Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Bernard Jund

Certaines personnes ont, semble-t-il, l’étrange pouvoir de fasciner à distance !
Bernard Jund fait certainement -pour moi en tous les cas- partie de ce monde. Mais avant de parler de ses figurines dans le prochain n° que nous consacrerons à la sculpture singulière laissons lui la parole :

Bernard Jund

DE SINOPLE À ARA DE GUEULES FRANGÉ D’AZUR

Le végétal saigne rouge sur la peau Wayampi. Les cosses éclatées de la châtaigne cosmétique crachent leurs graines pilées et cuites : savonnette de rubis pétrie à l’huile de garapa.

Dards, fusées rouges des plumes de ara dressées verticales sur les biceps indiens. Parure tombante chez l’oiseau, dressée vers le ciel par l’homme Wayampi, encadré symétriquement de plumes rouges comme un aigle héraldique coloré
d’optimisme et de gloire.

Le rouge surprise  ? dans l’océan vert
Les animaux se cachent
L’indien se montre
La cible s’expose au regard
On est droit, on est fier, on est rouge …
Là où tout est vie, mort, sève et sang l’indien est une figure héraldique qui affiche son humanité par l’abstraction de sa silhouette transformée. Ce supplément de parure est distinction et différence.

En parure : les objets détournés de la civilisation :

miroirs
peignes
épingles.

Graphismes au génipa bleu de Prusse sur fond de roucou :
Machoire de Tapir au front
Empreinte du coq aux pommettes
Fleur en étoile aux sourcils rasés
Griffes en chevrons aux cuisses
Papillon bleu, oiseau.

Toute la nature en empreintes géométriques, en blasons ésotériques …

Et quelquefois, inattendue, la simple empreinte de la main colorée, plaquée sur le corps, la même main que celle de Lascaux ou d’Altamira …

Bernard jund

La diagonale du bord du monde

Bernard Jund

La diagonale du bord du monde …

La diagonale du bord du monde, peinture de Bernard Jund
La diagonale du bord du monde : Bernard Jund

Le jour se lève sur le premier matin du monde … naissance de la vie : minérale, végétale, animale, humaine. Les choses immenses, puis les choses familières, vastes échos, bruits et voix des hommes. Rien n’est réellement effrayant mais « naturellement » vrai en nous-mêmes dans ces résonances.

Un jour, le monde s’est rétréci pour les derniers hommes, qui ont vu apparaître le Bord du Monde. Apocalypse par nous engendrée. Les derniers hommes sont encore dans le monde. Nous … Occident oxydé dans un lieu au-delà de l’humanité,. ne sommes déjà plus des humains. Quelque part à la croisée des chemins de l’histoire des hommes une fausse route a été suggérée à l’Occident. Il fallait qu’un Juda saccage tous les espoirs, ce fut notre civilisation au visage blafard … et c’est elle qui crucifia l’autre monde. L’histoire de cette civilisation fut un viol permanent.

Apocalypse de métal, de l’armure au bulldozer, nous avons éventré notre mère et ses enfants qui n’avaient pas succombé au vertige de l’exploitation de la planète et de l’homme par l’homme.

Bernard Jund, Juillet 1992
Gazogène n°09

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Le monde enchanté de Gaston Mouly

Le monde enchanté de Gaston Mouly

par Jean-François Maurice

Dessin de Gaston Mouly
Dessin de Gaston Mouly

Gaston Mouly est lotois et j’ai la chance d’habiter le Quercy. Encore fallait-il le rencontrer ! Cette chance m’a été donnée avant même qu’il ne soit un nom dans l’Art Brut à la suite d’un concours de circonstances assez étrange qui m’avait mis en contact avec le photographe Philippe Soubils. Ce dernier « suivait » en effet depuis longtemps un sculpteur marginal malheureusement trop méconnu Zaccariou. Ce dernier avait obtenu une commande pour réaliser une sculpture monumentale au Lycée de Gourdon. Hélas, entre le projet et la réalisation il y avait loin ! Heureusement, un entrepreneur en maçonnerie qui venait de prendre sa retraite offrit généreusement son service. Cet homme, au cœur sur la main, c’était Gaston Mouly. Déjà il créait des œuvres originale en ciment armé. Ses Galettes représentaient des personnages qui seront repris ultérieurement dans ses dessins. Ces formes ressemblaient à des pains croustillants : pains frottés au lard, à l’ail et poivrés qu’on appelle « fougasses ». Avec le recul, ces œuvres peuvent s’apparenter étrangement avec celles, de même nature, de cet autre classique de l’Art Brut qu’est Sallingardes, de Cordes. Toutefois aucune relation ne peut être établie entre eux ! Magie de la création ? Identité de matériaux, identité de formes ? Imaginaire régionaliste et folkloriste commun ? Mystère.

En ce temps là, Gaston Mouly créait sous sa maison un monde à lui. Le ruisseau coulait et les statues en béton armé s’érigeaient. Merveilles de spontanéité et de fraîcheur, de naïveté et d’innocence. Cependant Gaston Mouly, en maçon responsable, dessinait ses projets et préparait soigneusement ses armatures métalliques. Il me l’a dit lui-même : c’était techniquement irréprochable.

Gaston Mouly
Dessin de Gaston Mouly

Or, à la suite d’un premier contact avec Gérard Sendrey à Bègles, Gaston Mouly va reprendre et développer ses dessins aux crayons de couleurs. Et la magie va opérer ! Les dessins vont non seulement prolonger l’œuvre « sculptée » mais encore l’accentuer.
Les dessins de Gaston Mouly sont d’une fraîcheur époustouflante ! Ce n’est pas seulement l’enfance qui revient mais une multitude d’impressions de souvenirs, de scènes vécues directement ou par ouïe-dire… Toute une mémoire rurale, régionaliste et pourtant universelle ! Que de fugaces souvenirs sont ici transposés et conjugués de mille manières. Contrairement à ce qui a pu s’écrire ici ou là, Gaston Mouly ne triche jamais même si chaque dessin peut être une interprétation d’une même scène, d’un même souvenir, d’un même événement. Qu’importe car l’imagination de Gaston Mouly en plongeant ses racines dans ses souvenirs d’enfance rejoint l’imaginaire collectif. Quelque soient les saynètes, il y a une immense joie, un grand bonheur de vivre dans chaque œuvre de Gaston Mouly, et ce plaisir, il sait comme personne nous le communiquer.

Jean-François Maurice
Gazogène n°16


Sur Marcel Béalu…

Sur Marcel Béalu…

Le 9 avril 1993 j’ai reçu de Marcel Béalu le petit Regard que Marie Morel lui consacrait. Sur sa couverture, Marcel Béalu avait dessiné et colorié une curieuse mouette au regard à jamais étonné. En dédicace : « Un petit signe de survie – pour Valérie et Jean-François, envoi de cœur. Marcel ». Et ce P.S. : « Recherche n°1 de Gazogène ! ». J’ai laborieusement recomposé un n°1 exceptionnel & l’ai envoyé, sans plus y penser…

Je suis né en 1947 et cette année-là paraissait un livre, Journal d’un mort. Il me faudra encore 20 ans avant de rencontrer son auteur par ses livres, et quelque temps encore avant de pousser la porte du Pont Traversé avec des petites nouvelles sous le bras. Marcel accepta de les lire ! Il les plaça à gauche de son bureau, derrière un rideau de velours passé… Revenu plus tard, j’ai pu constater de visu que j’avais été lu et annoté. Marcel m’ a lu alors ses observations… en les effaçant au fur et à mesure !
Dessin : Marcel BéaluMarcel Béalu était mi-amusé, mi-grognon devant mes premiers balbutiements d’écrituriste. Il finit par me faire comprendre, mais toujours avec ce mélange de sincérité, de modestie, d’un je-ne-sais-quoi… qui faisait de lui cet homme à part que j’ai aimé, que j’aime encore, que ce qu’il trouvait qe mieux dans mon recueil était la citation mise en.exergue et qui était de René Daumal : « … ou bien chercher à décrire,toujours par cette expression directe, des rêves frappants, des hallucinations, ou ces vagues souvenirs ancestraux, tristes comme une musique d’îles lointaines… Lorsque je dis : « rêves », j’y comprends aussi ce qu’ on appelle le « réel » vu à notre façon d’anarchistes de la perception… ».

Voilà pourquoi, en ces temps héroïques, je n’ai pas hésité à m’auto-éditer et bricoler, déjà !, une plaquette tirée à 150 exemplaires sous le titre de : L’Anarchiste de la perception ! Il me faudra attendre encore 20 ans avant de retrouver un tel tirage avec Gazogène ! ! ! J’espère de l’un à l’autre et entre-temps ne pas avoir démérité. Ayant gardé l’amitié de Marcel Béalu, je crois que c’est bon signe !

Nous nous donnions rendez-vous, avec Valérie, dans cette librairie de la rue de Vaugirard après avoir connu celle de la rue Saint-Séverin. Et là, grâce à Marcel Béalu, c’est tout un monde que nous avons exploré, des continents nouveaux que nous avons découverts : surréalistes et romantiques, expressionnistes et dadaïstes, arbrutistes et autres singuliers sans compter les obscures, les marginaux, les bizarres, les hors-les-normes, les petits maîtres… Et, le plus souvent, dans quelles éditions !

Eh, quoi ! J’allais oublier le Marcel Béalu non pas poète mais dessinateur et peintre, à l’œuvre originale et vraiment singulière : gouaches érotiques et naïves à la fois, violentes et sensuelles, pur plaisir du trait, exubérance du graphisme, grâce aérienne et maladresse d’autodidacte… Une chose est sûre : les dessins de Marcel Béalu se reconnaissent entre mille ! Peut-on en dire autant de bien d’autres ?

Si je dis que Marcel Béalu a été, et est encore, un modèle pour moi, je dis tout. Malgré son ironie et son scepticisme, il a été fidèle à l’anarchisme de sa jeunesse, au pacifisme militant, à l’individualisme libertaire. Car il ne faut pas oublier cet aspect de l’œuvre de Marcel Béalu qui, malgré les apparences, n’a jamais renié ses principes libertaires. Le rêve n’est chez lui ni refuge ni repli frileux. NON. C’est le lieux de tous les possibles, c’est la réalité qui peut être, qui aurait pu être, qui sera peut-être…

Jean-François Maurice
Gazogène n°07-08


Pascal Ulrich : textes et dessins

Écritures autres

Pascal Ulrich : textes et dessins

Les sexes en joie sur le parvis des rimes vertes comme la bonne langue, odeurs de vie dans le feu d’ une lampe sur la rampe de mes animales pulsions, bien nées sous la hanche de la branche bien née.

dessin de Pascal ULRICH
dessin de Pascal ULRICH

*

Le cerne peint par la nostalgie
a pris un coup de vieux…
Un OS, « os des anciens » a éclaté un coin de mon âme.

*

Je suis un fakir.
Ma mort sera le clou du spectacle.

*

Ce gros CON manquait d’envergure…

*

« La pensée n’est pas mon genre ! »
– disait le pansu et bien pensif en regardant son bœuf gros-sel.

*

Je suis si fainéant
jamais je ne finirai cette phrase…

*

Cet auteur pontifiant qui me faisait songer à un
A. Breton de sous-préfecture qui, s’étant coincé un orteil entre les portes d’une armoire normande, se mit à singer Paul Claudel.

*

dessin de Pascal ULRICH

Je baise donc je suis
au cœur de ta formidable anatomie.

*

C’était seulement comme ça pour voir.
C’est « sur ton mur ».
– Tu es beauté et tendresse de vestale,
aussi blanche et pure que ciel dans l’abîme, noire comme gouffre parfois.
Et offrande.
Autant t’aimer donc dans le parfum des ivresses
nocturnes
Alors je t’aime comme le mystère, et sacrebleu, pourquoi ne pas tenter le diable si aujourd’hui diable est bon… comme ta bouche de cérémonie.
Je te sais et te chante dans le vent d’une pensée, comprends-tu ? Belle magie, sois prudente, les loups sont et nous sommes les loups.
Je t’embrasse.

*

Et j’ai freiné sur les cuisses…

*

La dérive. Luxe du fou et de l’insoumis. C’est déroutant.
C’est embêtant un peu comme une hirondelle de papier que l’on piétine dans un bac de sable en plein mois de février quand il fait très froid à cause des nuages qui crachent de la glace pilée.
Et la lune ne me dit rien et personne ne dit rien, le monde entier se tait par crainte de parler en premier, chacun se nouant un foulard au poing de paroles.
Alors, si j’osais comme ça pour voir la tronche des crapauds bleus de ma mémoire.
Pour voir leurs sales petites trognes se renfrogner avant que d’éclater en mille cailloux de colère, ça, avant l’amertume qui précède la vengeance.

dessin de Pascal ULRICH

*

L’émotion: c’est ça le risque.

Un pays sans frontières.
Faut voir ça.
Un endroit particulier où règnent les douces putes de colombes.
Moi, je perds la boussole.

*

Sexe au poing dans ton couloir quand ça saigne aux jointures .
Souvent délicieux !

*

Le délice du pourquoi-pas ?

*

Mon ambition : ne pas en avoir.

Pascal Ulrich
Gazogène n°14-15

Pour connaitre les œuvres de Pascal ULRICH : écrire 15 rue St-Nicolas, 67000 Strasbourg.


Pierre Pascaud : « Les vagabonds du maléfice »

Les vagabonds du maléfice

Conte et dessins de Pierre Pascaud

Pierre-PASCAUD-salamandre

Il allait de guingois à travers toutes les bourrasques, pure canaille qu’il était, avec deux fois plus d’os que de lard, pataugeant dans la boue des marais et mâchouillant des chardons bleus. On imagine pas tous les méfaits qu’il commettait, ce coureur de halliers.

Lui tout seul, on n’aurait trop rien dit ; mais il y avait ses protecteurs complices en malfaisances : le gypaète barbu et le ziguoverminus qu’il avait apprivoisés. Ces trois chenapans étaient soudés étroit par soif de scélératesses plus calamiteuses les unes que les autres. Ils s’y connaissaient en science maléfique, allant tapi tapinois jusqu’à piller les poulaillers, arracher les vignes, se vautrer dans les belles moissons… Et tout ça en hypocrisie totale, question d’emmerder le monde.

Pierre PASCAUD : « Les Trois Compères»,

Pierre PASCAUD

C’était bien une sale engeance à capturer pleine lune. Ni vu ni connu. Encore fallait-il les attraper, le rapace par une aile, le zigue par la queue et le quasi squelette par un tibia. Mais quoi en faire, après, de ces pourritures? Une fricassée, des rillettes, un pot-au-feu ?… Impossible à envisager tellement ils avaient mangé de champignons vénéneux et de vipères, absorbé de pluies acides et de vapeurs d’abîmes.

Pierre-PASCAUD-oiseau

Finalement, on les a laissé faire leurs conneries de droite et gauche, secouer leurs puces dans les chemins du diable Vauvert et frotter leur crasse contre les écorces.

Faut dire aussi que – et chacun le savait – les approcher trop près eût été le pire défi lancé à une mort ignominieuse, vu leur puanteur de purin et de soufre.
Surtout de soufre.

Pierre Pascaud
Gazogène n°14-15


Charles Sénat & ses cannes sculptées

Les bâtons de Jouvence de Charles Sénat

S’il est des artistes bruts, vraiment bruts, Charles Sénat est l’un d’eux, et l’un des plus bruts !

Né le 6 novembre 1913 à Saint-Sulpice-sur n’est qu’au début des années 80, l’âge et la maladie s’ajoutant, qu’il commence à sculpter des cannes et à les décorer. Car c’est cela l’activité de Sénat, faire des cannes ; et il en a façonnées en bien peu de temps des centaines.

Les bâtons de Jouvence de Charles Sénat
Les cannes de Charles Sennat

Il utilise des bois qu’il trouve durant ses promenades, surtout du buis, mais aussi du frêne, du noisetier… Les représentations naissent absolument de la forme originelle du morceau de bois et sont donc plus suggérées que réalistes ; parfois même aucune retouche n’est effectuée. La décoration n’est exécutée qu’à l’aide de lignes enlacées, de motifs floraux ou anthropomorphiques qui s’apparentent aux dessins stéréotypés de Pépé Vignes. Dans les modèles les plus élaborés, quelques coups de canif suffisent pour faire surgir du pommeau une tête humanoïde. Les couleurs restent primaires pour la bonne et simple raison que Sénat utilise… des stylos, des stylos-feutre ! Le bleu, le jaune et le verdâtre se « délavent » petit à petit sans que cela inquiète outre mesure le créateur !

Cependant, malgré leur fragilité apparente, ces cannes se veulent utilitaires et Charles Sénat n’omet jamais la lanière de cuir pour y passer le poignet, ni l’embout de caoutchouc pour éviter l’usure et faciliter la marche. Il y a chez Charles Sénat une touchante volonté de « bien faire » et de se perfectionner dans son travail mais toujours en utilisant des matériaux et des instruments des plus rudimentaires, perpétuant une tradition rurale des plus primitives et qui, à ce titre, mérite de retenir notre attention.

 Jean-François Maurice, le 20 août 1990, à Cahors
Gazogène n°06


From Gaston Mouly with love

From Gaston Mouly with love

Gaston Mouly...
Gaston Mouly…

LES PAGES 1 ET 3 DE COUVERTURE SONT CONSACRÉES À GASTON MOULY.
LE SITE DE LA CRÉATION FRANCHE, À BÈGLES, A RÉALISÉ CET ÉTÉ UNE EXPOSITION DANS LE CADRE DU FONDS DE CRÉATION ARTISTIQUE BRUTE ET INVENTIVE. GASTON MOULY EST UN CRÉATEUR QUI SEMBLE BIEN CONNU DES AMATEURS D’ART BRUT.

Sculpture de Gaston Mouly
Sculpture de Gaston Mouly, couverture

CEPENDANT GASTON MOULY N’EST PAS FACILE À APPRÉHENDER. D’AUTANT MOINS FACILE QUE SON PARCOURS SEMBLE ILLUSTRER PARFAITEMENT L’ITINÉRAIRE TYPE DU CRÉATEUR BRUT : LA MAÇONNERIE, LA RENCONTRE DE BISSIÈRE, DE ZADKINE… ENFIN LA RETRAITE ET LA CRÉATION !

IL Y A CHEZ GASTON MOULY UNE GRANDE GÉNÉROSITÉ ET UN MÉLANGE DE ROUBLARDISE ET DE NAÏVETÉ. CES INGRÉDIENTS SE RETROUVENT DANS SES CRÉATIONS QUI, DES « GALETTES » DE CIMENT ARMÉ AUX DESSINS, PRÉSENTENT UNE FORMIDABLE COHÉRENCE. IL Y A LÀ QUELQUE CHOSE QUI NE TROMPE PAS: CETTE AUTHENTICITÉ DONT HENRY POULAILLE AVAIT FAIT LE CRITÈRE DE JUGEMENT DE TOUTE CRÉATION. AUTHENTICITÉ – HORS D’ÂGE – COMME SES DESSINS, QUI NOUS RENVOIENT AUX VEILLÉES DES CHAUMIÈRES, AUX ILLUSTRATIONS DU PETIT PARISIEN, ET AUTRES CHROMOS D’UN AUTRE SIÈCLE !

Dessin de Gaston Mouly
Dessin de Gaston Mouly

POUR MOI, GASTON MOULY, C’EST AVANT TOUT L’AMITIÉ, ET L’AMITIÉ N’A PAS D’ÂGE !

MAIS C’EST UNE AMITIÉ DE LA TERRE, ET JE NE DIS PAS TERRE À TERRE : LES NOIX, LES CHÂTAIGNES, LA CHASSE ET LE VIN, BREF, CE QUI TIENT AU CORPS ! LE BON SENS, LE RÉALISME ET LA JOIE DE RÉALISER UN RÊVE QUE CHAQUE ENFANT A PORTÉ EN LUI AU MOINS UNE FOIS : CRÉER UN MONDE OÙ IL FASSE BON VIVRE ! ET Y A-T-IL PLUS GRANDE JOUISSANCE QUE DE RÉALISER UN DÉSIR D’ENFANCE ?

DANS UN PAYS DE RÊVE, LE RÊVE DEVIENT RÉALITÉ.

PUISSIONS NOUS LONGTEMPS RECEVOIR DES NOUVELLES DU PAYS DE GASTON MOULY !!!

Jean-François Maurice
Gazogène n°04


Thierry Lambert, l’indien blanc

MAIS IL EST D’AUTRES BALADES ENCORE. N’EST-CE PAS MARCEL BÉALU QUI ÉCRIT :

« LE PLUS MERVEILLEUX VOYAGE
EST CELUI QUE FAIT EN RÊVE
LE MATELOT QUAND IL DORT
DANS LA CALE DU BATEAU
ANCRÉ DANS LE PORT. »

gazogene-03, Thierry Lambert
Illustration couverture de Gazogène : Thierry Lambert. Image de l’Apocalypse

COMMENT SUIS-JE ENTRÉ EN CORRESPONDANCE AVEC THIERRY LAMBERT ?

SANS DOUTE EN VOYANT SES ŒUVRES À L’EXPOSITION D’AVALLON, « AUX ARTS CITOYENS »,  OU QUELQUE CHOSE COMME ÇA ? À MOINS QUE CE NE SOIT LE BOUCHE À OREILLE OU LE TÉLÉPHONE ARABE, SURDÉTERMINÉ PAR QUELQUE SOUVENIR D’ENFANCE LIÉ AUX INDIENS D’AMÉRIQUE COMME ON LE VERRA BIENTÔT ? JE CROIS À LA SINCÉRITÉ DE THIERRY LAMBERT ET PENSE QU’IL A SANS AUCUN DOUTE SA PARTITION À JOUER DANS LE DISPARATE ET MULTIPLE ORCHESTRE DE L’ART SINGULIER.

Thierry Lambert
Thierry Lambert : Image de l’ère du Verseau

DEPUIS QUELQUES TEMPS EN EFFET, LA RUMEUR COURT.

LÀ-BAS, QUELQUE PART DANS L’ISÈRE, ON AURAIT REPÉRÉ LES TRACES D’UN ÉTRANGE INDIEN. CERTAINS AFFIRMENT L’AVOIR VU ET, SI CE N’EST LUI, CE SONT SES ŒUVRES, ICI OU AILLEURS. COMME CLAUDE NOUGARO CHANTE « JE SUIS UN NÈGRE BLANC », LUI SE SURNOMME…
… « L’INDIEN BLANC » ,
IL VA DE SOI QU’IL AIME EXPOSER EN TRIBU À LA MANIÈRE DE LA MANIFESTATION ORGANISÉE PAR LE « GRAND CHAMAN FÉTICHEUR » (! ?) JEAN-PAUL BAUDOIN À L’ÉTURNEL, SAFFRÉ, À PÂQUES. POUR LA CIRCONSTANCE, L’ÉNIGMATIQUE SANFOURCHE AVAIT BIEN VOULU APPORTER SA CAUTION À LA RÉUNION « L’ART BRUT BAT LA CAMPAGNE ». CAUTION BIEN NÉCESSAIRE SANS LAQUELLE ON POURRAIT BIEN SE DEMANDER EN QUOI LA TOTALITÉ DES ARTISSSS PRÉSENTÉS RELÈVE DE L’ART BRUT …

MAIS REVENONS À NOTRE ÉTRANGE MUTANT !

photo de Thierry Lambert pour Gazogène
Thierry Lambert

AVANT D’ÊTRE « L’INDIEN BLANC », IL EST VENU AU MONDE VOICI QUELQUE TRENTE ANS, À GRENOBLE, SOUS LA DÉSIGNATION DE : LAMBERT THIERRY, QUOIQU’IL NE SOIT PAS IMPOSSIBLE QU’EN UNE AUTRE VIE IL AIT ÉTÉ LE PARENT PAR ALLIANCE D’UN GÉRONIMO TUÉ DANS L’ŒUF PAR LA FOLIE MEURTRIÈRE DE L’HOMME BLANC. CEPENDANT, À PRIORI, NOTRE MUTANT EST BIEN ENRACINÉ DANS SON TERROIR : FILS, PETIT-FILS, ARRIÈRE-PETIT-FILS, ETC. BREF UNE VRAIE LIGNÉE DE FORESTIERS, SCIEURS EN LONG ET SCIEURS TOUT COURT, EXPLOITANTS ET/OU NÉGOCIANTS EN BOIS.

DÈS SON BERCEAU C’EST L’ODEUR DOUCE ET SUCRÉE ET ENTÊTANTE DES BOIS DE PINS ET DE SAPINS QUI LE NOURRIT ET QUI LE CHARME. CEPENDANT, DÉJÀ, SANS QU’IL LE SACHE, CETTE ORIGINE SE TEINTE DE SINGULARITÉ : SON ARRIÈRE-GRAND-PÈRE N’A-T-IL PAS CONNU À HAUTERIVE LE FACTEUR CHEVAL ? « TOUT LE MONDE LE PRENAIT POUR UN FADA ! » MAIS QU’IMPORTE SI, LÀ ENCORE, UN RÉCIT ORAL, ET PEUT ÊTRE LÉGENDAIRE, PRÉPARE UNE DESTINÉE !

SON PROPRE PÈRE AURAIT AIMÉ DEVENIR PEINTRE. MAIS IL FAUT PENSER QUE DANS LES ANNÉES TRENTE LA PRESSION SOCIALE ET FAMILIALE ÉTAIT PLUS QUE FORTE !

CE RÊVE DÉÇU FUT CEPENDANT COMPENSÉ PAR LA FRÉQUENTATION DE PEINTRES ET D’ARTISTES QUE THIERRY A PU AINSI CÔTOYER. IL IRA, PAR EXEMPLE, DESSINER ET SCULPTER À PONT-EN-ROYANS CHEZ BOB DE HOOP…

UNE CHOSE EST SÛRE : DÈS SON ENFANCE, LE FUTUR « INDIEN BLANC » EST FASCINÉ PAR LE PASSÉ, L’HISTOIRE ANCIENNE ET TOUS LES MONDES QUI ONT ÉTÉ, QUI AURAIENT PU ÊTRE, QUI SONT DONC ENCORE POSSIBLES.

Thierry Lambert
Dessins de Thierry Lambert

CETTE CAPACITÉ À FAIRE REVIVRE ET VIVRE LES MONDES DISPARUS ÉTAIT SANS DOUTE RENFORCÉE PAR SON GOÛT POUR L’ISOLEMENT, SON REFUS DES JEUX COLLECTIFS IMPOSÉS PAR L’ÉCOLE, ÉCOLE QUI DU RESTE FUT CERTAINEMENT POUR LUI LE LIEU DE L’EXCLUSION ET, MÊME S’IL NE LE DIT PAS CLAIREMENT, DE LA SOUFFRANCE.

HEUREUSEMENT, LE VERCORS N’EST PAS LOIN : GRANDS ESPACES,  GRANDES BALADES À BICYCLETTE, COMMUNION AVEC LA NATURE, HARMONIE AVEC L’ESPACE. EST-CE LÀ QUE PREND RACINE SA CONCEPTION PANTHÉISTE DU MONDE QU’IL RETROUVERA ULTÉRIEUREMENT DANS LA CULTURE INDIENNE ? NOUS LE CROYONS VOLONTIERS. C’EST D’AUTANT PLUS POSSIBLE QUE CETTE PÉRIODE EST AUSSI CELLE D’UNE CERTAINE FASCINATION POUR L’ÉSOTÉRISME.

MAIS APRÈS UN ÉCHEC AU BAC, LE VOILÀ AUX BEAUX-ARTS D’AIX-EN-PROVENCE OÙ, APRÈS UNE ANNÉE D’APPRENTISSAGE, IL FAIT LA RENCONTRE, COMME IL LE DIT, DES « THÉORICIENS DU VIDE ».

DÉPART POUR LYON.

IL RÊVE, APRÈS UNE EXPÉRIENCE DE FIGURATION AU THÉÂTRE, DE DEVENIR DÉCORATEUR ; RENCONTRE L’ACTEUR DE L’ATALANTE DE JEAN VIGO, JEAN DASTIÉ.

AVEC DES AMIS, IL VEUT FONDER UN NOUVEAU MOUVEMENT ARTISTIQUE !! !

MAIS C’EST LÀ QU’IL VA FAIRE LA RENCONTRE D’UN EX DU GROUPE « COBRA », JEAN RAINE ET SURTOUT CELLE, DÉCISIVE, D’ANDRÉ DUBOIS QUI LUI « FORME L’ŒIL », LE MET EN CONTACT AVEC L’ART BRUT, L’ART AUTRE. CAR S’IL EST LE SPÉCIALISTE D’ALBERT GLEIZE, IL FUT L’AMI AUSSI D’ALPHONSE CHAVE, DE MARCEL DUCHAMP ET DE DANIEL CORDIER…

S’IL ÉCHOUE AU DIPLÔME NATIONAL DES BEAUX-ARTS, IL PEUT VOIR CHEZ ANDRÉ DUNOIS DES ALOÏSE, CRÉPIN, DEREUX, CHAISSAC, LESAGE… ET FAIRE EN PLUS L’APPRENTISSAGE DES GALERIES ET GALERISTES-ESCROCS. TOUT CELA LE POUSSE VERS UN ART EN MARGE, OU DE LA SINGULARITÉ, QUE QUE CELLE-CI S’INSPIRE DE MARCEL DUCHAMP, DE PICABIA, DE CHARCHOUNE OU DE DUBUFFET…

C’EST UNE PHRASE DE DUCHAMP QUI LE DÉTERMINERA À S’INTÉRESSER AUX INDIENS, ET PLUS PARTICULIÈREMENT AUX SIOUX. SANS DOUTE RETROUVAIT-IL LÀ SON IDENTITÉ EN CONSTRUISANT ENFIN UN MONDE OÙ IL ÉTAIT POSSIBLE DE VIVRE ! C’EST CE QUI EXPLIQUE LA VÉHÉMENCE DE THIERRY LAMBERT LA CRÉATION ARTISTIQUE DEVENANT POUR LUI UNE EXPÉRIENCE ESSENTIELLE, À LA VIE, À LA MORT.

ON M’EXCUSERA CETTE LONGUE GENÈSE, POUR MOI NÉCESSAIRE À LA COMPRÉHENSION DE SON TRAVAIL.

CAR SI THIERRY LAMBERT SE CONTENTAIT DE COPIER LES THÈMES SIOUX, IL EST PROBABLE QUE SES TRAVAUX N’AURAIENT POUR MOI QU’UN MÉDIOCRE INTÉRÊT. IL ME SEMBLE QU’IL RÉINTERPRÈTE AVEC SA SYMBOLIQUE OCCIDENTALE UNE VISION DU MONDE OUBLIÉE. DU RESTE, LAURENT DANCHIN NE S’Y TROMPE PAS LORSQU’IL ÉCRIT : « CES MASQUES FAUSSEMENT SYMÉTRIQUES, COMME DESSINÉS À MAIN LEVÉE SUR LE SOL AVEC DES SABLES DE COULEUR, OU ÉVOQUANT DES BRODERIES AUX TONS PRIMAIRES, NE SONT PAS SANS RAPPELER, PAR LEURS LIGNES BRISÉES IMBRIQUÉES LES UNES DANS LES AUTRES, CERTAINS ASPECTS DU TRAVAIL DE RAYMOND RAYNAUD AVEC LEQUEL ILS SONT EN AFFINITÉ ».

CAR MÉFIONS NOUS DE L’APPARENTE SIMPLICITÉ DES FORMES QUI SOUVENT CACHE UN LABYRINTHE OÙ LA RAISON SE PERD. CETTE SIMPLICITÉ RETROUVÉE, CETTE FRAÎCHEUR PORTEUSE POURTANT D’UN LOURD MESSAGE, JE LA PLACERAI VOLONTIERS AUX CÔTÉS DE JEAN VODAINE PAR EXEMPLE…

JE N’AI, À CE JOUR, PAS RENCONTRÉ THIERRY LAMBERT ; MAIS NOTRE CORRESPONDANCE VAUT BIEN DES VOYAGES, SOUVENT LES PLUS BEAUX, CEUX QUE L’ON FAIT EN RÊVE,COMME LE DIT SI BELLEMENT MARCEL BÉALU…

gazogene-03- Thierry Lambert
Dos de couverture : illustration Thierry Lambert

Jean-François Maurice
Gazogène n°03