Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Vers Onghi Ethorri

Monsieur X., Ongi Ethorri

Le Jardin de M. X., art singulier

ME VOILÀ REPARTI VERS LE JARDIN DE GABRIEL AU NORD-OUEST DE COGNAC. ARRIVÉ À BRIZAMBOURG, JE CHERCHE LA DIRECTION DE « CHEZ AUDEBERT », ET LÀ, COUP DE CHANCE OU DE THÉÂTRE, J’APERÇOIS UNE SÉRIE D’ANIMAUX, PLUS PARTICULIÈREMENT DES IBIS ROSES !

SANS FAÇON NOUS ÉCHANGEONS QUELQUES MOTS TANDIS QU’IL SE LIVRE À SES TRAVAUX CRÉATIFS TANDIS QUE LE SOIR TOMBE PEU À PEU. J’AIME SON FRANC PARLER-FAUBOURIEN, SA CASQUETTE À CARREAUX DONT ON RETROUVE DU RESTE L’ÉQUIVALENT SUR UNE STATUE À L’EXTÉRIEUR, STATUE QUI FORME COUPLE AVEC UNE FEMME À LA POITRINE NUE… MAIS DOS À LA ROUTE !

DE NOTRE CONVERSATION À BÂTONS ROMPUS, JE RETIENS CECI : «  GABRIEL, LUI, IL FAIT SURTOUT DANS LE PERSONNAGE, MOI, JE FAIS DANS L’ANIMAL ; CHACUN SON TRUC… QUAND ON N’EST PAS D’ICI, C’EST DUR DE SE FAIRE COMPRENDRE… » EN PRÉ-RETRAITE(?), CRITIQUE MAIS PAS AMER, « PLACE AUX JEUNES !… »,  J’AI CRU COMPRENDRE QU’IL AVAIT ÉTÉ OUVRIER MAÇON OU PLÂTRIER.

UNE PUDEUR QUE CERTAINS JUGERONT IDIOTE M’A EMPÊCHÉ D’ATTAQUER FAÇON JOURNALISTE LOCALIER : « NOM, ÂGE, QUALITÉ… » JE LAISSE À D’AUTRES LE SOINS DE FAIRE LEURS CHOUX GRAS DE CE SITE, AVANT MOI BIEN SÛR. IL N’Y A QUE LE DÉJÀ CONNU QUI NE POSE PAS DE PROBLÈMES !

J’AI ENSUITE ENCORE LE TEMPS D’ALLER CHEZ GABRIEL. LE SOIR EST QUASI TOMBÉ. LE CIEL EST ROUGE. DU BORD DE LA ROUTE, JE PRENDS QUELQUES PHOTOGRAPHIES. GABRIEL EST LÀ, MÊME SI JE NE LE VOIS PAS TOUT D’ABORD, MAIS JE SAIS QU’IL EST LÀ AU MILIEU DE SES STATUES QUI SORTENT DE L’OMBRE COMME AUTANT DE FANTÔMES, LUI-MÊME FANTÔME PARMI LES FANTÔMES…

ENCORE DES KILOMÈTRES ET ME VOICI ARRIVÉ CHEZ « NANOU ». LE WHISKY À LA MAIN, NOUS CONVERSONS DE CHOSES ET D’AUTRES… « NANOU » EN VIENT À ME RACONTER SA VISITE DE LA FOLIE RÉTHORÉ. ELLE ME RETROUVE ET ME MONTRE DES DIAPOSITIVES D’IL Y A FORT LONGTEMPS CAR ELLE A PARCOURU LES LIEUX DU VIVANT D’UN DES DEUX FRÈRES. ÉTAIT-CE ALPHONSE, ÉTAIT-CE RAYMOND ? ELLE SE SOUVIENT D’UN VIEIL HOMME AFFABLE…

LE LENDEMAIN MATIN, NOUS VOILÀ PARTI. EN ROUTE NOUS REPARLONS DE SOUVENIRS D’ENFANCE ET D’ADOLESCENCE.

FOURAS, LE FORT BOYARD, UNE REMONTÉE DE LA,CHARENTE, LA VIEILLE ÉQUIPE DE L’ÎLE D’AIX, LES SITUATIONNISTES À BORDEAUX… IL PLEUT DES CORDES. ET IL PLEUT ENCORE QUAND NOUS ARRIVONS À LA FROMENTINE, DES TROMBES ! SUR LE BATEAU, HEUREUSEMENT, LE CIEL S’ÉCLAIRE. ARRIVÉ SUR L’ÎLE D’YEU, NOUS CHERCHONS… UN RESTAURANT ! À CETTE ÉPOQUE DE L’ANNÉE, RIEN N’EST OUVERT SUR LE PORT. ENFIN, DANS UN LIEU PLUS RECULÉ, NOUS TROUVONS UN RESTAURANT DONT LA SALLE EST AU PREMIER ÉTAGE, FRÉQUENTÉ CE DIMANCHE PAR DES HABITANTS DE L’ÎLE ET DES ANGLAIS… CE QUI NOUS SEMBLE BON SIGNE ! EFFECTIVEMENT NOUS NE SERONS PAS DÉÇUS !

DEUX BOUTEILLES DE BLANC APRÈS, NOUS APPELONS UN TAXI, AU DIABLE L’AVARICE ! HÉLAS, TROIS FOIS HÉLAS ! LE SITE DE ONGI ETHORRI EST QUASI DÉSERT…

SON CRÉATEUR VIENT EN EFFET DE RENTRER POUR L’HIVER LA PLUPART DES ŒUVRES QUI SONT EN BOIS PEINT…

IL NE RESTE QUE LES CONSTRUCTIONS EN CIMENT ET AUTRES CRÉATIONS FIXES. DE PLUS, COMBLE DE MALCHANCE, L’INVENTIF CRÉATEUR DE CE SITE TOUT EN LONGUEUR EST PARTI POUR LA TOUSSAINT AU PAYS BASQUE DONT IL EST ORIGINAIRE. NOUS DISCUTONS CEPENDANT AVEC SA FEMME ET LUI DONNONS UN NUMÉRO DE LA REVUE CRÉATION FRANCHE POUR PRENDRE DATE ET RENDEZ-VOUS « À PLUS TARD ».

ONGI ETHORRI
Le site de ONGI ETHORRI

DE RETOUR À PIEDS VERS LE PORT, NOUS FAISONS QUELQUES PHOTOGRAPHIES DE BOITES À LETTRE PARTICULIÈREMENT AMUSANTES, AINSI QUE LE JARDIN CLOS D’UNE MAISON : LES CASIERS QUI MANIFESTE UNE VELLÉITÉ CRÉATRICE ASSEZ DÉVELOPPÉE… RETOUR AU BATEAU PUIS SUR LE CONTINENT, PUIS SUR SATNT-LAURENT-DE-LA-PRÉE, POUR S’Y GAVER D’HUÎTRES DE NOUVEAU. ET MÊME LA PLUIE A CESSÉ !

NOUS DISCUTONS DE CE PROJET QU’A NANOU DE FAIRE UN ALBUM-PHOTOS DE MAISONS DE BAINS DE MER À FOURAS, AVANT QUE LA FOLIE DES PROMOTEURS NE DÉTRUISE TOUT CELA. ELLE A DÉJÀ COMMENCÉ SUR LE FRONT DE MER EN DÉNATURANT LA PLACE CARNOT ET SES BARAQUES FORAINES…

ET C’EST LE RETOUR VERS CAHORS.

TOUT EN ROULANT ME REVIENT CETTE IMAGE : AU « CAFÉ DE LA MARINE », ATTABLÉ AU SOLEIL SUR LE TROTTOIR, BUVANT MON BLANC « SECCHASSIRON » FRAIS À SOUHAIT, J’AI DEVANT MOI LA PETITE HALLE AUX POISSONS, BALTARD MINIATURE, OÙ L’OSTRÉICULTEUR DE LA FUMÉE M’OUVRE MES HUÎTRES… CETTE IMAGE NE SERA PLUS Q’UN SONGE, BIENTÔT. DANS LE PORT, IL NE RESTE PRATIQUEMENT PLUS DE CES BATEAUX POUR LA PÊCHE CÔTIÈRE LOCALE (IL Y A DES PRIMES À LEUR DESTRUCTION, ARRACHAGE DE QUILLE !) ET L’INTERDICTION DE LA PÊCHE AUX CARRELETS ARRIVE. ADIEU « CHAUDRÉE FOURASINE » ! ! ! QU’ON NE VOIT PAS ICI UN PONCIF PASSÉISTE MAIS UN NOUVEL EXEMPLE DE DISPARITION DE LIBERTÉS QUI NE NUISAIENT À PERSONNE, BIEN AU CONTRAIRE, ET ENCORE MOINS À LA NATURE…

LE BON SENS POPULAIRE AURAIT-IL RAISON ? N’EST-CE PAS TOUT PRÈS DE CHEZ SOI QUE LE BONHEUR SE TROUVE ? EN TOUS LES CAS EN VOICI UNE NOUVELLE FOIS LA PREUVE :

SUR LE CHEMIN NOUVEAU D’UN TRAVAIL QUI NE L’ÉTAIT PAS MOINS – EH OUI, ON VIT DIFFICILEMENT DE PEINTURE ET DE LITTÉRATURE, SURTOUT SI, COMME POULAILLE, ON A FAIT SIENNE SA DEVISE DU REFUS DE PARVENIR – J’AI LA JOIE DE DÉCOUVRIR UN RAVISSANT PETIT JARDIN PAYSAGER BOISÉ, AVEC DES PIERRES ANTHROPOMORPHES PEINTES DE COULEURS VIVES, OU ALIGNÉES ET BLANCHES, AINSI QU’UN GRAND PANNEAU DE BOIS SUR LEQUEL ON PEUT LIRE UN APPEL AU RESPECT DE LA NATURE… LES ÉLÈVES DU LYCÉE AGRICOLE SITUÉ TOUT À CÔTÉ, LIEU-DIT « LACOSTE » PRÈS LE MONTAT, TROUVENT CELA COMPLÈTEMENT ABSURDE INUTILE ET LAID…

Jean-François Maurice
Gazogène n°03

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Samuel Carujo Fava-Rica

COMME DUBUFFET PARLAIT DE « L’ER D’LA CANPANE », J’Y AI FAIT ALLUSION DÉJÀ, JEAN-PAUL BAUDOIN ORGANISAIT À PÂQUES UN GRAND WEEK-END « L’ART BRUT BAT LA CAMPAGNE ». ENCORE UNE FOIS, DANS LA CONFUSION DES VALEURS QUI CARACTÉRISE CETTE FIN DE SIÈCLE, ET SANS DOUTE TOUTES LES ÉPOQUES À VRAI DIRE ! IL NOUS APPARTIENT DE PRENDRE DATE EN ESPÉRANT QUE L’ŒIL À L’ÉTAT SAUVAGE NE NOUS TRAHISSE PAS !
ON A PU Y VOIR DES ŒUVRES DE SAMUEL CARUJO FAVA-RICA AVEC LEQUEL, ITOU, JE SUIS EN CORRESPONDANCE SPONTANÉE. COMME IL Y A DES COMBUSTION DU MÊME ORDRE, OU PLUTÔT DU MÊME DÉSORDRE, CETTE « CORRESPONDANCE » ENTRE LUI ET MOI SERAI PLUS EXACTE !

VOICI CE QU’ÉCRIT SUR LUI JEAN-MARIE DENDEVILLE À L’OCCASION DE L’EXPOSITION À « L’ARMITIÈRE » À ROUEN :
… Samuel Carujo Fava-Rica est indéniablement possédé par la peinture – par l’envie et la nécessité absolue de la peinture plus exactement – cela. se voit, cela se sent. Il en voudrait partout, se lamente de la façon dont on en parle, dont on l’exploite.
[…]
L’on distingue dans l’œuvre de Samuel Carujo Fava-Rica – qui se regarde « en face » tel l’ami sur le point de vous confier – , en vérité, quelque chose d’important, d’irrémédiable les incontestables données d’un art extra-culturel (art libre, hors normes).

Il affirme que chacun de nous – depuis que l’homme existe – est un artiste, que toute référence à une « histoire » de l’art, à des écoles, est inconciliable avec la nature même de la création artistique, et que les sociétés qui se sont succédées n’ont fait que suivre des courants de « mode » mettant en valeur le plus souvent des peintres conventionnels sans inspiration « fabriquant » de la peinture comme l’on fabrique de la lessive.
[…]
Il est difficile de ne pas être impressionné au premier regard par le « fantastique » contenu de l’œuvre, l’abondance des motifs et des symboles. Une phrase, un mot ou des lettres peuvent surgir – inversés, désarticulés, renversés – comme si le signe se refusait soudain à exprimer l’idée, à égarer le guetteur ou dénoncer la dérision de sa signification.

Le caractère délirant des éléments constitutifs de l’œuvre de Samuel Carujo Fava-Rica s’explique par l’automatisme de son écriture qui procède des célèbres expériences auxquelles se livraient André Breton et ses amis. Cela donne un ensemble d’une intense complexité, savamment « déconstruit » , de figures ou de signes exerçant sur le spectateur une grande fascination. Ce dernier ne sait s’il doit tenter de pénétrer dans l’univers étrange et captivant de l’artiste ou se laisser emporter par la beauté qui se dégage du graphisme et du traitement de la couleur tout à fait éblouissants.
[…]
Ici tout n’est que peinture, volume et couleurs. L’écriture de Samuel Carujo Fava-Rica fait fort naturellement penser à d’illustres courants d’expression : dadaïsme, symbolisme, surréalisme, art brut ou « libre », avons-nous dit ; mais il y a aussi par endroit une attestation de sa connivence avec des peintres tels que K. Haring ou J.M. Basquiat, entre autres. Samuel, qui admire aussi Chaissac, Dubuffet, conteste cependant tout apparentement, toute classification. Il laisse cela, bien malgré lui, aux critiques. Absent au monde, il n’existe que dans sa peinture, qui elle seule lui permet d’être libre, d’exister, de ne pas être intégré « au système », de ne pas être pris par les autres ou par l’anonyme altérité.

Samuel Carujo Fava-Rica qui s’exprime sans prétention – mais qui a la prétention d’être sincère – défend sa création avec véhémence et fait preuve quant à lui d’une rare exigence. Il sait en définitive essentiellement ce qu’il n’aime pas et vous le dira. Il est jeune et jouit du privilège d’avoir comme l’on dit des idées et de s’exprimer authentiquement avec un sens aigu de la réalité propre au véritable artiste.
[…]
J’AI SUPPRIMÉ DE CE TEXTES QUELQUES PASSAGES.
J’AIME QUE L’ON AIME, MAIS LE PANÉGYRIQUE EST UN GENRE DÉLICAT. LES ARTICLES DE LA PRESSE LOCALE SONT ICI PARTICULIÈREMENT REDOUTABLES ! J’AI PUBLIÉ JADIS DANS UN DES DÉFUNTS SUPPLÉMENTS AUX FRICHES DE L’ART UN TEXTE INCROYABLE PARU DANS LA DÉPÊCHE DU MIDI CONSACRÉ À GASTON MOULY. LE DITHYRAMBE N’EST ACCEPTABLE QUE POUR DIONYSOS, POUR LE RESTE, IL TOMBE VITE DANS LE GROTESQUE !

Jean-François Maurice
Gazogène n°03


L’or et l’ordure : un Chaissac…

DÉCOUVERTE D’UN CHAISSAC  À LA DÉCHARGE !

Dans une lettre inédite citée dans le numéro 1 de Gazogène, Chaissac écrivait « existe-t-il une revue pour parler des laissés pour compte… ». Il pensait aux hommes, pas aux œuvres !
C’est pourtant de l’une des siennes que je vais parler.

C’est le mois de Novembre, à la Toussaint 1990. Je cherche des matériaux pour continuer mes Ex-Vino – ceux qui me connaissent un peu savent de quoi il s’agit -. Me voilà donc un Dimanche après- midi, avec une amie, explorer les décharges entre Agen et Villeneuve-sur-Lot.

Gaston Chaissac : gouache sur porte
Gaston Chaissac : gouache sur porte

Or, vers cinq heures dans un dépôt d’ordures, au lieu dit « Bézille », hameau de « La Croix Blanche », sur le faux-plat avant les éboulis où brûle encore un feu rampant, un vieux lit-cage, quelques débris très secs de grenier, une petite armoire en bois blanc, genre pharmacie. Une des portes est ouverte et montre une sorte de maison naïve. J’ouvre la seconde et c’est le choc, avant même d’avoir vu la signature : sur l’intérieur de cette porte, à demi effacé, un personnage… Ces portes sont à moitié démantibulées et je les arrache facilement.

Je suis dans un état second ! Mais qui, qui a pu jeter cela ? Et pourquoi en cet endroit ?
Après étude, le dessin est fait… à la gouache ! ! !
Le mystère reste entier…

Jean-François Maurice
Gazogène n°02


Jacques Martinez

Aucun amateur d’art singulier ne devrait négliger les Syndicats d’Initiatives. Car si la grande majorité des expositions qu’on peut y voir ne dépasse pas le niveau du macramé et de la peinture sur soie style troisième âge bien encadré, il arrive parfois pourtant qu’un véritable « franc-tireur » de la création s’y manifeste.

C’est ce qui s’est passé au printemps dernier, à Cahors, avec un certain Martinez.

Jacques Martinez
Jacques Martinez

Un certain Martinez

Né dans cette même ville en 1936, le voilà à l’âge de 17 ans, à la suite du décès accidentel de son pète, propulsé chef d’une entreprise de maçonnerie. Funeste événement et funeste responsabilité qui se traduiront par la faillite et les dettes mais, plus grave encore par ce qu’il faut bien appeler la perte de sa jeunesse.

Commencent alors des années de galère à Paris, toujours poursuivi par les échéances et les remboursements mais avec toujours une bonne dose d’humour et une certaine innocence permettant de dépasser la misère la plus noire.

Puis c’est le retour à Cahors.

Là, dans le sous-sol d’un pavillon Jacques Martinez va commencer à peindre en 1981, refaisant en toute naïveté l’itinéraire de la figuration à l’abstraction !

« Déconstruisant » la ville qu’il a sous les yeux il la recompose et la transpose dans son amoncellement de briques, de tuiles, de murs … pour le plus grand plaisir du spectateur. Il fallait entendre les réflexions durant cette mémorable exposition ! « C’est du Klee » disaient certains ; « C’est du Bissière »,  répondaient d’autres » ; « C’est cubiste » ; « Pas du tout, c’est du Naïf » … Mettons tout le monde d’accord : c’est du Martinez, un point c’est tout !

Peinture de Jacques Martinez

Ses ouvrages sont du reste exécutés avec la plus grande spontanéité et une totale liberté dans la composition sans aucune référence à d’autres artistes reconnus. Pour cette raison, Jacques Martinez utilise volontiers les pastels et les craies qui permettent une exécution immédiate comme la reprise ultérieure en fonction des moments disponibles. Face à cette œuvre importante tant par la qualité que par la quantité nous sommes une nouvelle fois confrontés avec un art spontané dont pourtant les subtilités et les trouvailles nous émerveillent.

Jean-François Maurice
Gazogène n°01

Le site de Jacques Martinez


Antonio Lavall

L’enfance de l’art d’Antonio Lavall

Dire d’Antonio Lavall qu’il fait de « L’Art Frustre » serait péjoratif. Et pourtant comment qualifier sa « production » ? Art instinctif ? Art Naïf ? Art Spontané ?

Ancien maçon d’origine espagnole, Antonio Lavall vit à Saint-Pierre-Toirac, dans le Lot. Sa modeste maison au bord de la Départementale se fait remarquer des amateurs d’art singulier car son jardinet est hérissé de sculptures de bois ou de ciment peint, ceinturé de tuiles ornées de scènes naïves (1) …

Antonio Lavall, artisteMais Antonio Lavall ne peint pas que les tuiles ! La partie la plus abondante de son œuvre est constituée de peintures exécutées sur de la toile à matelas.

Nous sommes là en présence d’une œuvre qui défie tous les critères de jugement ; un seul mot peut-être, celui « d’inqualifiable » ! Antonio Lavall est, au sens propre, hors les normes, plus brut que brut, naïf parmi les plus naïfs. Il y a de tout chez lui, les « copies » des chefs d’œuvre de l’art comme les pires clichés, des natures mortes comme des compositions imaginaires, de blanches caravelles toutes voiles dehors et, s’il le pouvait, des biches buvant à la source dans le soleil couchant ! Et je n’ai garde d’oublier La Joconde et La Naissance de Vénus à côté du portrait de Jean Marais ou d’une célébrité de la télévision …

Peinture, pensée.

Cependant au milieu de cette impressionnante production, on trouve des œuvres d’imagination plus particulières et plus personnelles : celles que l’auteur lui-même qualifie de « tableaux pensés ».

Peinture d'Antonio Lavall, in "Gazogène" n°01

Peinture d'Antonio Lavall

Dans cette catégories se trouvent des hommages à Salvador Dali qu’il admirait – bien que : « Lui, il est Catalan et moi de Valence » ! – où l’on voit celui-ci monter au ciel entouré d’anges-artistes… Également des séries sur la corrida ou les bodegas, l’artiste et son modèle ou l’attente des prostituées dans les cafés ; mais aussi les Gitans et les Gens du Voyage… Pour Antonio Lavall la rapidité d’exécution est le signe de son talent : dès qu’il a une idée, il prépare cinq ou six toiles et les exécute en série mais en changeant chaque fois un détail ou une partie ! Ainsi ; pour les natures mortes, nous assistons à de véritables métamorphoses quasi surréalistes ; Qu’on en juge : une bassine avec des pommes de terre et un pain devient une citrouille avec des figues puis les pommes de terre deviennent des coquilles Saint-Jacques et la baguette un poisson.

Peinture d'Antonio Lavall

Peinture d'Antonio Lavall

L’artiste des Foires.

Malgré les sarcasmes et les moqueries Antonio Lavall n’hésitait pas à montrer son travail sur les foires et les marchés ; car une chose est certaine – en dehors de tout jugement esthétique – il tire de son travail une joie évidente et cette joie de créer est plus forte que tout.

Aujourd’hui sa mauvaise vue lui interdit, hélas, toute peinture. Il lui reste les sculptures auxquelles il s’adonne dans une petite « pièce » qu’il a ajoutée à son perron et qui témoigne de son besoin irrépressible de créer encore et toujours.

L'enfance de l'art : Antonio Lavall

Jean-François Maurice
Gazogène n°01

(1) Nous avons déjà signalé ce tout petit  « site » dans notre article L’art du bord des routes du Lot et des alentours dans Quercy Recherche n° 69/70 sans compter une indication dans Les Friches de l’Art et un petit texte dans notre brochure Les Galas de l’Ordinaire, Cahors, Novembre 1989.


Gaston Chaissac : « Ode à l’ogre »

Ode à l’ogre

de Gaston Chaissac

(extrait)

Chant de l’oiseau encagé avec le serpent repu, voilà mon art. Gens qui passez, écoutez ma voix dans la foire. Calme serpentante, rire grossier, de fausset, de triste, d’enfiévré, fanfare d’armistice où on siffle à sa guise.

Et la fête a passé, le serpent remue à son réveil en une aube nouvelle. L’oiseau n’y pensait plus et un cri fut jeté, chant d’angoisse plus marqué dans l’indifférente clarté aux empreintes de griffes monstrueuses. Marche des trépassés marchant en terre fondre leur misère, iceberg en une mer où nul ne s’aventure. Les cris ont redoublé avant de se taire à jamais avant la pénombre. On les a enregistrés pour la discothèque.

On pourra réentendre les cris de vie en l’attente d’un trépas, entre chaud et frimas.

« Ode à l’Ogre », Gaston Chaissac

Gaston Chaissac
Extraits, in Gazogène n°05


Anatole Jakovsky

Hommage à Anatole Jakovsky…

Gazogène n’a aucun goût pour les commémorations. Il l’a prouvé il n’y a pas si longtemps avec une petite brochure : Arthur Rimbaud au Conseil des Ministres… Cependant, par une succession de coïncidences cet Hommage à Anatole Jakovsky parait, grosso modo, une dizaine d’années après la création du Musée International d’Art Naïf et, hélas, la disparition, en 1983, de son créateur-donateur.

Nous nous intéressions, en effet, à Anatole Jakovsky parce qu’il nous semblait anticiper sur notre propre conception de la création. Homme éclectique, au goût sans frontières ni exclusives, privilégiant la fraîcheur du regard sur tous les dogmatismes… Le déclic est venu de notre ami et correspondant privilégié Sanfourche. Celui-ci nous a, en effet, permis de lire sa correspondance avec Anatole Jakovsky. Qu’il soit ici remercié pour sa grande générosité.

Comme chacun sait, Anatole Jakovsky est d’origine roumaine et, né en 1909, il a très tôt commencé à écrire. Écrire sur quoi ? Sur l’Avant-Garde des années 30 : Duchamp et Mirō, Mondrian et Léger, Delaunay et Calder, Chirico et Braque, et Picasso et Gonzales…

Selon la légende, c’est en 1940, aux Puces de Vanves (que, entre parenthèses, nous avons nous-mêmes fréquentées avec assiduité dans les années 70-80 sans parler de Montreuil et autres lieux…) que se produisit la découverte d’une œuvre « naïve », de Jean Fous. Le feu était mis aux poudres ! En 1949 Anatole Jakovsky publiera le premier livre sur L’Art Naïf.

En 1952 c’est la publication du premier texte intégralement consacré à Gaston Chaissac. Plus que la date de parution, c’est le contenu qui compte : les lignes qu’Anatole Jakovsky consacre à Chaissac sont encore d’une grande justesse et ridiculisent bien des commentateurs d’aujourd’hui… (à titre de comparaison il faut relire le texte de Raymond Dumay, Ma route d’Aquitaine, 1949, in Gazogène n°02. Les Cahiers de la Pléiade, Hiver 1948, sous le titre : Poésie,du Dimanche avait déjà fait connaitre quelques lettres ).

On le voit, Anatole Jakovsky n’est pas réductible au seul art « naïf ». Sa collection comportait bien évidemment des œuvres d’art populaire, d’art brut, mais aussi tout ce qui concernait le tabac et son histoire -l’ex fumeur de pipe se réveille ici- sans parler des robots… et autres objets singuliers.

Ce personnage complexe se laissait guider par son « regard à l’état naissant » qui lui permettait de saisir, par osmose, « la vision originale » du créateur, ce « quelque chose » que l’on n’avait jamais vu , ou, comme, il le dit encore : « dans une œuvre naïve, on voit le cœur et pas les « trucs » ! »

L’utilisation du terme « naïf » ne gênait nullement Anatole Jakovsky, au contraire ; il allait jusqu’à dire qu’en matière de peinture, toutes les étiquettes avaient été péjoratives et que le mépris des idéologues de l’art n’était pas si mauvaise chose ! Quant au flou de la notion, il s’en réjouissait même : une chose ne s’explique que lorsqu’elle est morte !

Son énervement à ce sujet rejoignait celui de Dubuffet à propos de la définition exacte de l’art « brut ». Comme Dubuffet, Jakovsky a dû également batailler contre ceux qui assimilaient l’art naïf aux dessins d’enfants ou aux créations des « simples d’esprit » ! Certes, Anatole Jakovsky n’a jamais eu la virulence d’un Dubuffet dans la dénonciation des conditionnements culturels ! Toutefois, ses propos étaient sans ambigüité : l’art naïf représentait « une antipollution de la chose peinte » par rapport à la peinture des suiveurs, ces « suiveurs qui se survivent »… « la plupart des gens sont conditionnés et manipulés par les tenants de l’art moderne et les critiques »… « l’histoire de l’art ? : une suite d’erreurs et de falsifications »…

N’oublions pas pour finir le véritable travail d’écriture qui donne aux textes d’Anatole Jakovsky leur dimension poétique. Mais sans doute la magie de cet homme devait être quotidienne car je relève dans la correspondance avec Sanfourche cette description d’une œuvre de ce dernier acquise par Jakovsky : une « tête aux yeux de nuits dont on voit les étoiles en plein jour ».

Un dernier point : Anatole Jakovsky a été particulièrement lucide sur les dévoiements, les falsifications et autres récupérations de l’art naïf qui l’ont conduit à la médiocrité généralisée. Méfions-nous que tel ne soit pas le résultat auquel parviendront les thuriféraires et autres laudateurs actuels de « l’Art Brut » ! Hélas de nombreux signes me le laissent penser…

Jean-François Maurice
Gazogène n°05

Hommage à Anatole Jakovsky

Alain Pauzié

Alain Pauzié
Alain Pauzié, Gazogène n°02, page 31

Aux dernières nouvelles, il habitait toujours Meudon la forêt. Ce va-nu-pieds né en 1936 à Millau avait pris de la galoche. On m’a même raconté qu’il avait étudié l’économie ! L’économie de bout de chaussure alors ? Mais, comme à Albi les gens n’usaient pas assez leurs sabots, il est parti vers le Nord « travailler dans l’atome ». Le voilà qui commence à dessiner sur enveloppes vers 1966 et à peindre les semelles de godillots. Ce type, c’est Pauzié et comme je ne l’ai jamais rencontré « de sava tu », je laisse causer l’ami Dubuffet :

« Votre production a été si prodigieusement prolifique que vous avez bien droit à maintenant faire une pause et reprendre souffle, La ponte de la langouste ou de l’esturgeon n’atteint pas la vôtre. L’exposition des semelles chez un marchand de chaussures constituera pour l’histoire de l’art (ou plus exactement pour l’histoire des attitudes sociales vis à vis de l’art) un évènement significatif. Et elle formera un article savoureux de la biographie d’Alain Pauzié. Même si elle ne se voit pas réalisée et demeure à l’état de projet. Bien entendu, la pièce que vous m’aviez confiée (et que j’avais envoyée à Lausanne) sera à votre disposition.

Amitiés.
Jean Dubuffet, Paris 9 Octobre 1984,

Post scriptum : j’aime beaucoup le dos superbement historié de votre lettre. »

 Comme le note Alain PAUZIÉ au bas de la copie de la lettre : « Cette exposition n’a jamais eu lieu. »
Sans doute, l’activité foisonnante de l’artiste l’avait-elle déjà entrainé dans d’autres réalisations. Par exemple dans le mail-art dont il est un fervent adepte.

Semelles  décorées
Semelles décorées

Gazogène n°02


La grotte de Berolle

Une petite architecture singulière dans la campagne vaudoise :

la grotte de Berolle

Cette construction a été réalisée en 1929 par Wielfried Besson (né en 1898), agriculteur à Berolle (Vaud, Suisse). L’histoire débute à son retour de Paris alors qu’il vient de visiter l’exposition coloniale. Très impressionné par les architectures qu’il y a découvert, Wielfried Besson se lance lui-même dans un projet, bien moins ambitieux mais tout aussi original, pour son jardin : une grotte abritant une sirène !

Il profite de ses allées et venues dans le Jura – où il apporte chaque dimanche des vivres à son père, en alpage d’été avec ses vaches – pour ramener les premières pierres de son futur édifice. Ces pierres du Jura, très typiques, ressemblent un peu à des éponges avec leurs multiples trous. La construction fait appel en outre à du bois, du béton et diverses pièces métalliques (de charrue ou autres) pour la consolidation.

La grotte comprend quelques figurines peintes, ainsi qu’un système de jet d’eau en son sommet et de fontaine sur le côté, qui sert de trop-plein. L’intérieur de la grotte abrite une sirène au long corps en ciment, munie de dents métalliques et de deux pieds courts à l’avant, taillés dans le bois. Malheureusement, le temps a détruit certaines pièces, principalement celles en bois qui ont toutes disparu, y compris un petit chalet perché sur la grotte.

La grotte est inaugurée dans les règles par Wilfried Besson, lors d’une fête paroissiale de village. Il profite de la curiosité suscitée dans le village par son édifice pour demander une rétribution symbolique aux visiteurs, rétribution qu’il reverse ensuite au curé.

Bien sûr, aujourd’hui ce petit édifice est bien abîmé, mais reste plein de fraîcheur. Véritable patrimoine familial avant d’être une curiosité, la grotte de Berolle a repris du service pour le mariage des petites-filles de son créateur : l’eau a de nouveau jailli de son sommet et de la fontaine. À quand la prochaine fois ? Reste encore un garçon à marier…

Flora BERNE
Gazogène n°28


Numéro 28

il en reste