Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Articles tagués “histoire

Peindre l’artichaut : Michel Julliard en campagne

Peindre l’artichaut : Michel Julliard en campagne

par Jean-François Maurice

Mon premier exercice d’Art Brut remonte à fort longtemps; c’était à Handaye dans le début des années cinquante. Nous y étions seuls avec mon père et mon frère, car notre mère était à la clinique où elle accouchait d’un frère, hélas mort-né. Ce jour-là, nous avons, mon frère et moi , repeint tous les artichauts du potager de l’hôtel, non en noir car nous n’avions pas cette couleur, mais en marron et rouge minium.

Michel Julliard
Michel Julliard

Je dois faire cet aveu : Michel Julliard est pour moi comme ce frère en peinture que je n’ai pas connu. Sans doute est-ce pour cette raison que je me sens si bien dans sa vieille maison du Mas de la Prade dans le Sud Aveyron avec sa compagne et ses enfants. Si sa peinture était nulle, je n’en parlerai pas ! Or je suis tombé dedans dès le premier jour. Tout ça pour dire qu’en matière de création la subjectivité, toujours, joue à plein -transformant ainsi peut:être le plaisir en jouissance…

Pour ces raisons, je n’ai jamais assimilé le travail de Michel Julliard à une quelconque « Figuration Libre » même si un regard superficiel peut le faire. Chaque œuvre de Michel Julliard est comme un Ex-Voto contemporain : il raconte une histoire, il dénonce un abus, il préfigure une solution. Chaque tableau raconte en effet une histoire : histoire de couple ou histoire de fesses, tableau de mœurs ou histoire d’actualité… Mais toujours sous l’angle d’une réflexion plus que d’une dénonciation; aucune complaisance à attendre pour le viol, la violence, l’obscénité gratuites. À sa façon Michel Julliard est un moraliste : la forme doit~être liée au fond et aucune complaisance n’est acceptable sous prétexte d’une gratuité de l’art.
Mais ce « moralisme » est toujours joyeux, hédoniste et ludique à l’image des « Folies… de Camares » (14 & 15 Août chaque année) dont il est le moteur !

Qu’on ne croit pas cependant à quelques faiblesses libertaires et fraternelles dans les propos qui précèdent : les nouvelles créations de Michel Julliard sont là pour le prouver ! Voyez ces pendentifs primitifs et pourtant rehaussés des quelques aphorismes des mieux sentis et des mieux choisis en dehors des anniversaires à la mode tirés de Joë Bousquet et de quelques autres. Une nouvelle fois Michel Julliard nous montre par ces pectoraux de mythologiques grands prêtres es-anarchisme très certainement qu’en art, création, invention, fond et forme sont toujours d’actualité… révolutionnaire faut-il le préciser ?

Jean-François Maurice
Gazogène
n°16

Publicités

Conservatoire du sabotier à Mayrinhac-Lentour

POURQUOI et COMMENT je pense réaliser un conservatoire du sabotier

à Mayrinhac-Lentour

André Roumieux, Lettre
André Roumieux, Lettre

Mon grand-père et mon père ayant été sabotiers ; je ne vais pas dire que je suis né dans un sabot, mais j’ai grandi, vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, parmi les paroirs, les gouges, les cuillères, etc., et les sabots. Je couchais au dessus de la boutique de mon père et je me suis endormi pendant des années au bruit du marteau sur les galoches, en particulier le samedi soir où mon père travaillait jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et puis, après l’avoir beaucoup vu faire, il m’a appris les rudiments du métier !

Je peux dire aussi que ma première rencontre avec l’ art populaire a eu lieu dans son échoppe. L’artisan, alors, n’était pas fabricant-producteur de marchandise stéréotypée mais un créateur : chaque sabot pouvait être considéré comme une œuvre de création.

En dehors de tous sentiments familiaux, j’ai pour eux beaucoup de considération et de reconnaissance et il me semble important que leur histoire soit toujours présente parmi nous. Car ainsi que la plupart des sabotiers mon grand-père et mon pire son morts. Il me reste leurs outils. Eux ne meurent pas, même s’ils sont souvent ensevelis dans l’abandon et l’oubli, comme l’étaient ceux de mon père, rangés dans un coin de grange…

Il suffit de les replacer parmi nous pour les faire revivre dans un nouveau contexte : celui d’un conservatoire.

Mais l’outil à lui seul ne reconstitue pas totalement la mémoire de ces hommes et de leur temps ; aussi, j’ai l’intention de présenter avec ces outils et un assortiment de sabots, des documents (photos, cartes postales, tableaux, affiches, autographes, publicités, livres, brochures… ) se rapportant bien sûr aux sabotiers et aux sabots mais encore à l’histoire locale, ainsi qu’aux périodes de notre histoire de France au cours desquelles on a pu voir des hommes, des femmes, des enfants en sabots crier l’Évènement.

Ainsi nous irons des paysans quercynois ; aux femmes de Paris allant chercher le Roi à Versailles, en passant par les soldats de l’An II et les croquants du Périgord.

Tu y viendras, avec tes proches, avec tes amis, et nous fêterons ensemble la Saint-René, patron des sabotiers, à la manière de ceux qui, aujourd’hui, ont à cœur de reconstituer, de protéger, d’entretenir la mémoire de nos anciens, ces hommes de peine et de création.

Voilà, cher Jean-François, ce que j’ai l’intention de faire et de vivre à Mayrinhac-Lentour. Vaste &.passionnant programme : nous n’avons pas fini d’en parler !

André Roumieux
Gazogène n°2