Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Sur Marcel Béalu…

Sur Marcel Béalu…

Le 9 avril 1993 j’ai reçu de Marcel Béalu le petit Regard que Marie Morel lui consacrait. Sur sa couverture, Marcel Béalu avait dessiné et colorié une curieuse mouette au regard à jamais étonné. En dédicace : « Un petit signe de survie – pour Valérie et Jean-François, envoi de cœur. Marcel ». Et ce P.S. : « Recherche n°1 de Gazogène ! ». J’ai laborieusement recomposé un n°1 exceptionnel & l’ai envoyé, sans plus y penser…

Je suis né en 1947 et cette année-là paraissait un livre, Journal d’un mort. Il me faudra encore 20 ans avant de rencontrer son auteur par ses livres, et quelque temps encore avant de pousser la porte du Pont Traversé avec des petites nouvelles sous le bras. Marcel accepta de les lire ! Il les plaça à gauche de son bureau, derrière un rideau de velours passé… Revenu plus tard, j’ai pu constater de visu que j’avais été lu et annoté. Marcel m’ a lu alors ses observations… en les effaçant au fur et à mesure !
Dessin : Marcel BéaluMarcel Béalu était mi-amusé, mi-grognon devant mes premiers balbutiements d’écrituriste. Il finit par me faire comprendre, mais toujours avec ce mélange de sincérité, de modestie, d’un je-ne-sais-quoi… qui faisait de lui cet homme à part que j’ai aimé, que j’aime encore, que ce qu’il trouvait qe mieux dans mon recueil était la citation mise en.exergue et qui était de René Daumal : « … ou bien chercher à décrire,toujours par cette expression directe, des rêves frappants, des hallucinations, ou ces vagues souvenirs ancestraux, tristes comme une musique d’îles lointaines… Lorsque je dis : « rêves », j’y comprends aussi ce qu’ on appelle le « réel » vu à notre façon d’anarchistes de la perception… ».

Voilà pourquoi, en ces temps héroïques, je n’ai pas hésité à m’auto-éditer et bricoler, déjà !, une plaquette tirée à 150 exemplaires sous le titre de : L’Anarchiste de la perception ! Il me faudra attendre encore 20 ans avant de retrouver un tel tirage avec Gazogène ! ! ! J’espère de l’un à l’autre et entre-temps ne pas avoir démérité. Ayant gardé l’amitié de Marcel Béalu, je crois que c’est bon signe !

Nous nous donnions rendez-vous, avec Valérie, dans cette librairie de la rue de Vaugirard après avoir connu celle de la rue Saint-Séverin. Et là, grâce à Marcel Béalu, c’est tout un monde que nous avons exploré, des continents nouveaux que nous avons découverts : surréalistes et romantiques, expressionnistes et dadaïstes, arbrutistes et autres singuliers sans compter les obscures, les marginaux, les bizarres, les hors-les-normes, les petits maîtres… Et, le plus souvent, dans quelles éditions !

Eh, quoi ! J’allais oublier le Marcel Béalu non pas poète mais dessinateur et peintre, à l’œuvre originale et vraiment singulière : gouaches érotiques et naïves à la fois, violentes et sensuelles, pur plaisir du trait, exubérance du graphisme, grâce aérienne et maladresse d’autodidacte… Une chose est sûre : les dessins de Marcel Béalu se reconnaissent entre mille ! Peut-on en dire autant de bien d’autres ?

Si je dis que Marcel Béalu a été, et est encore, un modèle pour moi, je dis tout. Malgré son ironie et son scepticisme, il a été fidèle à l’anarchisme de sa jeunesse, au pacifisme militant, à l’individualisme libertaire. Car il ne faut pas oublier cet aspect de l’œuvre de Marcel Béalu qui, malgré les apparences, n’a jamais renié ses principes libertaires. Le rêve n’est chez lui ni refuge ni repli frileux. NON. C’est le lieux de tous les possibles, c’est la réalité qui peut être, qui aurait pu être, qui sera peut-être…

Jean-François Maurice
Gazogène n°07-08


Thierry Lambert, l’indien blanc

MAIS IL EST D’AUTRES BALADES ENCORE. N’EST-CE PAS MARCEL BÉALU QUI ÉCRIT :

« LE PLUS MERVEILLEUX VOYAGE
EST CELUI QUE FAIT EN RÊVE
LE MATELOT QUAND IL DORT
DANS LA CALE DU BATEAU
ANCRÉ DANS LE PORT. »

gazogene-03, Thierry Lambert
Illustration couverture de Gazogène : Thierry Lambert. Image de l’Apocalypse

COMMENT SUIS-JE ENTRÉ EN CORRESPONDANCE AVEC THIERRY LAMBERT ?

SANS DOUTE EN VOYANT SES ŒUVRES À L’EXPOSITION D’AVALLON, « AUX ARTS CITOYENS »,  OU QUELQUE CHOSE COMME ÇA ? À MOINS QUE CE NE SOIT LE BOUCHE À OREILLE OU LE TÉLÉPHONE ARABE, SURDÉTERMINÉ PAR QUELQUE SOUVENIR D’ENFANCE LIÉ AUX INDIENS D’AMÉRIQUE COMME ON LE VERRA BIENTÔT ? JE CROIS À LA SINCÉRITÉ DE THIERRY LAMBERT ET PENSE QU’IL A SANS AUCUN DOUTE SA PARTITION À JOUER DANS LE DISPARATE ET MULTIPLE ORCHESTRE DE L’ART SINGULIER.

Thierry Lambert
Thierry Lambert : Image de l’ère du Verseau

DEPUIS QUELQUES TEMPS EN EFFET, LA RUMEUR COURT.

LÀ-BAS, QUELQUE PART DANS L’ISÈRE, ON AURAIT REPÉRÉ LES TRACES D’UN ÉTRANGE INDIEN. CERTAINS AFFIRMENT L’AVOIR VU ET, SI CE N’EST LUI, CE SONT SES ŒUVRES, ICI OU AILLEURS. COMME CLAUDE NOUGARO CHANTE « JE SUIS UN NÈGRE BLANC », LUI SE SURNOMME…
… « L’INDIEN BLANC » ,
IL VA DE SOI QU’IL AIME EXPOSER EN TRIBU À LA MANIÈRE DE LA MANIFESTATION ORGANISÉE PAR LE « GRAND CHAMAN FÉTICHEUR » (! ?) JEAN-PAUL BAUDOIN À L’ÉTURNEL, SAFFRÉ, À PÂQUES. POUR LA CIRCONSTANCE, L’ÉNIGMATIQUE SANFOURCHE AVAIT BIEN VOULU APPORTER SA CAUTION À LA RÉUNION « L’ART BRUT BAT LA CAMPAGNE ». CAUTION BIEN NÉCESSAIRE SANS LAQUELLE ON POURRAIT BIEN SE DEMANDER EN QUOI LA TOTALITÉ DES ARTISSSS PRÉSENTÉS RELÈVE DE L’ART BRUT …

MAIS REVENONS À NOTRE ÉTRANGE MUTANT !

photo de Thierry Lambert pour Gazogène
Thierry Lambert

AVANT D’ÊTRE « L’INDIEN BLANC », IL EST VENU AU MONDE VOICI QUELQUE TRENTE ANS, À GRENOBLE, SOUS LA DÉSIGNATION DE : LAMBERT THIERRY, QUOIQU’IL NE SOIT PAS IMPOSSIBLE QU’EN UNE AUTRE VIE IL AIT ÉTÉ LE PARENT PAR ALLIANCE D’UN GÉRONIMO TUÉ DANS L’ŒUF PAR LA FOLIE MEURTRIÈRE DE L’HOMME BLANC. CEPENDANT, À PRIORI, NOTRE MUTANT EST BIEN ENRACINÉ DANS SON TERROIR : FILS, PETIT-FILS, ARRIÈRE-PETIT-FILS, ETC. BREF UNE VRAIE LIGNÉE DE FORESTIERS, SCIEURS EN LONG ET SCIEURS TOUT COURT, EXPLOITANTS ET/OU NÉGOCIANTS EN BOIS.

DÈS SON BERCEAU C’EST L’ODEUR DOUCE ET SUCRÉE ET ENTÊTANTE DES BOIS DE PINS ET DE SAPINS QUI LE NOURRIT ET QUI LE CHARME. CEPENDANT, DÉJÀ, SANS QU’IL LE SACHE, CETTE ORIGINE SE TEINTE DE SINGULARITÉ : SON ARRIÈRE-GRAND-PÈRE N’A-T-IL PAS CONNU À HAUTERIVE LE FACTEUR CHEVAL ? « TOUT LE MONDE LE PRENAIT POUR UN FADA ! » MAIS QU’IMPORTE SI, LÀ ENCORE, UN RÉCIT ORAL, ET PEUT ÊTRE LÉGENDAIRE, PRÉPARE UNE DESTINÉE !

SON PROPRE PÈRE AURAIT AIMÉ DEVENIR PEINTRE. MAIS IL FAUT PENSER QUE DANS LES ANNÉES TRENTE LA PRESSION SOCIALE ET FAMILIALE ÉTAIT PLUS QUE FORTE !

CE RÊVE DÉÇU FUT CEPENDANT COMPENSÉ PAR LA FRÉQUENTATION DE PEINTRES ET D’ARTISTES QUE THIERRY A PU AINSI CÔTOYER. IL IRA, PAR EXEMPLE, DESSINER ET SCULPTER À PONT-EN-ROYANS CHEZ BOB DE HOOP…

UNE CHOSE EST SÛRE : DÈS SON ENFANCE, LE FUTUR « INDIEN BLANC » EST FASCINÉ PAR LE PASSÉ, L’HISTOIRE ANCIENNE ET TOUS LES MONDES QUI ONT ÉTÉ, QUI AURAIENT PU ÊTRE, QUI SONT DONC ENCORE POSSIBLES.

Thierry Lambert
Dessins de Thierry Lambert

CETTE CAPACITÉ À FAIRE REVIVRE ET VIVRE LES MONDES DISPARUS ÉTAIT SANS DOUTE RENFORCÉE PAR SON GOÛT POUR L’ISOLEMENT, SON REFUS DES JEUX COLLECTIFS IMPOSÉS PAR L’ÉCOLE, ÉCOLE QUI DU RESTE FUT CERTAINEMENT POUR LUI LE LIEU DE L’EXCLUSION ET, MÊME S’IL NE LE DIT PAS CLAIREMENT, DE LA SOUFFRANCE.

HEUREUSEMENT, LE VERCORS N’EST PAS LOIN : GRANDS ESPACES,  GRANDES BALADES À BICYCLETTE, COMMUNION AVEC LA NATURE, HARMONIE AVEC L’ESPACE. EST-CE LÀ QUE PREND RACINE SA CONCEPTION PANTHÉISTE DU MONDE QU’IL RETROUVERA ULTÉRIEUREMENT DANS LA CULTURE INDIENNE ? NOUS LE CROYONS VOLONTIERS. C’EST D’AUTANT PLUS POSSIBLE QUE CETTE PÉRIODE EST AUSSI CELLE D’UNE CERTAINE FASCINATION POUR L’ÉSOTÉRISME.

MAIS APRÈS UN ÉCHEC AU BAC, LE VOILÀ AUX BEAUX-ARTS D’AIX-EN-PROVENCE OÙ, APRÈS UNE ANNÉE D’APPRENTISSAGE, IL FAIT LA RENCONTRE, COMME IL LE DIT, DES « THÉORICIENS DU VIDE ».

DÉPART POUR LYON.

IL RÊVE, APRÈS UNE EXPÉRIENCE DE FIGURATION AU THÉÂTRE, DE DEVENIR DÉCORATEUR ; RENCONTRE L’ACTEUR DE L’ATALANTE DE JEAN VIGO, JEAN DASTIÉ.

AVEC DES AMIS, IL VEUT FONDER UN NOUVEAU MOUVEMENT ARTISTIQUE !! !

MAIS C’EST LÀ QU’IL VA FAIRE LA RENCONTRE D’UN EX DU GROUPE « COBRA », JEAN RAINE ET SURTOUT CELLE, DÉCISIVE, D’ANDRÉ DUBOIS QUI LUI « FORME L’ŒIL », LE MET EN CONTACT AVEC L’ART BRUT, L’ART AUTRE. CAR S’IL EST LE SPÉCIALISTE D’ALBERT GLEIZE, IL FUT L’AMI AUSSI D’ALPHONSE CHAVE, DE MARCEL DUCHAMP ET DE DANIEL CORDIER…

S’IL ÉCHOUE AU DIPLÔME NATIONAL DES BEAUX-ARTS, IL PEUT VOIR CHEZ ANDRÉ DUNOIS DES ALOÏSE, CRÉPIN, DEREUX, CHAISSAC, LESAGE… ET FAIRE EN PLUS L’APPRENTISSAGE DES GALERIES ET GALERISTES-ESCROCS. TOUT CELA LE POUSSE VERS UN ART EN MARGE, OU DE LA SINGULARITÉ, QUE QUE CELLE-CI S’INSPIRE DE MARCEL DUCHAMP, DE PICABIA, DE CHARCHOUNE OU DE DUBUFFET…

C’EST UNE PHRASE DE DUCHAMP QUI LE DÉTERMINERA À S’INTÉRESSER AUX INDIENS, ET PLUS PARTICULIÈREMENT AUX SIOUX. SANS DOUTE RETROUVAIT-IL LÀ SON IDENTITÉ EN CONSTRUISANT ENFIN UN MONDE OÙ IL ÉTAIT POSSIBLE DE VIVRE ! C’EST CE QUI EXPLIQUE LA VÉHÉMENCE DE THIERRY LAMBERT LA CRÉATION ARTISTIQUE DEVENANT POUR LUI UNE EXPÉRIENCE ESSENTIELLE, À LA VIE, À LA MORT.

ON M’EXCUSERA CETTE LONGUE GENÈSE, POUR MOI NÉCESSAIRE À LA COMPRÉHENSION DE SON TRAVAIL.

CAR SI THIERRY LAMBERT SE CONTENTAIT DE COPIER LES THÈMES SIOUX, IL EST PROBABLE QUE SES TRAVAUX N’AURAIENT POUR MOI QU’UN MÉDIOCRE INTÉRÊT. IL ME SEMBLE QU’IL RÉINTERPRÈTE AVEC SA SYMBOLIQUE OCCIDENTALE UNE VISION DU MONDE OUBLIÉE. DU RESTE, LAURENT DANCHIN NE S’Y TROMPE PAS LORSQU’IL ÉCRIT : « CES MASQUES FAUSSEMENT SYMÉTRIQUES, COMME DESSINÉS À MAIN LEVÉE SUR LE SOL AVEC DES SABLES DE COULEUR, OU ÉVOQUANT DES BRODERIES AUX TONS PRIMAIRES, NE SONT PAS SANS RAPPELER, PAR LEURS LIGNES BRISÉES IMBRIQUÉES LES UNES DANS LES AUTRES, CERTAINS ASPECTS DU TRAVAIL DE RAYMOND RAYNAUD AVEC LEQUEL ILS SONT EN AFFINITÉ ».

CAR MÉFIONS NOUS DE L’APPARENTE SIMPLICITÉ DES FORMES QUI SOUVENT CACHE UN LABYRINTHE OÙ LA RAISON SE PERD. CETTE SIMPLICITÉ RETROUVÉE, CETTE FRAÎCHEUR PORTEUSE POURTANT D’UN LOURD MESSAGE, JE LA PLACERAI VOLONTIERS AUX CÔTÉS DE JEAN VODAINE PAR EXEMPLE…

JE N’AI, À CE JOUR, PAS RENCONTRÉ THIERRY LAMBERT ; MAIS NOTRE CORRESPONDANCE VAUT BIEN DES VOYAGES, SOUVENT LES PLUS BEAUX, CEUX QUE L’ON FAIT EN RÊVE,COMME LE DIT SI BELLEMENT MARCEL BÉALU…

gazogene-03- Thierry Lambert
Dos de couverture : illustration Thierry Lambert

Jean-François Maurice
Gazogène n°03


Gazogène N°2

N0 2

Aux va-nu-pieds de l’art.

Marcel Béalu.

André Roumieux, projet d’un Conservatoire du sabotier.

Jacques Trovic.

André Périer par Joe Ryczko.

Alain Pauzié.

Œillets rouges pour Jean Vodaine.

Enseignes et chefs-d’œuvre des sabotiers par Raymond Humbert.

Les Saboteurs de l’art par Bruno Montpied.

Découverte d’un Chaissac.

Extrait de Ma Route d’Aquitaine par Raymond Dumay.

Émile Ratier : photographies inédites de Froment.

Irials Vets par Claude & Clovis Prevost.

Recueil de vers patois composés par un cordonnier de Latronquière traduits par Annie Gérémie.

Jean Maureille.

Le Mausolée d’un cordonnier anarchiste.

Louis de Verdal.