Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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En balade avec Nanou : art populaire, l’Île d’Yeu…

En balade avec Nanou

UN COUP DE TÉLÉPHONE : C’EST « NANOU ». NOUS NOUS VOYONS AU MOINS DEUX FOIS PAR AN, DONT UNE À L’OCCASION D’UN SALON À LA ROCHELLE. EN UN MOT COMME EN MILLE, ELLE A VU SUR L’ILE D’YEU UN SITE D’ART POPULAIRE… DES STATUES, MAIS SURTOUT DES CONSTRUCTIONS, DES MISES EN SITUATION ; SANS COMPTER LES TRADITIONNELS MOULINS, MAIS AUSSI UNE REPRODUCTION DE 4L RENAULT… C’ÉTAIT EN SEPTEMBRE, MAINTENANT C’EST BIENTÔT LA TOUSSAINT. AUSSITÔT DIT, AUSSITÔT FAIT, ME VOILÀ QUELQUES JOURS APRÈS DANS MA VOITURE.

Dubuffet, Raymond Guitet, Lucien FavreauDubuffet, Raymond Guitet, Lucien Favreau

DE CAHORS, DIRECTION ROCHEFORT-SUR-MER ? J’EN PROFITE AU PASSAGE POUR JETER UN COUP D’ŒIL SUR LE PETIT JARDIN ZOOLOGIQUE DE RAYMON GUITET À SAUVETERRE-DE-GUYENNE. J’AI LE PLAISIR DE CONSTATER QUE, CONTRAIREMENT À MA VISION PESSIMISTE, LE JARDIN EST NON SEULEMENT FAUCHÉ DE FRAIS ET ENTRETENU, MAIS ENCORE FIGURE SUR AU MOINS DEUX CATALOGUES ÉDITÉS PAR LE SYNDICAT D’INITIATIVE ! COMME QUOI, TOUT PEUT ARRIVER, ET RAYMON GUITET DOIT BIEN RIGOLER DANS SA TOMBE !

REMONTANT TOUJOURS NORD-NORD-OUEST, JE VAIS À LA RECHERCHE DU JARDIN EXTRAORDINAIRE DE LUCIEN FAVREAU, DU CÔTÉ DE CHALAIS. UNE PANCARTE EN BOIS SIGNALE LA DIRECTION À PARTIR DE LA GRAND-ROUTE. ICI, TOUT EST ENCORE EN PLACE. JE SUIS SÛR QUE L’ON M’OBSERVE DE LA MAISON VOISINE. MAIS PERSONNE NE SORT. JE PHOTOGRAPHIE DONC TOUT À MON AISE… ENFIN, PRESQUE ! PETIT À PETIT, UN CERTAIN MALAISE VOUS PREND À DÉAMBULER AINSI AU FIN FOND DES CHARENTES. OU AILLEURS, CAR J’AVOUE AVOIR DÉJÀ ÉPROUVÉ UNE IMPRESSION ANALOGUE AUX FOLIES SIFFAIT DANS LA RÉGION NANTAISE ET DANS LA CAMPAGNE PRÈS DU « MUSÉE DE L’ART CRU » DE MONTETON, DANS LES ALENTOURS DE DURAS. ET CE NE SONT NI BRUNO MONTPIED, NI JOE RYCZKO QUI ME CONTREDIRONT ! D’AUTANT QUE CE SITE EST EN RÉALITÉ MAINTENANT UN VÉRITABLE MAUSOLÉE, POUR NE PAS DIRE UNE NÉCROPOLE, OÙ REPOSE SON CRÉATEUR.

Jean-François Maurice
Gazogène n°03

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Les saboteurs de l’art

Les saboteurs de l’art

par Bruno Montpied

« Les bottes sont faites pour marcher… »,

cette lapalissade chantonne en moi au moment de commencer de tisser ma participation au numéro 2 de Gazogène, cher Jean-François. Un dicton affirme de son côté : « Qui veut voyager loin ménage sa monture ». Nos pieds, que la nature a laissés dangereusement nus, à la différence du cheval qui a des sabots de naissance, ne peuvent nous porter loin si nous ne les protégeons pas. Jusqu’au dix-neuvième siècle, ouvriers, artisans, compagnons, journaliers, colporteurs, bandits de grand chemin, tout ce petit monde marchait énormément. Quoi d’étonnant à ce que les métiers de bottier, savetier, sabotier soient hautement appréciés par tous ces forcenés de la marche ? Les tailleurs de pierre de la Creuse partaient louer leurs bras à Saint-Étienne ou à Paris, comme Martin Nadaud, et il leur fallait trois ou quatre jours pour Se rendre à bon port. Imagine-t-on les paysages infiniment moins urbanisés, en revanche beaucoup plus cultivés, plus populeux aussi, et les routes de la France d’alors ? Pour ma part, je vois des foules se déplaçant sur les chemins poudreux, que ce soit dans des contrées à présent désertes comme les Cévennes ou sur des routes aujourd’hui toujours aussi fréquentées.

S’il y a beaucoup de créateurs insolites dans les corporations de savetiers, c’est peut-être parce qu’il y avait au départ beaucoup de savetiers, et qu’étant donné ce grand nombre, -en supposant en outre que dans cette profession il se trouve la même proportion de créateurs que dans les autres, au total le nombre de créateurs est automatiquement plus grand que dans les autres corporations. De plus, il faut bien souligner que le métier de savetier est un métier d’artisan, propriétaire de son travail, amoureux du bel ouvrage et par conséquent tout à fait sensible, pour les plus libres d’entre eux, à la beauté des formes. Une passionnante exposition, passionnante par son principe Artiste/ Artisan  (?) organisée par François Katey avec l’aide, entre autres, de Jacçueline et Raymond Humbert (qui s’occupaient à l’époque -1977- de la Maison du Coche d’Eau à Auxerre, avant de fonder en 1986 le musée des arts populaires ruraux de Laduz, près d’Aillant sur Tholon) a tenté de montrer voici déjà une petite quinzaine d’années à quel point les limites entre les deux pouvaient être floues. Comment s’étonner qu’un artisan-savetier passe tout à coup à la création gratuite ; dégagée d’un usage pratique ?

Déjà, le bottier désireux d’allécher et de renseigner le chaland sur ses talents, voulant résumer en un seul objet toute l’étendue de son expérience, de sa dextérité comme de son sens esthétique, confectionnait une enseigne parlante, dont celle que je donne à voir ci-dessous est un des plus beaux exemples qui soient (il appartient aux collections du musée de Laduz) : Il s’agit d’une enseigne de sabotier, en l’occurrence. Ne constitue-t-elle pas un symbole d’une poésie extraordinaire ? Alliant au sein du même objet l’aristocratique animal et le sabot du cul-terreux, placé au bas de l’échelle sociale… Il s’agit d’un manifeste et d’une invention indubitable.

Le sabot-cygne...

Le sabot-cygne...

Elle procède d’une tradition du sabot décoratif, comme le prouve l’illustration suivante, empruntée elle aussi à un autre livre de Raymond Humbert (Le sabotier, Éd.Berger-Levrau1t, 1979), où l’on voit la pointe du sabot se recourber en spirale. Cette sinueuse extrémité en appelait une autre, et c’est ici que le créateur du Sabot-Cygne est intervenu, poussant génialement le bouchon un peu plus loin, dans l’image parfaitement surréaliste, à la Pierre Reverdy, image fusionnelle de deux images ordinaires dont la réunion ouvre sur une nouvelle réalité, plus intense, plus poétique. « Porter un morceau de forêt à ses pieds, c’était déjà inattendu ; voir une bûche devenir sabot sous l’outil de l’artisan, c’était fascinant ».(R. Humbert, Le Sabotier). La relation directe avec la nature était l’apanage des artisans ruraux. Leur regard, exercé à la quotidienne contemplation des métamorphoses naturelles, renvoyait à l’esprit des sollicitations analogiques. Un sabot pouvait devenir un bateau, ou un cygne, pourquoi l’artiste populaire anonyme n’avait pas droit au jeu des illusions ?

sabots bretons, Gazogène
sabots bretons, XIXe, musée de Laduz

Des sabots bretons conservés au musée de Laduz trompent l’œil, laissant surgir des orteils incongrus peints couleur chair, assurant la confusion du contenant et du contenu bien avant le surréalisme et en  particulier bien avant le tableau de René Magritte, Le Modèle Rouge, de 1931… Avis aux amateurs de parallèles entre arts populaires, et création moderne (je pense à cette exposition, intitulée pour le moment « Visions parallèles, artistes modernes et art des marginaux » en préparation à Los Angeles, prévue du 11 octobre 1992 au 3 janvier 1993)…

Les pieds eux-mêmes ont quelque chose de profondément mystérieux. Extrémités de nos membres inférieurs, c’est la partie du corps qui est restée à terre alors que nos membres supérieurs ont accompagné le buste qui s’est dressé à l’orée de l’histoire des premiers hommes. Les pieds ont quelque chose de noueux qui les apparente aux racines, aux raves. Les veines y saillent parfois avec plus de proéminence que sur les mains. Comparés à ces dernières, ils paraissent des parents pauvres, n’ayant aucune valeur d’outils aux fonctions multiples. On dit d’ailleurs « bête comme ses pieds »… Comme c’est cruel pour cette part au fond terriblement animale de notre anatomie, et peut-être obscurément méprisée à cause de cela…

L’homme du peuple, membre inférieur lui aussi dans le grand corps de la société capitaliste -qui au tournant du siècle commence son grand nettoyage du monde rural-, sent instinctivement tout cela. Dans le désir d ‘habiller un pied nu passe peut-être aussi le désir d’anoblir ce dernier, et de lui trouver mieux que les gants pour les mains. Le sabot-cygne nous l’a déjà prouvé. Mais il y a aussi les pantoufles, les délicates mules où se glissent les petons mutins des grisettes des grandes villes.

Citons donc Morris Hirschfield, directeur d’usine qui confectionne des pantoufles, et grand artiste devant l’Éternel, rendu célèbre par le critique et collectionneur Sydney Janis et par André Breton, de passage aux États-Unis. Cet émigré d’origine polonaise est célèbre pour ses nudités chastes aux perspectives Quelque peu égyptiennes (à la fois de face et de profil), dont le hiératisme de la retenue leur assure’ une séduction sans exemple.

Morris Hirschfield
Morris Hirschfield

Et puis, puisqu’on en est aux naïfs, je voudrais mentionner un autre créateur d’envergure, Maître-cordonnier à la retraite, Orneore Metelli, dont la notice, que je joins à ce texte, signale qu’il fit « partie du jury de l’exposition internationale de souliers »(Sic) de 1911. On imagine le Parc des Expositions de la Porte de Versailles d’aujourd’hui semé de millions de godasses de tous styles et de toutes provenances, avec un stand réservé au numéro spécial de Gazogène consacré à l’art brut et la tatane…

METELLI, Orneore
Né en 1872 à Terni, Julie. Maitre-cordonnier. Fait partie en 1911 du jury de l’exposition internationale de souliers, Paris. Commence à peindre à l’âge de 50 ans, pour occuper les soirées d’hiver. Amateur de musique, il était membre de l’orchestre municipal de Terni. Peignit surtout des scènes de 1a vie de sa ville et son architecture. Expositions nombreuses. Mort en 1938 à Temi.
(
Les Maîtres de l’art naïf, Otto Rihalji-Merin)

Ceci dit, je ne connais pas de tableau de M. Metelli où la chaussure jouerait un rôle particulier. Mais il est vrai que nous sommes assez peu riches en expositions et en livres concernant l’art naïf !, et que donc l’illumination peut encore venir sur ce point.

Sensible à l’architecture comme Metelli, Martial Besse, habitant la Castagnal sur la commune de Bournel dans le Lot-et-Garonne (voir notre article à son sujet dans la revue Création Franche n04), a commencé à orner son jardin de statues bizarres en recopiant, à échelle cependant considérablement réduite, une maison-chaussure qu’il avait aperçue dans un magazine et qui se trouvait en Inde, à Bombay. Je pense que c’est le même monument que l’on peut voir reproduit dans le livre de Schuyt, Elffers et Collins, Les Bâtisseurs du rêve. Les deux photos présentées ci-après, montrent bien qu’il y a une similitude quasi-parfaite de l’une à l’autre.

Je préfère le monument indien, ceci dit, dont les proportions donnent plus d’impression. On notera avec intérêts que cette maison-soulier fut réalisée d’après une chanson anglo-saxonne, à ce qu’il apparaît dans le commentaire relatif à la maison réalisée par une certaine famille Clayton, habitant Jersey (commentaire extrait des Bâtisseurs du rêve). La petite vieille qui habitait dans un soulier appartient au répertoire des enfants anglais… On ne sort pas de l’enfance, cela montre à l’évidence les rapports qu’entretient la culture populaire avec la mémoire de l’enfance. Les proportions sont faussées, la réalité se réfracte dans le miroir de l’imagination,sans censure de la raison, un monde plus en accord avec les désirs fantasques des individus se bâtit sous d’innombrables prétextes, dont l’architecture destinée à la fête, l’art dit forain, représentent un des plus géniaux exemples. La publicité elle-même, en tentant de détourner à son profit le goût populaire pour la farce et le conte de fée, se laisse aller à ériger des monuments incongrus, des bottes-abris.

Martial Besse

En haut : Le jardin de Martial Besse

La chaussure arrivée à un tel point développement ludique et plastique qu’elle en est devenue architecture ne trouvera pas d’autre stade d’exploitation. À moins que l’on considère la carte géographique de l’Italie comme un ultime pied-de-nez de Dieu à tous les bottiers-faiseurs d’enseignes ? Ce serait un hommage réalisé en grandes pompes, en ce cas…

Bruno Montpied, 15 décembre 1991
Gazogène n°02


Conservatoire du sabotier à Mayrinhac-Lentour

POURQUOI et COMMENT je pense réaliser un conservatoire du sabotier

à Mayrinhac-Lentour

André Roumieux, Lettre
André Roumieux, Lettre

Mon grand-père et mon père ayant été sabotiers ; je ne vais pas dire que je suis né dans un sabot, mais j’ai grandi, vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, parmi les paroirs, les gouges, les cuillères, etc., et les sabots. Je couchais au dessus de la boutique de mon père et je me suis endormi pendant des années au bruit du marteau sur les galoches, en particulier le samedi soir où mon père travaillait jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et puis, après l’avoir beaucoup vu faire, il m’a appris les rudiments du métier !

Je peux dire aussi que ma première rencontre avec l’ art populaire a eu lieu dans son échoppe. L’artisan, alors, n’était pas fabricant-producteur de marchandise stéréotypée mais un créateur : chaque sabot pouvait être considéré comme une œuvre de création.

En dehors de tous sentiments familiaux, j’ai pour eux beaucoup de considération et de reconnaissance et il me semble important que leur histoire soit toujours présente parmi nous. Car ainsi que la plupart des sabotiers mon grand-père et mon pire son morts. Il me reste leurs outils. Eux ne meurent pas, même s’ils sont souvent ensevelis dans l’abandon et l’oubli, comme l’étaient ceux de mon père, rangés dans un coin de grange…

Il suffit de les replacer parmi nous pour les faire revivre dans un nouveau contexte : celui d’un conservatoire.

Mais l’outil à lui seul ne reconstitue pas totalement la mémoire de ces hommes et de leur temps ; aussi, j’ai l’intention de présenter avec ces outils et un assortiment de sabots, des documents (photos, cartes postales, tableaux, affiches, autographes, publicités, livres, brochures… ) se rapportant bien sûr aux sabotiers et aux sabots mais encore à l’histoire locale, ainsi qu’aux périodes de notre histoire de France au cours desquelles on a pu voir des hommes, des femmes, des enfants en sabots crier l’Évènement.

Ainsi nous irons des paysans quercynois ; aux femmes de Paris allant chercher le Roi à Versailles, en passant par les soldats de l’An II et les croquants du Périgord.

Tu y viendras, avec tes proches, avec tes amis, et nous fêterons ensemble la Saint-René, patron des sabotiers, à la manière de ceux qui, aujourd’hui, ont à cœur de reconstituer, de protéger, d’entretenir la mémoire de nos anciens, ces hommes de peine et de création.

Voilà, cher Jean-François, ce que j’ai l’intention de faire et de vivre à Mayrinhac-Lentour. Vaste &.passionnant programme : nous n’avons pas fini d’en parler !

André Roumieux
Gazogène n°2


Aux va-nu-pieds de l’art

À la mémoire de mon Arrière-Grand-Père, Joseph Chapusot, savetier à Liesle-sur-Doubs.

Aux va-nu-pieds de l'artAux va-nu-pieds de l’art

Cette deuxième livraison de Gazogène va suivre un fil qu’on peut trouver à priori étrange, voire saugrenu : La CHAUSSURE sous toutes ses formes ! Outre sans doute de freudiennes raisons, j’avais depuis longtemps remarqué un fait curieux touchant le mouvement révolutionnaire français : on y trouve un nombre très important de savetiers, cordonniers, sabotiers et autres bottiers sans compter les bouifs, les gnafs et quelques Gnafrons…

Et, de QUOI S’AGIT- IL EXACTEMENT’?

Certes, le nom de Lehautier, « petit cordonnier inspiré » selon André Salmon dans La Terreur Noire, n’évoque hélas plus rien, pas plus que Liabeuf, autre ouvrier-cordonnier, qui, injustement accusé, se venge en tuant un policier et en en blessant sept autres à coup de tranchet. Comme il est condamné à mort, le soir de son exécution des échauffourées éclatent. Bientôt, c’est l’émeute. À l’aube, 30.000 personnes selon la presse de l’époque se battent encore contre la police ! Le nom de Jean Grave, lui aussi cordonnier, propagandiste de l’Anarchie, devenu typographe, est- il plus connu ?

Mais, ET LA CRÉATION DANS TOUT CELA ?

Si nous citons Jean Giono, Louis Guilloux ou Jean Guéhénno, je peux supposer que mes lecteurs vont commencer à entrevoir ce lien entre la chaussure et la création ! Dans Jean Le Bleu, Giono a magnifiquement évoqué son père, carbonaro italien, cordonnier à Manosque, Louis Guilloux le sien dans La Maison du Peuple, révolutionnaire obstiné et tranquille, tout comme celui de Jean Guéhénno…

Jean-François Maurice
Gazogène
n°02


Augustin Pelufo

Art brut pas mort !

Augustin Pelufo

Augustin Pelufo
« Art brut, pas mort ! », Augustin Pelufo

L’article de presse ci-joint mérite un complément : rencontrer Pelufo c’est respirer à fond un grand bol d’air frais et crier d’autant plus fort : « Art brut, pas mort ! » Quelle vitalité, quelle joie de créer, quelle fantaisie ! Ah ! combien de petits maîtres de l’art dit singulier feraient pâle figure à côté de cet énergumène de 82 ans!
Ses matériaux de base : des cageots d’orange marque Spania et des  boîtes de thon (je suis désolé d’en avoir oublié la marque). Avec ça, il fait tout, monsieur Pelufo. Et d’ailleurs, il le dit « ICI FABRIQUE DE TOU », « CREATEUR – VOUS POUVEZ PHOTOGRAFIER TOU GRATIS »,  « ICI, AUX CENT MILLE TRUCS », « VIVE CARNAVAL »…
L’intérieur est un véritable capharnaüm où s’entassent les objets les plus hétéroclites autour d’une Arche de Noé…
Avec monsieur Pelufo c’est un bain de Jouvence, un retour aux sources…

Merci, et longue vie à vous, monsieur Pelufo.

Jean-François Maurice
Gazogène n°10


André Roumieux : un conservatoire du sabotier

POURQUOI et COMMENT je pense réaliser un conservatoire du sabotier

à Mayrinhac-Lentour

André Roumieux, Lettre
André Roumieux, Lettre

Mon grand-père et mon père ayant été sabotiers ; je ne vais pas dire que je suis né dans un sabot, mais j’ai grandi, vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, parmi les paroirs, les gouges, les cuillères, etc., et les sabots. Je couchais au dessus de la boutique de mon père et je me suis endormi pendant des années au bruit du marteau sur les galoches, en particulier le samedi soir où mon père travaillait jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et puis, après l’avoir beaucoup vu faire, il m’a appris les rudiments du métier !

Je peux dire aussi que ma première rencontre avec l’ art populaire a eu lieu dans son échoppe. L’artisan, alors, n’était pas fabricant-producteur de marchandise stéréotypée mais un créateur : chaque sabot pouvait être considéré comme une œuvre de création.

En dehors de tous sentiments familiaux, j’ai pour eux beaucoup de considération et de reconnaissance et il me semble important que leur histoire soit toujours présente parmi nous. Car ainsi que la plupart des sabotiers mon grand-père et mon pire son morts. Il me reste leurs outils. Eux ne meurent pas, mime s’ils sont souvent ensevelis dans l’abandon et l’oubli, comme l’étaient ceux de mon père, rangés dans un coin de grange…

Il suffit de les replacer parmi nous pour les faire revivre dans un nouveau contexte : celui d’un conservatoire.

Mais l’outil à lui seul ne reconstitue pas totalement la mémoire de ces hommes et de leur temps ; aussi, j’ai l’intention de présenter avec ces outils et un assortiment de sabots, des documents (photos, cartes postales, tableaux, affiches, autographes, publicités, livres, brochures… ) se rapportant bien sûr aux sabotiers et aux sabots mais encore à l’histoire locale, ainsi qu’aux périodes de notre histoire de France au cours desquelles on a pu voir des hommes, des femmes, des enfants en sabots crier l’Évènement.

Ainsi nous irons des paysans quercynois ; aux femmes de Paris allant chercher le Roi à Versailles, en passant par les soldats de l’An II et les croquants du Périgord.

Tu y viendras, avec tes proches, avec tes amis, et nous fêterons ensemble la Saint-René, patron des sabotiers, à la manière de ceux qui, aujourd’hui, ont à cœur de reconstituer, de protéger, d’entretenir la mémoire de nos anciens, ces hommes de peine et de création.

Voilà, cher Jean-François, ce que j’ai l’intention de faire et de vivre à Mayrinhac-Lentour. Vaste &.passionnant programme : nous n’avons pas fini d’en parler !

André Roumieux
Gazogène n°2


Gazogène n°01, présentation

Gazogène, premier numéro

Gazogène : introduction et sommaire, par Jean-François Maurice, juillet 1991
Gazogène : introduction et sommaire, par Jean-François Maurice, juillet 1991

En guise de sommaire :

Féérie pour une autre joie

Dubuffet dans un texte cherchant à définir l’Art Brut en vient à s’exclamer – ou à peu près : « … et tout le monde voit bien de quoi je veux parler ! ». De même, Michel Trevoz m’écrivit une fois – ou peu s’en faut- qu’il fuyait les « Congrès » et autres « Colloques » où l’on discute pour savoir si le vert est vert et ainsi de suite. J’avoue avoir fait mienne cette position et l’avoir dit – bien mal sans doute – dans de précédentes brochures. Et me voici, ici, récidiver. Si j’ai consacré quelque temps aux personnes qui vont suivre – loin des Fouquiers-Tinville de l’art singulier et de la création populaire – c’est que je crois qu’à des titres divers, ils le méritent ! Tout simplement ! Y compris les anonymes, cela va de soi !

Et maintenant, place aux

incivilisés,
aux incivilisables,
à l’incivisme :

P.S. : Certains se sont étonnés – et s’étonnent encore, et auront l’occasion de continuer à le faire – de me voir poursuivre ces activités parallèlement à d’autres comme celles déployées pour la revue de La Création Franche. Simplement je crois que toujours l’existence – et que dire alors de la création ! – échappe aux catégories faites pour la cennen. Si vous ne comprenez pas, relisez le texte ci-dessus.

Jean-François Maurice, juillet 1991
Gazogène
n°01