Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

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Robert Roman : Le lion… un rêve.

Un Rêve

par Robert Roman

Les lions parlent-t-ils le langage des humains ? Question idiote, bien sur. Pourtant, celui que j’ai rencontré cette nuit, faisait bel et bien des efforts en ce sens…

"Six têtes blanches", Robert Roman, 1995
« Six têtes blanches », Robert Roman, 1995

Je me trouvais dans un appartement que je ne connaissais pas et me demandais comment j’avais pu arriver en ce lieu coloré envahit par des coussins moelleux et d’épais tapis aux motifs compliqués et aux couleurs multiples. J’étais à l’entrée du salon et de solides canapés de cuir m’interdisaient tout passage. Ma deuxième surprise fut de découvrir au milieu de cette assemblage surprenant de meubles et de tissus en tout genre un lion d’apparence docile qui me fixait comme un chien fixe son maître. Son aspect d’animal en peluche me rassura et je me rapprochai de lui. Il bondit brusquement, sautant par-dessus un canapé et me toucha presque. En moins de trois secondes, il avait disparu. Je l’entendis pourtant gratter dans la pièce d’à côté, la cuisine… Je m’y rendis. Le lion était là, plus pelucheux que jamais, avec un air d’enfant malheureux. Je décidai de m’approcher du fauve, lentement, plus près que jamais. Je l’observai en silence. Soudain, ses gestes semblèrent humain. Il se mit debout sur ses pattes arrières et une de ses pattes avant se tendit vers un sac de nourriture pour lion qui se trouvait sur le réfrigérateur : Avec ses griffes, il gratta l’emballage et de sa gueule animale sortirent quelques sons inattendus : « Ça… Ça… ». Je réalisai alors qu’il mourrait de faim et que quelque chose d’extraordinaire était en train de se passer. Le lion, pour se faire comprendre, avait dû sortir de sa condition naturelle et développer des efforts sur-animaux.

Rêve du 10 avril 1995
Robert Roman

Robert ROMAN publie ses textes sous forme de minuscules brochures : Les Éditions du Contentieux (Lieu-Dit Bourdet, 31470 Saint-Lys) .

Gazogène n°14-15

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« Ode à l’ogre » de Gaston Chaissac

(extrait)

Chant de l’oiseau encagé avec le serpent repu, voilà mon art. Gens qui passez, écoutez ma voix dans la foire. Calme serpentante, rire grossier, de fausset, de triste, d’enfiévré, fanfare d’armistice où on siffle à sa guise.

Et la fête a passé, le serpent remue à son réveil en une aube nouvelle. L’oiseau n’y pensait plus et un cri fut jeté, chant d’angoisse plus marqué dans l’indifférente clarté aux empreintes de griffes monstrueuses. Marche des trépassés marchant en terre fondre leur misère, iceberg en une mer où nul ne s’aventure. Les cris ont redoublé avant de se taire à jamais avant la pénombre. On les a enregistrés pour la discothèque.

On pourra réentendre les cris de vie en l’attente d’un trépas, entre chaud et frimas.

Ode à l’Ogre, Gaston Chaissac

Gaston Chaissac
Extraits, in Gazogène n°05


Gaston Chaissac : « Ode à l’ogre »

Ode à l’ogre

de Gaston Chaissac

(extrait)

Chant de l’oiseau encagé avec le serpent repu, voilà mon art. Gens qui passez, écoutez ma voix dans la foire. Calme serpentante, rire grossier, de fausset, de triste, d’enfiévré, fanfare d’armistice où on siffle à sa guise.

Et la fête a passé, le serpent remue à son réveil en une aube nouvelle. L’oiseau n’y pensait plus et un cri fut jeté, chant d’angoisse plus marqué dans l’indifférente clarté aux empreintes de griffes monstrueuses. Marche des trépassés marchant en terre fondre leur misère, iceberg en une mer où nul ne s’aventure. Les cris ont redoublé avant de se taire à jamais avant la pénombre. On les a enregistrés pour la discothèque.

On pourra réentendre les cris de vie en l’attente d’un trépas, entre chaud et frimas.

« Ode à l’Ogre », Gaston Chaissac

Gaston Chaissac
Extraits, in Gazogène n°05