Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Jacques Martinez

Aucun amateur d’art singulier ne devrait négliger les Syndicats d’Initiatives. Car si la grande majorité des expositions qu’on peut y voir ne dépasse pas le niveau du macramé et de la peinture sur soie style troisième âge bien encadré, il arrive parfois pourtant qu’un véritable « franc-tireur » de la création s’y manifeste.

C’est ce qui s’est passé au printemps dernier, à Cahors, avec un certain Martinez.

Jacques Martinez
Jacques Martinez

Un certain Martinez

Né dans cette même ville en 1936, le voilà à l’âge de 17 ans, à la suite du décès accidentel de son pète, propulsé chef d’une entreprise de maçonnerie. Funeste événement et funeste responsabilité qui se traduiront par la faillite et les dettes mais, plus grave encore par ce qu’il faut bien appeler la perte de sa jeunesse.

Commencent alors des années de galère à Paris, toujours poursuivi par les échéances et les remboursements mais avec toujours une bonne dose d’humour et une certaine innocence permettant de dépasser la misère la plus noire.

Puis c’est le retour à Cahors.

Là, dans le sous-sol d’un pavillon Jacques Martinez va commencer à peindre en 1981, refaisant en toute naïveté l’itinéraire de la figuration à l’abstraction !

« Déconstruisant » la ville qu’il a sous les yeux il la recompose et la transpose dans son amoncellement de briques, de tuiles, de murs … pour le plus grand plaisir du spectateur. Il fallait entendre les réflexions durant cette mémorable exposition ! « C’est du Klee » disaient certains ; « C’est du Bissière »,  répondaient d’autres » ; « C’est cubiste » ; « Pas du tout, c’est du Naïf » … Mettons tout le monde d’accord : c’est du Martinez, un point c’est tout !

Peinture de Jacques Martinez

Ses ouvrages sont du reste exécutés avec la plus grande spontanéité et une totale liberté dans la composition sans aucune référence à d’autres artistes reconnus. Pour cette raison, Jacques Martinez utilise volontiers les pastels et les craies qui permettent une exécution immédiate comme la reprise ultérieure en fonction des moments disponibles. Face à cette œuvre importante tant par la qualité que par la quantité nous sommes une nouvelle fois confrontés avec un art spontané dont pourtant les subtilités et les trouvailles nous émerveillent.

Jean-François Maurice
Gazogène n°01

Le site de Jacques Martinez


Antonio Lavall

L’enfance de l’art d’Antonio Lavall

Dire d’Antonio Lavall qu’il fait de « L’Art Frustre » serait péjoratif. Et pourtant comment qualifier sa « production » ? Art instinctif ? Art Naïf ? Art Spontané ?

Ancien maçon d’origine espagnole, Antonio Lavall vit à Saint-Pierre-Toirac, dans le Lot. Sa modeste maison au bord de la Départementale se fait remarquer des amateurs d’art singulier car son jardinet est hérissé de sculptures de bois ou de ciment peint, ceinturé de tuiles ornées de scènes naïves (1) …

Antonio Lavall, artisteMais Antonio Lavall ne peint pas que les tuiles ! La partie la plus abondante de son œuvre est constituée de peintures exécutées sur de la toile à matelas.

Nous sommes là en présence d’une œuvre qui défie tous les critères de jugement ; un seul mot peut-être, celui « d’inqualifiable » ! Antonio Lavall est, au sens propre, hors les normes, plus brut que brut, naïf parmi les plus naïfs. Il y a de tout chez lui, les « copies » des chefs d’œuvre de l’art comme les pires clichés, des natures mortes comme des compositions imaginaires, de blanches caravelles toutes voiles dehors et, s’il le pouvait, des biches buvant à la source dans le soleil couchant ! Et je n’ai garde d’oublier La Joconde et La Naissance de Vénus à côté du portrait de Jean Marais ou d’une célébrité de la télévision …

Peinture, pensée.

Cependant au milieu de cette impressionnante production, on trouve des œuvres d’imagination plus particulières et plus personnelles : celles que l’auteur lui-même qualifie de « tableaux pensés ».

Peinture d'Antonio Lavall, in "Gazogène" n°01

Peinture d'Antonio Lavall

Dans cette catégories se trouvent des hommages à Salvador Dali qu’il admirait – bien que : « Lui, il est Catalan et moi de Valence » ! – où l’on voit celui-ci monter au ciel entouré d’anges-artistes… Également des séries sur la corrida ou les bodegas, l’artiste et son modèle ou l’attente des prostituées dans les cafés ; mais aussi les Gitans et les Gens du Voyage… Pour Antonio Lavall la rapidité d’exécution est le signe de son talent : dès qu’il a une idée, il prépare cinq ou six toiles et les exécute en série mais en changeant chaque fois un détail ou une partie ! Ainsi ; pour les natures mortes, nous assistons à de véritables métamorphoses quasi surréalistes ; Qu’on en juge : une bassine avec des pommes de terre et un pain devient une citrouille avec des figues puis les pommes de terre deviennent des coquilles Saint-Jacques et la baguette un poisson.

Peinture d'Antonio Lavall

Peinture d'Antonio Lavall

L’artiste des Foires.

Malgré les sarcasmes et les moqueries Antonio Lavall n’hésitait pas à montrer son travail sur les foires et les marchés ; car une chose est certaine – en dehors de tout jugement esthétique – il tire de son travail une joie évidente et cette joie de créer est plus forte que tout.

Aujourd’hui sa mauvaise vue lui interdit, hélas, toute peinture. Il lui reste les sculptures auxquelles il s’adonne dans une petite « pièce » qu’il a ajoutée à son perron et qui témoigne de son besoin irrépressible de créer encore et toujours.

L'enfance de l'art : Antonio Lavall

Jean-François Maurice
Gazogène n°01

(1) Nous avons déjà signalé ce tout petit  « site » dans notre article L’art du bord des routes du Lot et des alentours dans Quercy Recherche n° 69/70 sans compter une indication dans Les Friches de l’Art et un petit texte dans notre brochure Les Galas de l’Ordinaire, Cahors, Novembre 1989.