Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Articles tagués “Jean-Paul Baudouin

Thierry Lambert, l’indien blanc

MAIS IL EST D’AUTRES BALADES ENCORE. N’EST-CE PAS MARCEL BÉALU QUI ÉCRIT :

« LE PLUS MERVEILLEUX VOYAGE
EST CELUI QUE FAIT EN RÊVE
LE MATELOT QUAND IL DORT
DANS LA CALE DU BATEAU
ANCRÉ DANS LE PORT. »

gazogene-03, Thierry Lambert
Illustration couverture de Gazogène : Thierry Lambert. Image de l’Apocalypse

COMMENT SUIS-JE ENTRÉ EN CORRESPONDANCE AVEC THIERRY LAMBERT ?

SANS DOUTE EN VOYANT SES ŒUVRES À L’EXPOSITION D’AVALLON, « AUX ARTS CITOYENS »,  OU QUELQUE CHOSE COMME ÇA ? À MOINS QUE CE NE SOIT LE BOUCHE À OREILLE OU LE TÉLÉPHONE ARABE, SURDÉTERMINÉ PAR QUELQUE SOUVENIR D’ENFANCE LIÉ AUX INDIENS D’AMÉRIQUE COMME ON LE VERRA BIENTÔT ? JE CROIS À LA SINCÉRITÉ DE THIERRY LAMBERT ET PENSE QU’IL A SANS AUCUN DOUTE SA PARTITION À JOUER DANS LE DISPARATE ET MULTIPLE ORCHESTRE DE L’ART SINGULIER.

Thierry Lambert
Thierry Lambert : Image de l’ère du Verseau

DEPUIS QUELQUES TEMPS EN EFFET, LA RUMEUR COURT.

LÀ-BAS, QUELQUE PART DANS L’ISÈRE, ON AURAIT REPÉRÉ LES TRACES D’UN ÉTRANGE INDIEN. CERTAINS AFFIRMENT L’AVOIR VU ET, SI CE N’EST LUI, CE SONT SES ŒUVRES, ICI OU AILLEURS. COMME CLAUDE NOUGARO CHANTE « JE SUIS UN NÈGRE BLANC », LUI SE SURNOMME…
… « L’INDIEN BLANC » ,
IL VA DE SOI QU’IL AIME EXPOSER EN TRIBU À LA MANIÈRE DE LA MANIFESTATION ORGANISÉE PAR LE « GRAND CHAMAN FÉTICHEUR » (! ?) JEAN-PAUL BAUDOIN À L’ÉTURNEL, SAFFRÉ, À PÂQUES. POUR LA CIRCONSTANCE, L’ÉNIGMATIQUE SANFOURCHE AVAIT BIEN VOULU APPORTER SA CAUTION À LA RÉUNION « L’ART BRUT BAT LA CAMPAGNE ». CAUTION BIEN NÉCESSAIRE SANS LAQUELLE ON POURRAIT BIEN SE DEMANDER EN QUOI LA TOTALITÉ DES ARTISSSS PRÉSENTÉS RELÈVE DE L’ART BRUT …

MAIS REVENONS À NOTRE ÉTRANGE MUTANT !

photo de Thierry Lambert pour Gazogène
Thierry Lambert

AVANT D’ÊTRE « L’INDIEN BLANC », IL EST VENU AU MONDE VOICI QUELQUE TRENTE ANS, À GRENOBLE, SOUS LA DÉSIGNATION DE : LAMBERT THIERRY, QUOIQU’IL NE SOIT PAS IMPOSSIBLE QU’EN UNE AUTRE VIE IL AIT ÉTÉ LE PARENT PAR ALLIANCE D’UN GÉRONIMO TUÉ DANS L’ŒUF PAR LA FOLIE MEURTRIÈRE DE L’HOMME BLANC. CEPENDANT, À PRIORI, NOTRE MUTANT EST BIEN ENRACINÉ DANS SON TERROIR : FILS, PETIT-FILS, ARRIÈRE-PETIT-FILS, ETC. BREF UNE VRAIE LIGNÉE DE FORESTIERS, SCIEURS EN LONG ET SCIEURS TOUT COURT, EXPLOITANTS ET/OU NÉGOCIANTS EN BOIS.

DÈS SON BERCEAU C’EST L’ODEUR DOUCE ET SUCRÉE ET ENTÊTANTE DES BOIS DE PINS ET DE SAPINS QUI LE NOURRIT ET QUI LE CHARME. CEPENDANT, DÉJÀ, SANS QU’IL LE SACHE, CETTE ORIGINE SE TEINTE DE SINGULARITÉ : SON ARRIÈRE-GRAND-PÈRE N’A-T-IL PAS CONNU À HAUTERIVE LE FACTEUR CHEVAL ? « TOUT LE MONDE LE PRENAIT POUR UN FADA ! » MAIS QU’IMPORTE SI, LÀ ENCORE, UN RÉCIT ORAL, ET PEUT ÊTRE LÉGENDAIRE, PRÉPARE UNE DESTINÉE !

SON PROPRE PÈRE AURAIT AIMÉ DEVENIR PEINTRE. MAIS IL FAUT PENSER QUE DANS LES ANNÉES TRENTE LA PRESSION SOCIALE ET FAMILIALE ÉTAIT PLUS QUE FORTE !

CE RÊVE DÉÇU FUT CEPENDANT COMPENSÉ PAR LA FRÉQUENTATION DE PEINTRES ET D’ARTISTES QUE THIERRY A PU AINSI CÔTOYER. IL IRA, PAR EXEMPLE, DESSINER ET SCULPTER À PONT-EN-ROYANS CHEZ BOB DE HOOP…

UNE CHOSE EST SÛRE : DÈS SON ENFANCE, LE FUTUR « INDIEN BLANC » EST FASCINÉ PAR LE PASSÉ, L’HISTOIRE ANCIENNE ET TOUS LES MONDES QUI ONT ÉTÉ, QUI AURAIENT PU ÊTRE, QUI SONT DONC ENCORE POSSIBLES.

Thierry Lambert
Dessins de Thierry Lambert

CETTE CAPACITÉ À FAIRE REVIVRE ET VIVRE LES MONDES DISPARUS ÉTAIT SANS DOUTE RENFORCÉE PAR SON GOÛT POUR L’ISOLEMENT, SON REFUS DES JEUX COLLECTIFS IMPOSÉS PAR L’ÉCOLE, ÉCOLE QUI DU RESTE FUT CERTAINEMENT POUR LUI LE LIEU DE L’EXCLUSION ET, MÊME S’IL NE LE DIT PAS CLAIREMENT, DE LA SOUFFRANCE.

HEUREUSEMENT, LE VERCORS N’EST PAS LOIN : GRANDS ESPACES,  GRANDES BALADES À BICYCLETTE, COMMUNION AVEC LA NATURE, HARMONIE AVEC L’ESPACE. EST-CE LÀ QUE PREND RACINE SA CONCEPTION PANTHÉISTE DU MONDE QU’IL RETROUVERA ULTÉRIEUREMENT DANS LA CULTURE INDIENNE ? NOUS LE CROYONS VOLONTIERS. C’EST D’AUTANT PLUS POSSIBLE QUE CETTE PÉRIODE EST AUSSI CELLE D’UNE CERTAINE FASCINATION POUR L’ÉSOTÉRISME.

MAIS APRÈS UN ÉCHEC AU BAC, LE VOILÀ AUX BEAUX-ARTS D’AIX-EN-PROVENCE OÙ, APRÈS UNE ANNÉE D’APPRENTISSAGE, IL FAIT LA RENCONTRE, COMME IL LE DIT, DES « THÉORICIENS DU VIDE ».

DÉPART POUR LYON.

IL RÊVE, APRÈS UNE EXPÉRIENCE DE FIGURATION AU THÉÂTRE, DE DEVENIR DÉCORATEUR ; RENCONTRE L’ACTEUR DE L’ATALANTE DE JEAN VIGO, JEAN DASTIÉ.

AVEC DES AMIS, IL VEUT FONDER UN NOUVEAU MOUVEMENT ARTISTIQUE !! !

MAIS C’EST LÀ QU’IL VA FAIRE LA RENCONTRE D’UN EX DU GROUPE « COBRA », JEAN RAINE ET SURTOUT CELLE, DÉCISIVE, D’ANDRÉ DUBOIS QUI LUI « FORME L’ŒIL », LE MET EN CONTACT AVEC L’ART BRUT, L’ART AUTRE. CAR S’IL EST LE SPÉCIALISTE D’ALBERT GLEIZE, IL FUT L’AMI AUSSI D’ALPHONSE CHAVE, DE MARCEL DUCHAMP ET DE DANIEL CORDIER…

S’IL ÉCHOUE AU DIPLÔME NATIONAL DES BEAUX-ARTS, IL PEUT VOIR CHEZ ANDRÉ DUNOIS DES ALOÏSE, CRÉPIN, DEREUX, CHAISSAC, LESAGE… ET FAIRE EN PLUS L’APPRENTISSAGE DES GALERIES ET GALERISTES-ESCROCS. TOUT CELA LE POUSSE VERS UN ART EN MARGE, OU DE LA SINGULARITÉ, QUE QUE CELLE-CI S’INSPIRE DE MARCEL DUCHAMP, DE PICABIA, DE CHARCHOUNE OU DE DUBUFFET…

C’EST UNE PHRASE DE DUCHAMP QUI LE DÉTERMINERA À S’INTÉRESSER AUX INDIENS, ET PLUS PARTICULIÈREMENT AUX SIOUX. SANS DOUTE RETROUVAIT-IL LÀ SON IDENTITÉ EN CONSTRUISANT ENFIN UN MONDE OÙ IL ÉTAIT POSSIBLE DE VIVRE ! C’EST CE QUI EXPLIQUE LA VÉHÉMENCE DE THIERRY LAMBERT LA CRÉATION ARTISTIQUE DEVENANT POUR LUI UNE EXPÉRIENCE ESSENTIELLE, À LA VIE, À LA MORT.

ON M’EXCUSERA CETTE LONGUE GENÈSE, POUR MOI NÉCESSAIRE À LA COMPRÉHENSION DE SON TRAVAIL.

CAR SI THIERRY LAMBERT SE CONTENTAIT DE COPIER LES THÈMES SIOUX, IL EST PROBABLE QUE SES TRAVAUX N’AURAIENT POUR MOI QU’UN MÉDIOCRE INTÉRÊT. IL ME SEMBLE QU’IL RÉINTERPRÈTE AVEC SA SYMBOLIQUE OCCIDENTALE UNE VISION DU MONDE OUBLIÉE. DU RESTE, LAURENT DANCHIN NE S’Y TROMPE PAS LORSQU’IL ÉCRIT : « CES MASQUES FAUSSEMENT SYMÉTRIQUES, COMME DESSINÉS À MAIN LEVÉE SUR LE SOL AVEC DES SABLES DE COULEUR, OU ÉVOQUANT DES BRODERIES AUX TONS PRIMAIRES, NE SONT PAS SANS RAPPELER, PAR LEURS LIGNES BRISÉES IMBRIQUÉES LES UNES DANS LES AUTRES, CERTAINS ASPECTS DU TRAVAIL DE RAYMOND RAYNAUD AVEC LEQUEL ILS SONT EN AFFINITÉ ».

CAR MÉFIONS NOUS DE L’APPARENTE SIMPLICITÉ DES FORMES QUI SOUVENT CACHE UN LABYRINTHE OÙ LA RAISON SE PERD. CETTE SIMPLICITÉ RETROUVÉE, CETTE FRAÎCHEUR PORTEUSE POURTANT D’UN LOURD MESSAGE, JE LA PLACERAI VOLONTIERS AUX CÔTÉS DE JEAN VODAINE PAR EXEMPLE…

JE N’AI, À CE JOUR, PAS RENCONTRÉ THIERRY LAMBERT ; MAIS NOTRE CORRESPONDANCE VAUT BIEN DES VOYAGES, SOUVENT LES PLUS BEAUX, CEUX QUE L’ON FAIT EN RÊVE,COMME LE DIT SI BELLEMENT MARCEL BÉALU…

gazogene-03- Thierry Lambert
Dos de couverture : illustration Thierry Lambert

Jean-François Maurice
Gazogène n°03


Samuel Carujo Fava-Rica

COMME DUBUFFET PARLAIT DE « L’ER D’LA CANPANE », J’Y AI FAIT ALLUSION DÉJÀ, JEAN-PAUL BAUDOIN ORGANISAIT À PÂQUES UN GRAND WEEK-END « L’ART BRUT BAT LA CAMPAGNE ». ENCORE UNE FOIS, DANS LA CONFUSION DES VALEURS QUI CARACTÉRISE CETTE FIN DE SIÈCLE, ET SANS DOUTE TOUTES LES ÉPOQUES À VRAI DIRE ! IL NOUS APPARTIENT DE PRENDRE DATE EN ESPÉRANT QUE L’ŒIL À L’ÉTAT SAUVAGE NE NOUS TRAHISSE PAS !
ON A PU Y VOIR DES ŒUVRES DE SAMUEL CARUJO FAVA-RICA AVEC LEQUEL, ITOU, JE SUIS EN CORRESPONDANCE SPONTANÉE. COMME IL Y A DES COMBUSTION DU MÊME ORDRE, OU PLUTÔT DU MÊME DÉSORDRE, CETTE « CORRESPONDANCE » ENTRE LUI ET MOI SERAI PLUS EXACTE !

VOICI CE QU’ÉCRIT SUR LUI JEAN-MARIE DENDEVILLE À L’OCCASION DE L’EXPOSITION À « L’ARMITIÈRE » À ROUEN :
… Samuel Carujo Fava-Rica est indéniablement possédé par la peinture – par l’envie et la nécessité absolue de la peinture plus exactement – cela. se voit, cela se sent. Il en voudrait partout, se lamente de la façon dont on en parle, dont on l’exploite.
[…]
L’on distingue dans l’œuvre de Samuel Carujo Fava-Rica – qui se regarde « en face » tel l’ami sur le point de vous confier – , en vérité, quelque chose d’important, d’irrémédiable les incontestables données d’un art extra-culturel (art libre, hors normes).

Il affirme que chacun de nous – depuis que l’homme existe – est un artiste, que toute référence à une « histoire » de l’art, à des écoles, est inconciliable avec la nature même de la création artistique, et que les sociétés qui se sont succédées n’ont fait que suivre des courants de « mode » mettant en valeur le plus souvent des peintres conventionnels sans inspiration « fabriquant » de la peinture comme l’on fabrique de la lessive.
[…]
Il est difficile de ne pas être impressionné au premier regard par le « fantastique » contenu de l’œuvre, l’abondance des motifs et des symboles. Une phrase, un mot ou des lettres peuvent surgir – inversés, désarticulés, renversés – comme si le signe se refusait soudain à exprimer l’idée, à égarer le guetteur ou dénoncer la dérision de sa signification.

Le caractère délirant des éléments constitutifs de l’œuvre de Samuel Carujo Fava-Rica s’explique par l’automatisme de son écriture qui procède des célèbres expériences auxquelles se livraient André Breton et ses amis. Cela donne un ensemble d’une intense complexité, savamment « déconstruit » , de figures ou de signes exerçant sur le spectateur une grande fascination. Ce dernier ne sait s’il doit tenter de pénétrer dans l’univers étrange et captivant de l’artiste ou se laisser emporter par la beauté qui se dégage du graphisme et du traitement de la couleur tout à fait éblouissants.
[…]
Ici tout n’est que peinture, volume et couleurs. L’écriture de Samuel Carujo Fava-Rica fait fort naturellement penser à d’illustres courants d’expression : dadaïsme, symbolisme, surréalisme, art brut ou « libre », avons-nous dit ; mais il y a aussi par endroit une attestation de sa connivence avec des peintres tels que K. Haring ou J.M. Basquiat, entre autres. Samuel, qui admire aussi Chaissac, Dubuffet, conteste cependant tout apparentement, toute classification. Il laisse cela, bien malgré lui, aux critiques. Absent au monde, il n’existe que dans sa peinture, qui elle seule lui permet d’être libre, d’exister, de ne pas être intégré « au système », de ne pas être pris par les autres ou par l’anonyme altérité.

Samuel Carujo Fava-Rica qui s’exprime sans prétention – mais qui a la prétention d’être sincère – défend sa création avec véhémence et fait preuve quant à lui d’une rare exigence. Il sait en définitive essentiellement ce qu’il n’aime pas et vous le dira. Il est jeune et jouit du privilège d’avoir comme l’on dit des idées et de s’exprimer authentiquement avec un sens aigu de la réalité propre au véritable artiste.
[…]
J’AI SUPPRIMÉ DE CE TEXTES QUELQUES PASSAGES.
J’AIME QUE L’ON AIME, MAIS LE PANÉGYRIQUE EST UN GENRE DÉLICAT. LES ARTICLES DE LA PRESSE LOCALE SONT ICI PARTICULIÈREMENT REDOUTABLES ! J’AI PUBLIÉ JADIS DANS UN DES DÉFUNTS SUPPLÉMENTS AUX FRICHES DE L’ART UN TEXTE INCROYABLE PARU DANS LA DÉPÊCHE DU MIDI CONSACRÉ À GASTON MOULY. LE DITHYRAMBE N’EST ACCEPTABLE QUE POUR DIONYSOS, POUR LE RESTE, IL TOMBE VITE DANS LE GROTESQUE !

Jean-François Maurice
Gazogène n°03