Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Pierre Pascaud : Seules les tempêtes connaissent leurs noms

Seules les tempêtes connaissent leurs noms

Un conte de Pierre Pascaud

Une valise à la main, l’homme et la femme sont arrivés à l’aube, mystérieux fantômes vêtus d’une ample voilure blanche tenant du sari et de la djellaba. Ils glissaient silencieusement parmi les ombres de fin de nuit. Ils s’arrêtèrent sur la place. La nouvelle ne tarda pas à se faufiler de maisons en maisons. Bientôt presque tous les habitants entouraient les étranges visiteurs qui se tenaient immobiles, muets, leurs yeux bleus flottant à la surface d’un songe de source vive. Dans la foule, l’inquiétude fit bientôt place à la curiosité.

– Qui êtes-vous ? demanda le maire.
– Nous ne sommes que nous-mêmes, et seules les tempêtes connaissent nos noms.
– Ce sont peut-être des illuminés évadés d’un asile psychiatrique…, suggéra quelqu’un.
– Ou bien des sorciers…, avança un autre.
– En vérité, dirent d’une seule voix les visiteurs, nous étions jadis des imagiers de l’enfance, mais, maintenant que l’incendie menace même les plumiers, nous sommes devenus annonciateurs de purification et semeurs de division. Alors ils sortirent de leurs valises des pinceaux, ainsi que des pots de peinture, d’où s’envolèrent d’innombrables corbeaux qui se posèrent sur toutes les antennes de télévision.

Dessin de Pierre Pascaud

Illustration : Pierre Pascaud

– Voici venu, dit la femme, le temps d’agonie des écrans de turpitudes et de mensonges.
– Mais de quoi vous mêlez-vous ? grogna le maire.
– De l’authenticité ! répondit l’homme, en jetant dans l’azur les pinceaux qui n’en finissaient pas de surgir de sa valise, puis dessinaient dans le ciel de gigantesques champignons de brouillard.

C’est alors que la femme attira vers elle celui que le village appelait Agnus, à cause de son innocence angélique.
– Vous n’avez pas le droit de nous enlever cet enfant, protesta le maire. Bien qu’il soit faible d’esprit il ne nous en est pas moins utile pour nettoyer les caniveaux.

Sourds à ces propos réprobateurs, les visiteurs s’élevèrent dans l’air avec Agnus, qu’ils tenaient par la main, et que le vent habilla de feuilles d’or.

Bouche bée, les habitants ne disaient mot.
L’homme clama d’une voix puissante : « Il nous fallait absolument sauver l’homme authentique. c’était un ordre et une nécessité afin que le monde soit débarrassé de ses scories et que, de toutes les œuvres d’art, seuls soit sauvegardés les dessins inventés en secret avant la re-naissance. »

Brusquement une lueur intense souda les paupières des corrupteurs cupides, gribouillant leur vanité sur les estrades de foire, où grouillaient les gonocoques et les staphylocoques de leur lubricité. C’est alors, et alors seulement, que l’entrée des cavernes fut de nouveau gardée par des dragons.

Pierre Pascaud
Gazogène n°16

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Pascal Labadie, alias Scalpa

C.H.A.N.T.I.E.R


IL SUFFIT D’UN RIEN POUR PASSER DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR, OU POUR PASSER À CÔTÉ.

C’EST PAR HASARD QUE J’AI RENCONTRÉ « SCALPA » EN VOYANT UN ÉTRANGE ET SINGULIER JOUET EN BOIS DANS LA VITRINE D’UNE NON MOINS CURIEUSE BOUTIQUE À L’ENSEIGNE DU « CHARIOT DE NOÉ ». NE LA CHERCHEZ PLUS, MÊME SUR MINITEL, ELLE A AUJOURD’HUI DISPARU.

À CE JOUR, PASCAL LABADIE ALIAS « SCALPA » EST CHAUFFEUR ET FAIT DES STAGES DE MAÇONNERIE, COMME COFFREUR, À L’A.F.P.A. DE TOULOUSE…

AU DÉPART SON ITINÉRAIRE SEMBLAIT TOUT TRACÉ. NÉ À TOURS IL A UN PEU PLUS D’UNE QUARANTAINE D’ANNÉES DANS UN ENVIRONNEMENT CULTUREL DE CHOIX – SON GRAND-PÈRE ET SON PÈRE ÉTAIENT DES ARCHITECTES CONNUS – S’IL NE FAIT AUCUNE ÉCOLE D’ART, IL POURSUIT CE QUI AURAIT PU ÊTRE UNE CARRIÈRE DE PLASTICIEN ET/OU DE GALERISTE, VOIRE D’ORGANISATEUR D’EXPOSITIONS. CEPENDANT LES CHOSES SE DÉROULERONT DE FAÇON BIEN DIFFÉRENTES ! LE CHEMIN TOUT TRACÉ, CE N’ÉTAIT PAS POUR LUI.

PARALLÈLEMENT À UNE VIE PERSONNELLE CHAOTIQUE, IL S’ÉLOIGNERA DE L’ART OFFICIEL. PETIT À PETIT SES CRÉATIONS DÉRIVERONT – COMME UN REFUGE ? – VERS UN MONDE PRIMITIF AUX COULEURS ÉLÉMENTAIRES, JAUNE, BLEU, ROUGE ET AUX FORMES LES PLUS ARCHAÏQUES. DE SURCROIT, LES THÈMES SE RAPPROCHENT DE PLUS EN PLUS D’UN ART À L’ÉTAT FRUSTRE : SIGNES ÉLÉMENTAIRES, SYMBOLES NAÏFS, PERSONNAGES SIMPLISTES À PEINE ESQUISSÉS, ANIMAUX ÉTRANGES ET INCONNUS, MASQUES AUX ORIGINES INDÉFINISSABLES… AU POINT CEPENDANT QUE TOUT CELA NE FINISSE PAR FORMER UNE GRANDE FAMILLE DONT LES FORMES SE RETROUVENT DE TABLEAU EN TABLEAU AVEC DES PARENTÉS, DES FILIATIONS, DES RESSEMBLANCES… UNE TRIBU, UN MONDE CRÉÉ DE TOUTES PIÈCES COMME CONTREPOIDS À UNE SITUATION MATÉRIELLE ET AFFECTIVE DE PLUS EN PLUS PRÉCAIRE.

MALGRÉ CELA, UNE DIMENSION LUDIQUE N’EST JAMAIS ABSENTE DE CETTE « ARCHE DE NOÉ » DE LA CRÉATION/RÉ-CRÉATION. SES « ŒUVRES-JOUETS » ET « OBJOUETS » TROUVERONT LEUR CONSÉCRATION AVEC L’EXPOSITION D’UNE SÉRIE D’ŒUVRES MUSICALES : LE SPECTATEUR ÉTAIT CONVIÉ À DEVENIR ACTEUR EN SOUFFLANT, FRAPPANT, TAPANT, TIRANT, LANÇANT BREF ANIMANT LES DITES « BOITES-MUSICALES » QUI ÉTAIENT POURTANT COMME AUTANT DE PETITS TABLEAUX OU DE PETITES SCÈNES.

Pascal Labadie : Scalpa
Le monde de SCALPA, C.H.A.N.T.I.E.R…
MAIS POUR « SCALPA » LA CRÉATION ÉPOUSE TOUTES LES VICISSITUDES DE LA VIE : INSCRIT EN STAGE DE FORMATION DE COFFREUR EN BÂTIMENT IL CRÉE ET S’EXPOSE SUR LES LIEUX MÊMES DE L’A.F.P.A. DE TOULOUSE, ET IL ENTRAINE DANS CETTE AVENTURE LES AUTRES STAGIAIRES DE SON GROUPE. C’EST UNE AUTRE TRIBU QUI S’EXHIBE : « C.H.A.N.T.I.E.R. », SOUS L’ÉGIDE D’ UNE FORMULE NOUVELLE, IRONIQUE ET PROVOCATRICE : « L’ART BRUSK » !!! « SCALPA » VA Y CRÉER UN MONDE À PART, DE TOUTES PIÈCES, AUSSI INSOLITE QUE DÉRISOIRE ET SURTOUT ÉPHÉMÈRES IL VA EN EFFET CRÉER, UTILISER, EXPLOITER ET EXPOSER DANS LES CONSTRUCTIONS FAITES PAR LES STAGIAIRES, VÉRITABLE VILLAGE GRANDEUR NATURE,  ET DESTINÉ A ÊTRE DÉTRUIT À LA FIN DE CHAQUE STAGE, POUR ÊTRE RECOMMENCÉ DE NOUVEAU PAR D’AUTRES…

QUEL NOUVEAU MONDE VA MAINTENANT FAIRE SURGIR « SCALPA » ? DANS QUEL ENVIRONNEMENT ET AVEC QUI ? QUELS VESTIGES PRIMITIFS VA-T-IL PORTER AU JOUR, À QUELLE CULTURE ARCHAÏQUE VA-T-IL NOUS FAIRE CROIRE ?

MAIS OÙ EST-IL AUJOURD’HUI ? VA-T-IL, COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT, SONNER À NOTRE PORTE AVEC, SOUS, LE BRAS UN PAQUET DE PROJETS ? QUI SAIT ?

Jean-François Maurice
Gazogène n°03