Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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À propos d’invention dans le graphisme de l’écriture, version Chomo

À propos d’invention dans le graphisme de l’écriture, version Chomo

par Bruno Montpied

Les panneaux dont Chomo, l’ermite de la forêt d’Achères, parsèment son Village d’Art Préludien sont rédigés dans une orthographe de son cru. Les textes, au niveau poétique fort inégal, se présentent en outre en manuscrit, son auteur manifestant sa volonté de mettre en valeur les qualités esthétiques du graphisme manuscrit.

On sait que le domaine de Chomo, où l’on peut voir le résultat de plus de trente ans de création expérimentale menée par un seul individu, a été investi par lui au début des années 60. Chomo auparavant avait fait l’école des Beaux-Arts, et avait exposé en galerie à Paris. Il nous a même déclaré, un jour que nous le visitions, qu’il avait également une sculpture que lui avait prise le musée d’art moderne de Paris. En conséquence, on ne peut déjà pas assimiler Chomo à l’art brut, du moins si l’on s’en tient aux définitions de Dubuffet en la matière (un des critères étant l’absence totale de la part du créateur brut d’accointances de quelque sorte que ce soit avec le système de diffusion et de communication professionnel de l’art), on ne peut l’assimiler à l’art brut pour ce qui concerne la première partie de son œuvre. Cette première période étant marquée par la création de ce qu’il a appelés les Bois Brûlés. Ce qui fut, entre parenthèses, sa période de loin la plus créative, et donc conçue – Ô paradoxe,dans dans une époque non « brute » ; il est à noter, pour agrandir notre parenthèse, qu’on a appris récemment que Chomo avait d’ailleurs entrepris de retoucher ces fameux Bois qu’il avait pourtant entreposés jusqu’à présent dans ce qu’il avait appelé lui-même un « Sanctuaire » (voir à ce sujet le numéro spécial du Bulletin de la Société Littéraire des P.T.T. de janvier 1991, consacré entièrement à Chomo, dont nous avons tiré les textes de Chomo reproduits avec notre texte). Cela peut apparaitre inquiétant si l’on songe à ce que les artistes vieillissants infligent à leurs œuvres de jeunesse. On aimerait en savoir plus…

"Tout ce qui est beau est un piège", Chomo

Tout ce qui est beau est un piège, Chomo

Pour ce qui concerne la seconde partie de son œuvre, celle qui débute donc avec la création de son Village d’Art préludien dans la forêt d’Achères, il y a une inventivité manifeste (un autre des critères qui permettaient à Dubuffet de voir s’il avait en face de lui de l’art brut ou non), mais pas là où ses commentateurs les plus zélés voudraient nous le faire croire. Nous allons dire là où il y en a selon nous pour dire ensuite’ où il n’y en a pas. Le génie de Chomo réside dans ses conceptions paysagistes. Il est à rapprocher du vaste ensemble des Inspirés du bord des routes, plutôt que de l’art brut. L’architecture de ses « sanctuaires » et autres « refuge » est tout à fait insolite. Nous pensons toujours à la surprise et au ravissement qui furent les nôtres lorsque nous découvrîmes que la cheminée extérieure du Refuge était structurée avec des carcasses de voitures, aux dires de Chomo lui-même… Et puis enfin, au chapitre de l’inventivité, doit être reconnue à Chomo son attitude face à l’organisation sociale de son temps, son comportement réfractaire à toutes sortes d’enrégimentements, son profond anarchisme individualiste, quoique mâtiné d’un peu de mysticisme. La créativité en effet peut s’appliquer à la conduite qu’un homme choisit de suivre dans sa vie.

"La plus belle religion, c'est le respect de la vie..." écriture de Chomo
« La plus belle religion… » écriture de Chomo

Par contre, il y a fort peu d’invention dans le domaine de l’expression écrite (et pas davantage dans ses sculptures, bois de Séverine ou autres), aussi bien poétiquement que formellement parlant. Ses écritures à l’orthographe phonétique imitent sans recréation les écritures de Dubuffet lui-même, et plus généralement, restent loin derrière les innombrables recherches en matière de langues imaginaires, graphismes nouveaux, etc, menées bien avant lui ou autour de lui.

"J'ai accroché ma peau au porte-manteaux des morts", chomo

On se reportera avec fruit, entre autres documentations disponibles sur la question, au n° 32-33 de la revue Bizarre (1964), intitulé La Littérature Illettrée ou La Littérature à la lettre. Pour illustrer notre point de vue, nous avons voulu apporter ici un seul exemple de véritable créativité dans le graphisme et l’écriture en présentant au lecteur des logogrammes du poète et fondateur du groupe expérimental COBRA : Christian Dotremont.

la liberté... C. Dotremont

La liberté c’est d’être inégal, Christian Dotremont

Ici s’allient poésie de haute volée, finesse des suggestions, mystère de l’image plastique qui se trouve indissolublement lié à la révélation du mystère expressif contenu dans les lettres que nos mains tracent en écrivant. Il y a là révélation d’un aspect idéogrammatique caché dans l’écriture occidentale, image non pas dans le tapis, mais images cachées dans les mots écrits… Cela ne va-t-il pas plus loin tout de même que la simple tentative d’écriture phonétique à la Dubuffet, ou à la Chomo ?

Christian DOTREMONT, logogrammes

On souhaiterait que les amateurs d’art brut se renseignent davantage sur l’histoire des novations qui passe bon gré mal gré par l’histoire des avant-gardes et de la poésie modernes, n’en déplaise à Dubuffet qui avait de son côté, cependant, bien étudié le domaine avant de conclure à son rejet, sans prévoir qu’allaient venir après lui des hordes de jeunes artistes qui prendraient ses oukases pour argent comptant et se dispenseraient de toute étude que ce soit. Ce qui donne l’art dit « singulier » du moment…

Il n’est pas sûr qu’en matière de révolte, on n’ait pas besoin de mémoire.

Christian DOTREMONT, logogrammes

Né de la cécité de ne te voir qu’ainsi, Christian DOTREMONT, logogrammes

Bruno Montpied, 19-6-93. Gazogène n°07-08

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Pascal Ulrich : textes et dessins

Écritures autres

Pascal Ulrich : textes et dessins

Les sexes en joie sur le parvis des rimes vertes comme la bonne langue, odeurs de vie dans le feu d’ une lampe sur la rampe de mes animales pulsions, bien nées sous la hanche de la branche bien née.

dessin de Pascal ULRICH
dessin de Pascal ULRICH

*

Le cerne peint par la nostalgie
a pris un coup de vieux…
Un OS, « os des anciens » a éclaté un coin de mon âme.

*

Je suis un fakir.
Ma mort sera le clou du spectacle.

*

Ce gros CON manquait d’envergure…

*

« La pensée n’est pas mon genre ! »
– disait le pansu et bien pensif en regardant son bœuf gros-sel.

*

Je suis si fainéant
jamais je ne finirai cette phrase…

*

Cet auteur pontifiant qui me faisait songer à un
A. Breton de sous-préfecture qui, s’étant coincé un orteil entre les portes d’une armoire normande, se mit à singer Paul Claudel.

*

dessin de Pascal ULRICH

Je baise donc je suis
au cœur de ta formidable anatomie.

*

C’était seulement comme ça pour voir.
C’est « sur ton mur ».
– Tu es beauté et tendresse de vestale,
aussi blanche et pure que ciel dans l’abîme, noire comme gouffre parfois.
Et offrande.
Autant t’aimer donc dans le parfum des ivresses
nocturnes
Alors je t’aime comme le mystère, et sacrebleu, pourquoi ne pas tenter le diable si aujourd’hui diable est bon… comme ta bouche de cérémonie.
Je te sais et te chante dans le vent d’une pensée, comprends-tu ? Belle magie, sois prudente, les loups sont et nous sommes les loups.
Je t’embrasse.

*

Et j’ai freiné sur les cuisses…

*

La dérive. Luxe du fou et de l’insoumis. C’est déroutant.
C’est embêtant un peu comme une hirondelle de papier que l’on piétine dans un bac de sable en plein mois de février quand il fait très froid à cause des nuages qui crachent de la glace pilée.
Et la lune ne me dit rien et personne ne dit rien, le monde entier se tait par crainte de parler en premier, chacun se nouant un foulard au poing de paroles.
Alors, si j’osais comme ça pour voir la tronche des crapauds bleus de ma mémoire.
Pour voir leurs sales petites trognes se renfrogner avant que d’éclater en mille cailloux de colère, ça, avant l’amertume qui précède la vengeance.

dessin de Pascal ULRICH

*

L’émotion: c’est ça le risque.

Un pays sans frontières.
Faut voir ça.
Un endroit particulier où règnent les douces putes de colombes.
Moi, je perds la boussole.

*

Sexe au poing dans ton couloir quand ça saigne aux jointures .
Souvent délicieux !

*

Le délice du pourquoi-pas ?

*

Mon ambition : ne pas en avoir.

Pascal Ulrich
Gazogène n°14-15

Pour connaitre les œuvres de Pascal ULRICH : écrire 15 rue St-Nicolas, 67000 Strasbourg.