. Cet émigré d’origine polonaise est célèbre pour ses nudités chastes aux perspectives Quelque peu égyptiennes (à la fois de face et de profil), dont le hiératisme de la retenue leur assure’ une séduction sans exemple.

Morris Hirschfield
Morris Hirschfield

Et puis, puisqu’on en est aux naïfs, je voudrais mentionner un autre créateur d’envergure, Maître-cordonnier à la retraite, Orneore Metelli, dont la notice, que je joins à ce texte, signale qu’il fit « partie du jury de l’exposition internationale de souliers »(Sic) de 1911. On imagine le Parc des Expositions de la Porte de Versailles d’aujourd’hui semé de millions de godasses de tous styles et de toutes provenances, avec un stand réservé au numéro spécial de Gazogène consacré à l’art brut et la tatane…

METELLI, Orneore
Né en 1872 à Terni, Julie. Maitre-cordonnier. Fait partie en 1911 du jury de l’exposition internationale de souliers, Paris. Commence à peindre à l’âge de 50 ans, pour occuper les soirées d’hiver. Amateur de musique, il était membre de l’orchestre municipal de Terni. Peignit surtout des scènes de 1a vie de sa ville et son architecture. Expositions nombreuses. Mort en 1938 à Temi.
(
Les Maîtres de l’art naïf, Otto Rihalji-Merin)

Ceci dit, je ne connais pas de tableau de M. Metelli où la chaussure jouerait un rôle particulier. Mais il est vrai que nous sommes assez peu riches en expositions et en livres concernant l’art naïf !, et que donc l’illumination peut encore venir sur ce point.

Sensible à l’architecture comme Metelli, Martial Besse, habitant la Castagnal sur la commune de Bournel dans le Lot-et-Garonne (voir notre article à son sujet dans la revue Création Franche n04), a commencé à orner son jardin de statues bizarres en recopiant, à échelle cependant considérablement réduite, une maison-chaussure qu’il avait aperçue dans un magazine et qui se trouvait en Inde, à Bombay. Je pense que c’est le même monument que l’on peut voir reproduit dans le livre de Schuyt, Elffers et Collins, Les Bâtisseurs du rêve. Les deux photos présentées ci-après, montrent bien qu’il y a une similitude quasi-parfaite de l’une à l’autre.

Je préfère le monument indien, ceci dit, dont les proportions donnent plus d’impression. On notera avec intérêts que cette maison-soulier fut réalisée d’après une chanson anglo-saxonne, à ce qu’il apparaît dans le commentaire relatif à la maison réalisée par une certaine famille Clayton, habitant Jersey (commentaire extrait des Bâtisseurs du rêve). La petite vieille qui habitait dans un soulier appartient au répertoire des enfants anglais… On ne sort pas de l’enfance, cela montre à l’évidence les rapports qu’entretient la culture populaire avec la mémoire de l’enfance. Les proportions sont faussées, la réalité se réfracte dans le miroir de l’imagination,sans censure de la raison, un monde plus en accord avec les désirs fantasques des individus se bâtit sous d’innombrables prétextes, dont l’architecture destinée à la fête, l’art dit forain, représentent un des plus géniaux exemples. La publicité elle-même, en tentant de détourner à son profit le goût populaire pour la farce et le conte de fée, se laisse aller à ériger des monuments incongrus, des bottes-abris.

Martial Besse

En haut : Le jardin de Martial Besse

La chaussure arrivée à un tel point développement ludique et plastique qu’elle en est devenue architecture ne trouvera pas d’autre stade d’exploitation. À moins que l’on considère la carte géographique de l’Italie comme un ultime pied-de-nez de Dieu à tous les bottiers-faiseurs d’enseignes ? Ce serait un hommage réalisé en grandes pompes, en ce cas…

Bruno Montpied, 15 décembre 1991
Gazogène n°02


Gazogène N°2

N0 2

Aux va-nu-pieds de l’art.

Marcel Béalu.

André Roumieux, projet d’un Conservatoire du sabotier.

Jacques Trovic.

André Périer par Joe Ryczko.

Alain Pauzié.

Œillets rouges pour Jean Vodaine.

Enseignes et chefs-d’œuvre des sabotiers par Raymond Humbert.

Les Saboteurs de l’art par Bruno Montpied.

Découverte d’un Chaissac.

Extrait de Ma Route d’Aquitaine par Raymond Dumay.

Émile Ratier : photographies inédites de Froment.

Irials Vets par Claude & Clovis Prevost.

Recueil de vers patois composés par un cordonnier de Latronquière traduits par Annie Gérémie.

Jean Maureille.

Le Mausolée d’un cordonnier anarchiste.

Louis de Verdal.