Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Grégogna, créateur pluriel

Grégogna, créateur pluriel

par Jean-François Maurice

Grégogna
Grégogna

Notre première rencontre avec Grégogna à Pézenas fut l’occasion d’un pèlerinage sur les ruines de la digue de gros rochers qu’il avait entièrement peinte, sur plusieurs centaines de mètres.*
Hélas, l’administration, ayant décidé l’élargissement de la route sans véritable raison, celle-ci conduisant au dépôt d’ordures ! envoya ses bulldozers qui jetèrent la digue vers la mer une nouvelle fois sans raison puisque de l’autre côté se trouvait une large bande de terrain vierge bordée par la voie ferrée, espace qui comme de bien entendu ne fut pas touché !

Nos lettres et pétitions diverses ne reçurent aucune réponse… Grégogna ne baissa pas les bras et continua, au milieu de mille difficultés, son œuvre multiforme.

Papiers mâchés ou papiers déchirés, papiers collés ou décolorés, marionnettes ou poupées bourrées, tapisseries ou tissus enduits, peintures acryliques, huiles, gouaches et que sais-je encore, boites de conserves rouillées, vieilles ferrailles, zinc, étain, cuivre et laiton… Tout est bon à Grégogna, un des créateurs parmi les plus inventifs qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Le résultat de son travail est à la mesure du personnage : une allure de Don Quichotte, une prestance de Condotière de la création, et face à son œuvre, une simplicité, une franchise, et une modestie exemplaire.

Faut-il ajouter qu’il a le cœur sur la main et le culte de l’amitié ? Toutes choses qui dans le monde de l’art officiel lui ont valu, on s’en douterait, quelques déboires et déconvenues !
Mais cela n’altère pas le climat de son œuvre : férocement critique parfois mais tempéré d’humour ; ironique et caustique mais teinté d’autodérision… caricatural mais ludique, Grégogna n’oublie jamais que les personnages dérisoires qu’il met en scène n’en restent pas moins proches de nous, humains, trop humains…

* Entre Frontignan et Sète.

Jean-François Maurice
Gazogène n°16

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André Bernard : Quand la moto joue du tambour

Quand la moto joue du tambour

André Bernard

André Bernard : Quand la moto joue du tambour
ET MAINTENANT : QUAND LA MOTO JOUE DU TAMBOUR

DU JOURNAL OÙ TOMBA TA MODE C… (Q !)
TOUT MORDU, MA JONQUE BOUDA LÀ
O ! TAO
! QU’UBU MORDANT A MAL JOUÉ !
MOU OU DUR QUE TOTO J. BANDA MAL
!
MADO QU’A MAL JOUÉ TON BUTOR
!
DU JOURNAL ?
QUEL JOUR TON BOUC DAMA MA DOT ?
DUR JOUR OU AU MOTEL,
DUR JOB, MACQUANT
TON AMOUR
A MORT

Aux « Jardiniers de la mémoire » (1990), André Bernard disait ceci :

« Exposer mes papiers collés, c’est, de prime abord, une façon un peu particulière d’ouvrir les fenêtres de ma maison inconsciente et d’amener à voir les images qui y dorment. Cependant, je ne me sens pas tellement responsable de ces extractions : c’est comme pour les rêves et j’invite chacun à s’y promener en toute liberté.

Au départ de cette aventure, s’agissait-il, dans un moment creux de la vie, quant les ponts sont rompus, de tenter un passage quand même et, recollant les morceaux (de papier) de renouer ainsi un dialogue avec l’extérieur sur d’autres bases que les mots ? Toujours est-il que j’ai commencé à pratiquer le collage à quarante ans lors d’une grève dans ma profession (le livre) après avoir découvert des « papiers » qui m’incitèrent à découper, assembler et coller : je ne sais pas dessiner… Très vite, dès ce moment, j’ai rencontré les surréalistes qui ont décidé de continuer le mouvement après la mort d’André Breton, et j’ai participé pendant quelque temps à leurs activités.  »…

André Bernard : collage

Gazogène n°04