Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Dit « Froment »

« Froment »

Froment, dit « Froment », un nom qui vient de la terre
« Les bêtes de somme », les récoltes…
Et les moissons des blés mûrs,
Avec les circonstances des guerres
Dans mon enfance prolétarisée, souvent
J’ai été avec le milieu Paysan
Pour subsister un peu, j’ai volé les cerises
En reconnaissance ils m’ont appris
Le temps des cerises et La Romance du Maquis !
Ils étaient ma famille, qui un jour m’a accepté
Et, maintenant m’accepte tel que je suis.
Sur les chemins de mes fugues et, de mon exil
Toujours j’ai trouvé un secours Providentiel !

J’ai peint la vie Paysanne et Campagnarde
Si je ne la peins plus comme avant,
Je suis toujours des leurs !
Je n’oublie pas les gens d’autrefois.
Sur les routes de France et de Navarre
J’ai rencontré le Diable certes
Mais le plus souvent le Bon Dieu
Un morceau de pain …
Et de la bonne eau !

Voilà pourquoi, Dit « Froment »
Peintre autodidacte, sans diplômes
Et dégagé de tous les contrats

Avant d’avoir reçu, entre les mains
Un chevalet, des pinceaux & l’attirail du Peintre
Afin de figurer par la peinture, la gravure,

Pendant mon enfance, j’ai eu très tôt
Un bâton de berger, en bois de hêtre,
Une fourche, une pelle, une pioche…
Dans ma jeunesse sacrifiée, les fusils
De guerre pour la faire.
Pendant ce temps, j’ai appris ma propre guerre
Mais, elle est comme la liberté.
Elle n’est pas toute donnée.

Dit « Froment », Mauroux le 10 mars 1996
Gazogène n°17

L’immortalité des humbles

 C’est une chanson de leur pays, de leur province

Un air de musique sur un harmonica du pauvre
Tous les gens sans frontière chantent pour se réunir
Et trouver ensemble la liberté !
Cette histoire je l’ai connue et vue la veille
Dans les moments où des hommes en service commandé
partaient au matin au combat
Où ils n’avaient rien pour se nourrir un peu.
C’était tout près de l’Espagne en guerre…
C’était en France
C’était en Algérie
– « Dis, tu me chantes une chanson ? »
– « Oui petit ! »
Des chansons en espagnol, en italien, des chansons en hongrois,
des chansons en allemand, et des chansons en occitan
plus près de nos chansons en patois
Je me souviens des horizons musicaux
Ils m’accompagnent et chantent encore

émile RATIER par froment

Émile Ratier jouant de sa batterie jazz band, photo : Froment

Finalement les hommes devraient plus souvent chanter
que porter tort, préjudice et de dénoncer…
La pérennité des hommes serait plus compréhensible pour l’avenir !
Et ceux qui sont restés depuis l’enfance avec leur cœur,
Et de tout cœur de l’être encore, ne seraient
point oubliés
Ernest-Milles Hemingway, étant proche de son dernier salut
j’étais loin du mien…
– « C’est trop tard que l’on se rencontre » !
Il me disait
Nous étions à Bayonne, un 15 août
L’année est un fait amical et personnel
il fait partie de la vie dans un jardin secret
On ne peut, s’il vous plaît, courir l’or et l’argent
et connaître la fraternité des femmes et des hommes
Et Frédéric-Jacques Temple, poète et romancier…
Dans une interview nous fait part,
– « Il faut vivre avant d’écrire ! »

Pierre Bernard, dit « Froment », Mauroux le 26 décembre 1996
Gazogène n°17

Peurs et nuits de guerre

(Ce texte est du vécu dans une enfance prolétarisée, l’âge importait peu, mais la conscience était et reste précieuse pour ne pas oublier !)

Sans plaisanterie, il fallait éviter de se réfugier sous les abris construits par les hommes
Et dans les abris naturels
Souvent c’est sur ces lieux abandonnés, de repli
et de retraite, sans le privilège du confort et du luxe que viennent les dangers
Peur d’être arrêté et tué séance tenante par les
hommes lancés dans le bouleversement du pays en guerre. Ils arrivent, ces gens, sans employer les
sommations d’usage, pour investir les repaires et accomplir
leur triste besogne de tueurs

À la tombée du jour, les réfractaires,
les hommes jeunes, sont les partisans pour lutter
et libérer les femmes et les hommes des contraintes.
Ce n’est pas le vent la pluie la neige…
qui sont les véritables dangers

Mais une nuit, ils ont été surpris pendant
leur sommeil par les hommes armés de
fusils de guerre et commandés par l’ordre noir,
les partisans d’un régime dictatorial
Savoir les règles de la prudence,
permet au moins d’échapper une fois
Et fuir, sans trop faire de mauvaises rencontres
Et avoir de désagréables surprises
Le vieil homme
des Bories-Hautes, un des hameaux ruraux dans
la montagne, c’est l’Albéric pour citer
un homme hors du commun des mortels

Il est le fils unique de Théophin, un ancien
louvetier :
« Uno cacciatore di lupo rinomato ! »
Et renommé pour son adresse au tir au fusil de chasse près des Alpes italiennes
Assis sur un banc rustique menuisé en bois de sapin,
devant un feu alimenté avec des genévriers secs sur l’âtre de la grande cheminée campagnarde,
un soir de décembre des années Quarante,
le vieil hommes des Bories-Hautes me conte son histoire vécue :
les ruses qu’il employait pour déjouer les méthodes
du conformisme pendant l’occupation allemande,
les ruses pour faire face aux dénonciations des
femmes, des hommes, des enfants et des personnes âgées,
susceptibles, dans un élan de vantardise, dans un moment
de souffrance, de parler devant le chantage
et sous la cruauté des tortionnaires
un « Professeur », un « Scientifique », le vieux Républicain, l’Albéric des Bories-Hautes
C’est bien lui, il m’a enseigné les principes
de la conservation de la vie devant les dangers
C’est tout jeune, dès l’enfance qu’il faut commencer
pour vraiment les apprendre à ses dépens personnels et les mettre en pratique
pour essayer de se sauver avec sa compagne solitaire, la vie !

Avec les circonstances des envahisseurs, j’ai dormi un peu
Mais toujours loin des abris construits par les hommes
Le peu de quiétude et de repos je l’ai trouvé
au milieu des grands bois et sur les collines
Rarement je suis allé dans les abris naturels
J’ai reçu les instructions des vieux Républicains de la Catalogne
Avec, j’ai dansé pour me réchauffer et me mettre
en condition de prendre bien en face une nouvelle journée
Je me souviens de ces lieux de jadis. Hospitaliers tout de même
à une époque bouleversée avec la folie des hommes. Et l’intransigeance des caractères
Ces abris silencieux, comme le secret de l’enfance vécue avec les jours et les nuits de guerre,
je ne les oublie pas de peur de me laisser
glisser dans le lucre, dans la convention quelconque d’une chapelle, d’un cénacle, d’un temple …
Dans un endroit de propagande, dans les moments décisifs avant l’ouverture du rideau damassé annonçant le premier acte avec les trois coups frappés sur les planches d’une scène…
Pour entendre et voir une troupe
d’hommes et de femmes déclamer et interpréter la comédie humaine garantie de facéties :
Bouffonnes, ribaudes, commerçantes, marchandes, engagées et mercenaires,
pour les récompenses avant et après les missions accomplies
Les misérables des piètres besognes !

« Les Mains Pleines » toutes les trente années
confondent, confondent assouvissement avec la présence de l’Esprit
Dans mon enfance, les jours et les nuits de guerre
m’ont appris sur moi-même !
Avant de vouloir juger les autres
un court extrait vécu avec des femmes et des hommes
tombés dans la simplicité avec des mots, des gestes…
ET parfois quelques sourires pour
aimer le temps qui passe.

Pierre Bernard, dit « Froment », Mauroux, le 19 janvier 1997
Gazogène n°17

Froment : autoportrait (?)

Froment : autoportrait (?)


Art naïf et maisons closes

L’ouvrage de Romi : Maisons Closes (éd. de. 1955), comporte un chapitre intitulé Les Arts Populaires. On y trouve reproduit quelques dessins « naïfs » exécutés par des souteneurs et autres repris de justice et représentant des scènes liées à la prostitution.
Dessin à l’encre bleue. Intérieur de Maison
Raoul Alba, condamné à 20 ans de travaux forcés (1928)

La lecture de ces pages donnent bien des regrets : que sont devenus les dessins du détenu Fanfan dont, nous dit Romi, le peintre et illustrateur Dignimont aurait possédé tout un cahier ? De même, où sont passées les œuvres de ce « Monsieur Migron » que Romi présente ainsi : « … véritable illustrateur de l’histoire contemporaine des malfaiteurs, (il) a dessiné vers 1930 une curieuse suite de compositions à personnages multiples sous le titre général de La pègre (… ). On connait encore parmi les dessins de ce peintre de mœurs : La Bagarre au Bal Musette, La Tournée de la Sous-Maîtresse, Les Amis du Patron, et une trentaine d’épisodes quotidiens de la vie des dames galantes ».


La Bagarre des gars du Milieu
D
essin aux crayons de couleurs par Guillot, souteneur lyonnais, fait à la prison Saint-Paul à Lyon (vers 1929).

La plupart des œuvres exécutées par les gens du Milieu sont d’inspiration vériste : reproduction minutieuse de leurs crimes et délits, de vengeances, de bagarres, de coups et blessures, sans oublier les-scènes de ménage…

Comme toujours, les créateurs véritablement inventifs sont rares, même si Romi précise : « Il peut parfois se trouver parmi eux un peintre instinctif réellement doué comme Martin, le relégué, onze fois évadé de la Guyane, dont le Docteur Vinchon a publié les dessins qui évoquent les forêts dessinées feuille à feuille dont rêvait le bon Rousseau ».


Ma Gonzesse
.
Dessin exécuté au bagne par Raoul Alba,  condamné de droit commun (1930)

Jean-François Maurice
Gazogène n°13




Scalpa, mon ami

PASCAL LABADIE, MON AMI

SCALPA

Sur le suicide de Pascal Labadie…

En Novembre dernier, Pascal Labadie, alias SCALPA, a décidé de descendre du train en marche. Ce choix est le sien. « Vous n’ y pouvez rien », avait-il écrit sur les murs de l’espace-galerie du studio BANAL à Toulouse, lieu du dernier havre où il avait jeté l’ancre avec la complicité de tous les amis.

Tout était prévu, y compris l’ultime mise en scène. Sans parler de son exposition dont nous refîmes les invitations rédigées de sa main. C’est Sarah qui a du affronter l’organisation de ce « vernissage » si tragique.

Toute existence a sa part d’ombre, son lot de mystère, sa face ignorée. Chacun emporte aussi du disparu son image. Pour moi, c’est un coup de sonnette, vers midi, qui le voyait arriver bouillonnant de projets ! Combien de dossiers, certains fort élaborés, n’ai-je pas eu entre les mains ! Car Pascal c’était cela : tout feu, tout flamme ; il ne se disait même plus parfois « créateur » mais « communicateur ». Ultime pirouette pour celui que la société de communication ulcérait.

Signes de Scalpa

Signes de Scalpa

Jean-François Maurice
Gazogène
n°14-15


Fragment de Jean-Pierre Spilmont

(sur Marc Pessin)

COMMENT NE PAS LAISSER RÉSONNER EN NOUS CES PHRASES DE JEAN-PIERRE SPILMONT, CICATRICES DU SILENCE ?
COMME EN QUELQUE IMPROBABLE VERSION, LAISSONS SUR LE BROUILLON DES FRAGMENTS DE SIGNES, DES LAMBEAUX ONIRIQUES D’UN IMMOBILE VOYAGE…

« … L’AVENTURE SOLITAIRE D’UN LANGAGE… QUELQUE CHOSE QUI N’APPARTIENT QU’À NOUS… LE PARCOURS, LA RÉSURGENCE… RIEN NE SURGIT PAR LE HASARD NI NE VIT NI NE SURVIT JAMAIS… LA RECHERCHE D’UN DOMAINE SANS NOM, D’UN UNIVERS PERDU OÙ SEULS PEUT-ÊTRE ONT ACCÈS LES NOMADES, CEUX À QUI L’IMPLACABLE ERRANCE PERMET DE POURSUIVRE UNE VOIE OÙ NUL D’ENTRE EUX NE SAIT JAMAIS OÙ ELLE CONDUIT VRAIMENT… IMMOBILE VOYAGE… ÉVIDENCE DES TRACES . .. OS , FIBRES, POLLEN PROVISOIRE DU SILENCE, VESTIGES… L’OMBRE PORTÉE DE CE QUI FUT TÉMOIN D’ON NE SAIT QUELS LOINTAINS ÉCHANGES… ARCHIVES OBSOLÈTES… LA VIE PERDUE PEUT RENAÎTRE À LA VIE…
PARCHEMINS À LA CÉCITÉ PROVISOIRE

J’AI PENSÉ À RIMBAUD
… »

VOICI, DANS LE SILENCE DE LA NUIT, CE QUE J’AI GRIFFONNÉ EN ENTENDANT LE TEXTE DE JEAN-PIERRE SPILMONT ET EN VOYANT JUSQU’À L’ AUBE LA CASSETTE DE MARC PESSIN…

L’ÉRUDITION C EST LE FANTASTIQUE MODERNE ÉCRIT QUELQUE PART BORGES, ET SI UN ADJECTIF PEUT QUALIFIER LA CRÉATION DE MARC PESSIN, C’EST BIEN CELUI DE BORGÈSIENNE ! VOYEZ EN EFFET CES PAQUETS DE MANUSCRITS, TAPUSCRITS ?, FICELÉS, CES ARCHIVES IMPROBABLES ET POURTANT SI RÉELLES, CES SCEAUX SOUS VITRINE COMME AUTANT DE MATRICES POUR DE FUTURES GÉNÉRATIONS, CES ROULEAUX, CES CACHETS DE CIRE ROUGE ET BRUNE, CES PAPIERS DÉCHIQUETÉS, CES CARACTÈRES COMME RONGÉS PAR LES POISSONS D’ARGENT… NOUS VOICI CONFRONTÉS AUX SIGNES DE NOTRE SURVIE QUI SONT AUSSI CEUX DE NOTRE DISPARITION…

Jean-François Maurice
Gazogène n°04


Archives Pessinoises : La civilisation du chant du cygne

La civilisation du chant du cygne

Parfois, le doute vous prend : À quoi cela peut-il donc servir ? Envoyer des morceaux de papier à des inconnus. Gribouillages qui parlent d’autre inconnus…

D’AUTANT QU’IL SEMBLE BIEN QU’EN ART « SINGULIER » ,  IL EN SOIT COMME DANS L’ART « OFFICIEL » : CHACUN DÉFENDANT SON OU SES POULAINS,  TOUT  « ARBRUTISTE » NOUVEAU APPARAISSANT COMME AUTANT DE RIVAL POUR SA PETITE BOUTIQUE !!!

HEUREUSEMENT, AU MILIEU DE BEAUCOUP DE PETITESSE, DE BASSESSE ET DE MÉDIOCRITÉ SURGIT PARFOIS UNE BOUFFÉE D’OXYGÈNE QUI PERMET AU PETIT GAZOGÈNE DE REPRENDRE SON SOUFFLE. ET LA SINGULARITÉ NE VIENT JAMAIS DU COTÉ OÙ ON L’ATTEND !

UN JOUR, UNE ÉCRITURE, UNE LETTRE. UN NOM : MARC PESSIN. SANS DOUTE SUIS-JE LE DERNIER À LE CONNAÎTRE ; MAIS COMME IL ÉCRIT COMME PERSONNE CELA NE FERA RIEN AUX SAVANTS, VU QUE J’ÉCRIS COMME TOUT LE MONDE. CEPENDANT CE QUI ME CONFORTE C’EST QUE, BIEN QUE JE NE L’AI JAMAIS RENCONTRÉ,  JE CROIS POUVOIR ÉCRIRE LA MÊME CHOSE QUE LES JOURNALISTES PATENTÉS. CHICHE ? CHICHE !

« MARC PESSIN EST PEINTRE, GRAVEUR, POÈTE, AMI DES POÈTES.
IL EN EST AUSSI L’ÉDITEUR ET VIT À SAINT~LAURENT-DU-PONT. DEPUIS PRÈS DE QUARANTE ANS IL POURSUIT UNE CRÉATION ORIGINALE EXPOSÉE DANS TOUS LES PAYS DU MONDE… ETC… ETC… »

AVEC MARC PESSIN L’ABSOLUE CULTURE SE CONFOND AVEC LA CULTURE DE L’ABSOLU ET CETTE HYPER CULTURE REJOINT LA NON CULTURE. CAR DEPUIS QUARANTE ANS MARC PESSIN TRAVAILLE À LA RÉALISATION D’UN RÊVE :
NOUS NE POUVONS PAS TOUS ÊTRE L’UN DES QUATRE ENFANTS QUI DÉCOUVRIRENT LASCAUX ! ALORS MARC PESSIN A INVENTÉ – ET IL FAUT ICI PRENDRE CE VERBE « INVENTER » DANS TOUS LES SENS POSSIBLES – UN MONDE : LA CIVILISATION PESSINOISE.

J’AI LA CHANCE INSIGNE, GRÂCE À CETTE REVUE, D’ÊTRE LE DÉPOSITAIRE DE QUELQUES FRAGMENTS/D’UNE INFIME TRACE DE CE PASSÉ. IL ME PLAIT D’IMAGINER QUE SI UN CATACLYSME DÉTRUISAIT SAINT-LAURENT-DU-PONT, NOUS SERIONS QUELQUES UNS SANS DOUTE, À PERMETTRE À DE NOUVEAU ARCHIVISTES DE CONTINUER LA TÂCHE INAUGURÉE PAR MARC PESSIN !

MARC PESSIN « INVENTE » EN EFFET DES SIGNES, DES TRACES, DES ALPHABETS, DES DICTIONNAIRES… DE LA CIVILISATION PESSINOISE ; ET ENCORE UNE FOIS JE DEMANDE QUE L’ON PRENNE « INVENTER » AU PIED DE LA LETTRE ! CAR TOUS LES HIÉROGLYPHES GAUFRÉS SUR PAPIER PEINTS ATTENDENT LEUR CHAMPOLLION. MAIS COMMENT MIEUX PARLER QUE MICHEL BUTOR ?

Jean-François Maurice
Gazogène n°04

DANS LE SECRET DES DIEUX…


Michel Butor : "Dans le Secret des Dieux"

Michel Butor : Dans le Secret des Dieux

Gazogène n°04


Alain Pauzié

Alain-Pauzié : Semelles décoréesAlain Pauzié : Semelles décorées

Aux dernières nouvelles, il habitait toujours Meudon la forêt. Ce va-nu-pieds né en 1936 à Millau avait pris de la galoche. On m’a même raconté qu’il avait étudié l’économie ! L’économie de bout de chaussure alors ? Mais, comme à Albi les gens n’usaient pas assez leurs sabots, il est parti vers le Nord « travailler dans l’atome ». Le voilà qui commence à dessiner sur enveloppes vers 1966 et à peindre les semelles de godillots. Ce type, c’est Pauzié et comme je ne l’ai jamais rencontré « de sava tu », je laisse causer l’ami Dubuffet :

« Votre production a été si prodigieusement prolifique que vous avez bien droit à maintenant faire une pause et reprendre souffle, La ponte de la langouste ou de l’esturgeon n’atteint pas la vôtre. L’exposition des semelles chez un marchand de chaussures constituera pour l’histoire de l’art (ou plus exactement pour l’histoire des attitudes sociales vis à vis de l’art) un évènement significatif. Et elle formera un article savoureux de la biographie d’Alain Pauzié. Même si elle ne se voit pas réalisée et demeure à l’état de projet. Bien entendu, la pièce que vous m’aviez confiée (et que j’avais envoyée à Lausanne) sera à votre disposition.
Amitiés.
Jean Dubuffet, Paris 9 Octobre 1984,
Post scriptum : j’aime beaucoup le dos superbement historié de votre lettre. »

Alain Pauzié
Alain Pauzié, Gazogène n°02, page 31
Enveloppes adressées à Jean Dubuffet, encre de Chine et marqueur.

Comme le note Alain PAUZIÉ au bas de la copie de la lettre : « Cette exposition n’a jamais eu lieu. »
Sans doute, l’activité foisonnante de l’artiste l’avait-elle déjà entrainé dans d’autres réalisations. Par exemple dans le mail-art dont il est un fervent adepte.

Semelles  décorées
Semelles décorées

Jean-François Maurice
Gazogène n°02


Antonio Lavall

L’enfance de l’art d’Antonio Lavall

Dire d’Antonio Lavall qu’il fait de « L’Art Frustre » serait péjoratif. Et pourtant comment qualifier sa « production » ? Art instinctif ? Art Naïf ? Art Spontané ?

Ancien maçon d’origine espagnole, Antonio Lavall vit à Saint-Pierre-Toirac, dans le Lot. Sa modeste maison au bord de la Départementale se fait remarquer des amateurs d’art singulier car son jardinet est hérissé de sculptures de bois ou de ciment peint, ceinturé de tuiles ornées de scènes naïves (1) …

Antonio Lavall, artisteMais Antonio Lavall ne peint pas que les tuiles ! La partie la plus abondante de son œuvre est constituée de peintures exécutées sur de la toile à matelas.

Nous sommes là en présence d’une œuvre qui défie tous les critères de jugement ; un seul mot peut-être, celui « d’inqualifiable » ! Antonio Lavall est, au sens propre, hors les normes, plus brut que brut, naïf parmi les plus naïfs. Il y a de tout chez lui, les « copies » des chefs d’œuvre de l’art comme les pires clichés, des natures mortes comme des compositions imaginaires, de blanches caravelles toutes voiles dehors et, s’il le pouvait, des biches buvant à la source dans le soleil couchant ! Et je n’ai garde d’oublier La Joconde et La Naissance de Vénus à côté du portrait de Jean Marais ou d’une célébrité de la télévision …

Peinture, pensée.

Cependant au milieu de cette impressionnante production, on trouve des œuvres d’imagination plus particulières et plus personnelles : celles que l’auteur lui-même qualifie de « tableaux pensés ».

Peinture d'Antonio Lavall, in "Gazogène" n°01

Peinture d'Antonio Lavall

Dans cette catégories se trouvent des hommages à Salvador Dali qu’il admirait – bien que : « Lui, il est Catalan et moi de Valence » ! – où l’on voit celui-ci monter au ciel entouré d’anges-artistes… Également des séries sur la corrida ou les bodegas, l’artiste et son modèle ou l’attente des prostituées dans les cafés ; mais aussi les Gitans et les Gens du Voyage… Pour Antonio Lavall la rapidité d’exécution est le signe de son talent : dès qu’il a une idée, il prépare cinq ou six toiles et les exécute en série mais en changeant chaque fois un détail ou une partie ! Ainsi ; pour les natures mortes, nous assistons à de véritables métamorphoses quasi surréalistes ; Qu’on en juge : une bassine avec des pommes de terre et un pain devient une citrouille avec des figues puis les pommes de terre deviennent des coquilles Saint-Jacques et la baguette un poisson.

Peinture d'Antonio Lavall

Peinture d'Antonio Lavall

L’artiste des Foires.

Malgré les sarcasmes et les moqueries Antonio Lavall n’hésitait pas à montrer son travail sur les foires et les marchés ; car une chose est certaine – en dehors de tout jugement esthétique – il tire de son travail une joie évidente et cette joie de créer est plus forte que tout.

Aujourd’hui sa mauvaise vue lui interdit, hélas, toute peinture. Il lui reste les sculptures auxquelles il s’adonne dans une petite « pièce » qu’il a ajoutée à son perron et qui témoigne de son besoin irrépressible de créer encore et toujours.

L'enfance de l'art : Antonio Lavall

Jean-François Maurice
Gazogène n°01

(1) Nous avons déjà signalé ce tout petit  « site » dans notre article L’art du bord des routes du Lot et des alentours dans Quercy Recherche n° 69/70 sans compter une indication dans Les Friches de l’Art et un petit texte dans notre brochure Les Galas de l’Ordinaire, Cahors, Novembre 1989.