Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Danielle Le Bricquir, mythe impalpable

DANIELLE LE BRICQUIR, MYTHE IMPALPABLE

Danielle Le Bricquir

Dès ma première rencontre avec son œuvre je me suis trouvé en communion. Ce qui me fait plaisir c’est que toutes les personnes amies qui, depuis, ont rencontré à Cahors Danielle Le Bricquir me demandent systématiquement de ses nouvelles. Mais la pure subjectivité peut-elle s’ériger en critère esthétique ? Eh certes ! Car on confond trop souvent celle-ci avec le pur copinage, le renvoi d’ascenseur, l’écrit de complaisance… Pour moi, un des critères de sélection relève de l’empathie, de l’identification affective – et sensible – et cependant distanciée, distance sans laquelle l’émotion n’aboutirait qu’à l’hagiographie.

Évidemment à cela s’ajoute d’autres critères intellectuels, culturels et historiques : Art Brut ? Neuve Invention ? etc. Sans parler de la création d’un univers mental et plastique plus ou moins original et singulier.

L’art de Danielle Le Bricquir est à son image : fragile et immémorial. Ses statuettes haussent l’événement quotidien à hauteur d’un mythe & les aléas de la vie au niveau d’une geste légendaire. Voyez cette foultitude de personnages dont chacun existe d’une vie propre. Ils expriment comme dans un imagier d’autrefois toute la gamme des sentiments, des désirs,des passions. Chaque saynète grouille de pulsions, d’angoisses, de meurtrissures.

La fragilité des matériaux est à la mesure de la dureté des temps. Contemplant cette théorie de statuettes furieusement inventive, on ne peut s’empêcher de penser à ce propos d’Alain : « Il n’est pas de vrai bonheur sans une pointe d’angoisse ».

Jean-François Maurice
Gazogène n°16


Peindre l’artichaut : Michel Julliard en campagne

Peindre l’artichaut : Michel Julliard en campagne

par Jean-François Maurice

Mon premier exercice d’Art Brut remonte à fort longtemps; c’était à Handaye dans le début des années cinquante. Nous y étions seuls avec mon père et mon frère, car notre mère était à la clinique où elle accouchait d’un frère, hélas mort-né. Ce jour-là, nous avons, mon frère et moi , repeint tous les artichauts du potager de l’hôtel, non en noir car nous n’avions pas cette couleur, mais en marron et rouge minium.

Michel Julliard
Michel Julliard

Je dois faire cet aveu : Michel Julliard est pour moi comme ce frère en peinture que je n’ai pas connu. Sans doute est-ce pour cette raison que je me sens si bien dans sa vieille maison du Mas de la Prade dans le Sud Aveyron avec sa compagne et ses enfants. Si sa peinture était nulle, je n’en parlerai pas ! Or je suis tombé dedans dès le premier jour. Tout ça pour dire qu’en matière de création la subjectivité, toujours, joue à plein -transformant ainsi peut:être le plaisir en jouissance…

Pour ces raisons, je n’ai jamais assimilé le travail de Michel Julliard à une quelconque « Figuration Libre » même si un regard superficiel peut le faire. Chaque œuvre de Michel Julliard est comme un Ex-Voto contemporain : il raconte une histoire, il dénonce un abus, il préfigure une solution. Chaque tableau raconte en effet une histoire : histoire de couple ou histoire de fesses, tableau de mœurs ou histoire d’actualité… Mais toujours sous l’angle d’une réflexion plus que d’une dénonciation; aucune complaisance à attendre pour le viol, la violence, l’obscénité gratuites. À sa façon Michel Julliard est un moraliste : la forme doit~être liée au fond et aucune complaisance n’est acceptable sous prétexte d’une gratuité de l’art.
Mais ce « moralisme » est toujours joyeux, hédoniste et ludique à l’image des « Folies… de Camares » (14 & 15 Août chaque année) dont il est le moteur !

Qu’on ne croit pas cependant à quelques faiblesses libertaires et fraternelles dans les propos qui précèdent : les nouvelles créations de Michel Julliard sont là pour le prouver ! Voyez ces pendentifs primitifs et pourtant rehaussés des quelques aphorismes des mieux sentis et des mieux choisis en dehors des anniversaires à la mode tirés de Joë Bousquet et de quelques autres. Une nouvelle fois Michel Julliard nous montre par ces pectoraux de mythologiques grands prêtres es-anarchisme très certainement qu’en art, création, invention, fond et forme sont toujours d’actualité… révolutionnaire faut-il le préciser ?

Jean-François Maurice
Gazogène
n°16