Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Thierry Lambert, « L’Indien Blanc »

« L’Indien Blanc »

par Jean-François Maurice

"L'esprit des mondes premiers", Thierry LambertThierry Lambert : L’Esprit des Mondes Premiers

L’attirance de Thierry Lambert pour l’art des Indiens des plaines n’est pas un jeu gratuit ni même une simple fixation à l’enfance. Elle recoupe une attitude plus générale face à la vie, attitude que faute de mieux nous qualifierons de panthéiste. Son souhait de nudité, de « peindre nu », a pu sembler outrancier et caricatural mais je le crois sincère et en accord avec sa sensibilité et sa vision du monde.

Certes, Thierry Lambert n’a pas la naïveté d’imiter l’art des Indiens ! Mais il cherche, comme eux, à se replacer face au monde dans une position de  « médium » pour lequel l’art, la création esthétique, n’implique aucune transcendance. L’artiste n’est qu’un « passeur de choses », un « couturier de réalité » en apparence disparates. Voici pourquoi les personnages dessinés et coloriés s’apparentent à mes yeux à des patchworks ou prédominent les formes triangulaires et les lignes brisées. Ils semblent réalisés à main levée et comme limités par une invisible aiguillée : plus de fil au bout de l’aiguille de l’imagination et le dessin s’arrête !

Quelle destin peut avoir une telle forme d’expression ? Ne va-t-elle pas s’appauvrir, se scléroser, devenir stéréotype à l’instar d’autres formes « médiumniques » ? Ne peut-elle devenir caricature d’elle-même une fois exploré toutes ses potentialités symboliques ?

Ce danger, Thierry Lambert l’a déjoué en réalisant des livres uniques à partir de textes inédits d’auteurs tels Andrée Chedid, Michel Butor, Bernard Noël…

Ainsi s’enchevêtrent signes et symboles, correspondances visuelles et conceptuelles.

L’écriture magique rejoint la magie de l’écriture. Pour notre plus grand plaisir.

Jean-François Maurice
Gazogène n°16

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Scalpa, mon ami

PASCAL LABADIE, MON AMI

SCALPA

Sur le suicide de Pascal Labadie…

En Novembre dernier, Pascal Labadie, alias SCALPA, a décidé de descendre du train en marche. Ce choix est le sien. « Vous n’ y pouvez rien », avait-il écrit sur les murs de l’espace-galerie du studio BANAL à Toulouse, lieu du dernier havre où il avait jeté l’ancre avec la complicité de tous les amis.

Tout était prévu, y compris l’ultime mise en scène. Sans parler de son exposition dont nous refîmes les invitations rédigées de sa main. C’est Sarah qui a du affronter l’organisation de ce « vernissage » si tragique.

Toute existence a sa part d’ombre, son lot de mystère, sa face ignorée. Chacun emporte aussi du disparu son image. Pour moi, c’est un coup de sonnette, vers midi, qui le voyait arriver bouillonnant de projets ! Combien de dossiers, certains fort élaborés, n’ai-je pas eu entre les mains ! Car Pascal c’était cela : tout feu, tout flamme ; il ne se disait même plus parfois « créateur » mais « communicateur ». Ultime pirouette pour celui que la société de communication ulcérait.

Signes de Scalpa

Signes de Scalpa

Jean-François Maurice
Gazogène
n°14-15


Fragment de Jean-Pierre Spilmont

(sur Marc Pessin)

COMMENT NE PAS LAISSER RÉSONNER EN NOUS CES PHRASES DE JEAN-PIERRE SPILMONT, CICATRICES DU SILENCE ?
COMME EN QUELQUE IMPROBABLE VERSION, LAISSONS SUR LE BROUILLON DES FRAGMENTS DE SIGNES, DES LAMBEAUX ONIRIQUES D’UN IMMOBILE VOYAGE…

« … L’AVENTURE SOLITAIRE D’UN LANGAGE… QUELQUE CHOSE QUI N’APPARTIENT QU’À NOUS… LE PARCOURS, LA RÉSURGENCE… RIEN NE SURGIT PAR LE HASARD NI NE VIT NI NE SURVIT JAMAIS… LA RECHERCHE D’UN DOMAINE SANS NOM, D’UN UNIVERS PERDU OÙ SEULS PEUT-ÊTRE ONT ACCÈS LES NOMADES, CEUX À QUI L’IMPLACABLE ERRANCE PERMET DE POURSUIVRE UNE VOIE OÙ NUL D’ENTRE EUX NE SAIT JAMAIS OÙ ELLE CONDUIT VRAIMENT… IMMOBILE VOYAGE… ÉVIDENCE DES TRACES . .. OS , FIBRES, POLLEN PROVISOIRE DU SILENCE, VESTIGES… L’OMBRE PORTÉE DE CE QUI FUT TÉMOIN D’ON NE SAIT QUELS LOINTAINS ÉCHANGES… ARCHIVES OBSOLÈTES… LA VIE PERDUE PEUT RENAÎTRE À LA VIE…
PARCHEMINS À LA CÉCITÉ PROVISOIRE

J’AI PENSÉ À RIMBAUD
… »

VOICI, DANS LE SILENCE DE LA NUIT, CE QUE J’AI GRIFFONNÉ EN ENTENDANT LE TEXTE DE JEAN-PIERRE SPILMONT ET EN VOYANT JUSQU’À L’ AUBE LA CASSETTE DE MARC PESSIN…

L’ÉRUDITION C EST LE FANTASTIQUE MODERNE ÉCRIT QUELQUE PART BORGES, ET SI UN ADJECTIF PEUT QUALIFIER LA CRÉATION DE MARC PESSIN, C’EST BIEN CELUI DE BORGÈSIENNE ! VOYEZ EN EFFET CES PAQUETS DE MANUSCRITS, TAPUSCRITS ?, FICELÉS, CES ARCHIVES IMPROBABLES ET POURTANT SI RÉELLES, CES SCEAUX SOUS VITRINE COMME AUTANT DE MATRICES POUR DE FUTURES GÉNÉRATIONS, CES ROULEAUX, CES CACHETS DE CIRE ROUGE ET BRUNE, CES PAPIERS DÉCHIQUETÉS, CES CARACTÈRES COMME RONGÉS PAR LES POISSONS D’ARGENT… NOUS VOICI CONFRONTÉS AUX SIGNES DE NOTRE SURVIE QUI SONT AUSSI CEUX DE NOTRE DISPARITION…

Jean-François Maurice
Gazogène n°04


Pascal Labadie, alias Scalpa

C.H.A.N.T.I.E.R


IL SUFFIT D’UN RIEN POUR PASSER DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR, OU POUR PASSER À CÔTÉ.

C’EST PAR HASARD QUE J’AI RENCONTRÉ « SCALPA » EN VOYANT UN ÉTRANGE ET SINGULIER JOUET EN BOIS DANS LA VITRINE D’UNE NON MOINS CURIEUSE BOUTIQUE À L’ENSEIGNE DU « CHARIOT DE NOÉ ». NE LA CHERCHEZ PLUS, MÊME SUR MINITEL, ELLE A AUJOURD’HUI DISPARU.

À CE JOUR, PASCAL LABADIE ALIAS « SCALPA » EST CHAUFFEUR ET FAIT DES STAGES DE MAÇONNERIE, COMME COFFREUR, À L’A.F.P.A. DE TOULOUSE…

AU DÉPART SON ITINÉRAIRE SEMBLAIT TOUT TRACÉ. NÉ À TOURS IL A UN PEU PLUS D’UNE QUARANTAINE D’ANNÉES DANS UN ENVIRONNEMENT CULTUREL DE CHOIX – SON GRAND-PÈRE ET SON PÈRE ÉTAIENT DES ARCHITECTES CONNUS – S’IL NE FAIT AUCUNE ÉCOLE D’ART, IL POURSUIT CE QUI AURAIT PU ÊTRE UNE CARRIÈRE DE PLASTICIEN ET/OU DE GALERISTE, VOIRE D’ORGANISATEUR D’EXPOSITIONS. CEPENDANT LES CHOSES SE DÉROULERONT DE FAÇON BIEN DIFFÉRENTES ! LE CHEMIN TOUT TRACÉ, CE N’ÉTAIT PAS POUR LUI.

PARALLÈLEMENT À UNE VIE PERSONNELLE CHAOTIQUE, IL S’ÉLOIGNERA DE L’ART OFFICIEL. PETIT À PETIT SES CRÉATIONS DÉRIVERONT – COMME UN REFUGE ? – VERS UN MONDE PRIMITIF AUX COULEURS ÉLÉMENTAIRES, JAUNE, BLEU, ROUGE ET AUX FORMES LES PLUS ARCHAÏQUES. DE SURCROIT, LES THÈMES SE RAPPROCHENT DE PLUS EN PLUS D’UN ART À L’ÉTAT FRUSTRE : SIGNES ÉLÉMENTAIRES, SYMBOLES NAÏFS, PERSONNAGES SIMPLISTES À PEINE ESQUISSÉS, ANIMAUX ÉTRANGES ET INCONNUS, MASQUES AUX ORIGINES INDÉFINISSABLES… AU POINT CEPENDANT QUE TOUT CELA NE FINISSE PAR FORMER UNE GRANDE FAMILLE DONT LES FORMES SE RETROUVENT DE TABLEAU EN TABLEAU AVEC DES PARENTÉS, DES FILIATIONS, DES RESSEMBLANCES… UNE TRIBU, UN MONDE CRÉÉ DE TOUTES PIÈCES COMME CONTREPOIDS À UNE SITUATION MATÉRIELLE ET AFFECTIVE DE PLUS EN PLUS PRÉCAIRE.

MALGRÉ CELA, UNE DIMENSION LUDIQUE N’EST JAMAIS ABSENTE DE CETTE « ARCHE DE NOÉ » DE LA CRÉATION/RÉ-CRÉATION. SES « ŒUVRES-JOUETS » ET « OBJOUETS » TROUVERONT LEUR CONSÉCRATION AVEC L’EXPOSITION D’UNE SÉRIE D’ŒUVRES MUSICALES : LE SPECTATEUR ÉTAIT CONVIÉ À DEVENIR ACTEUR EN SOUFFLANT, FRAPPANT, TAPANT, TIRANT, LANÇANT BREF ANIMANT LES DITES « BOITES-MUSICALES » QUI ÉTAIENT POURTANT COMME AUTANT DE PETITS TABLEAUX OU DE PETITES SCÈNES.

Pascal Labadie : Scalpa
Le monde de SCALPA, C.H.A.N.T.I.E.R…
MAIS POUR « SCALPA » LA CRÉATION ÉPOUSE TOUTES LES VICISSITUDES DE LA VIE : INSCRIT EN STAGE DE FORMATION DE COFFREUR EN BÂTIMENT IL CRÉE ET S’EXPOSE SUR LES LIEUX MÊMES DE L’A.F.P.A. DE TOULOUSE, ET IL ENTRAINE DANS CETTE AVENTURE LES AUTRES STAGIAIRES DE SON GROUPE. C’EST UNE AUTRE TRIBU QUI S’EXHIBE : « C.H.A.N.T.I.E.R. », SOUS L’ÉGIDE D’ UNE FORMULE NOUVELLE, IRONIQUE ET PROVOCATRICE : « L’ART BRUSK » !!! « SCALPA » VA Y CRÉER UN MONDE À PART, DE TOUTES PIÈCES, AUSSI INSOLITE QUE DÉRISOIRE ET SURTOUT ÉPHÉMÈRES IL VA EN EFFET CRÉER, UTILISER, EXPLOITER ET EXPOSER DANS LES CONSTRUCTIONS FAITES PAR LES STAGIAIRES, VÉRITABLE VILLAGE GRANDEUR NATURE,  ET DESTINÉ A ÊTRE DÉTRUIT À LA FIN DE CHAQUE STAGE, POUR ÊTRE RECOMMENCÉ DE NOUVEAU PAR D’AUTRES…

QUEL NOUVEAU MONDE VA MAINTENANT FAIRE SURGIR « SCALPA » ? DANS QUEL ENVIRONNEMENT ET AVEC QUI ? QUELS VESTIGES PRIMITIFS VA-T-IL PORTER AU JOUR, À QUELLE CULTURE ARCHAÏQUE VA-T-IL NOUS FAIRE CROIRE ?

MAIS OÙ EST-IL AUJOURD’HUI ? VA-T-IL, COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT, SONNER À NOTRE PORTE AVEC, SOUS, LE BRAS UN PAQUET DE PROJETS ? QUI SAIT ?

Jean-François Maurice
Gazogène n°03