Revue de l'art brut, des créations singulières, de l'art populaire et des expressions marginales ou bizarres. Art outsider, hors-normes, singulier…

Les Étonnants

Les Étonnants de Nevers

par Jean-François Maurice

Sur "Les étonnants" de Nevers

"Les étonnants" de Nevers

Heureusement, tout n’est pas si noir dans le grand jeu de piste de l’amateur d’art brut. Je m’étais engagé vis-à-vis de Caroline Bourbonnais à faire voyager un meuble brut de Saint-Céré à Dicy … Hélas l’homme propose et … le travail dispose ! Plus le moindre petit week-end de libre à l’horizon ! Même la promesse de Chablis n’y pouvait rien ! C’est alors que nous combinons avec André Escard un bon coup à l’occasion du vernissage de l’exposition Les Étonnants, de Nevers, le 13 Novembre 1993. Mais voilà : le meuble va-t-il entrer dans ma voiture ? Faut-il prendre le fourgon qui nous sert pour les foires ? Et dans ce cas entrera-t-il dans la voiture de Caroline Bourbonnais ? Eh puis il y a André qui n’aime pas conduire la nuit ! Et au fait Marie Espalieu a-t-elle pu réaliser un nouveau meuble ou va-t-elle nous céder l’ancien petit buffet ? Mais alors il faut le vaisselier qui devrait aller avec … Quel imbroglio ! Pourtant, comme par enchantement, tout va se résoudre au mieux. La Maison de la culture de Nevers,(qui avait déjà accueilli mon ami Jacques Martinez de Cahors pour une superbe exposition entièrement consacrée à ce très original peintre autodidacte, et fort singulier, dont nous avions parlé dans le premier numéro de Gazogène tant il nous semblait significatif) nous a donc reçu de superbe façon.

Les créateurs exposés le méritaient bien :

La force des bourrages de Francis Marshall emplissait l’espace sans interférer avec les personnages de Jano Pesset, ni avec ceux de Raymond Reynaud ; tandis qu’à l’entrée trônaient les turbulentes créatures d’Alain Bourbonnais. Plus loin la magie de Verbena se conjuguait avec celle de Marie-Rose Lortet…

Reinaldo Eckenberger

Quant à moi la découverte fut de voir en vrai le travail de Reinaldo Eckenberger, argentin d’origine mais créant à Salvador au Brésil. Ses poupées vivement colorées sont un régal non seulement pour les yeux mais pour tous les sens, comme si l’on participait à un immense carnaval imaginaire, à une fête sensuelle et pourtant si proche du tragique et du morbide.

Malheureusement, à trois reprises, alors que nous commencions à échanger quelques mots avec Reinaldo Eckenberger, nous avons été séparés ; par des journalistes, par des photographes… Ce créateur singulier aurait fondé un petit musée d’art singulier à Salvador, et pour se déplacer en Europe il utiliserait des trésors d’ingéniosité… Ce personnage attachant, nous le retrouverons certainement dans un prochain Gazogène.

Danielle Le Bricquir

Mais je bute sur Danielle Le Bricquir. Je retrouve avec plaisir cette autodidacte rencontrée la première fois chez Jean-Paul Baudoin. Dès cette première rencontre j’ai eu ce sentiment : une blessure secrète masquée sous les riantes couleurs d’une création exubérante…

Chris Besser

Mais Danielle Le Bricquir n’était pas seule; elle me présente Chris Besser dont je reçois à l’instant une lettre avec quelques photographies de son travail. Nous parlerons plus longuement de Chris Besser dans le prochain numéro. car ses visages en valent la peine.

Peinture de Chris Besser

Peinture de Chris Besser

Râak

Mais, avec Danielle Le Bricquir, il y a aussi « Râak » André Pillois. Dites tout simplement : « Râak »
Il est évident que l’on va reparler sous peu, ici ou ailleurs, de Râak !
Ses petites sculptures de terre cuite sont merveilleuses : avec une très grande économie de moyens, c’est toute une mythologie qui se développe sous nos yeux ébahis. Nous sommes en présence de formes primitives, masculines et féminines, antagonistes ou complémentaires, telles que nous pouvons les imaginer dans quelque monde disparu de l’Amérique Précolombienne. Hommes ou Femmes sont réduits à l’essentiel : verges ou vagins anthropoïdes ; à moins que cela ne renvoie aux créatures d’Aristopane dans Le Banquet de Platon ! Mais laissons tout cela : les créatures de Râak, les amateurs d’art singulier les retrouveront très certainement bientôt, car elles en valent le coup !

Eddie Bonnel

André Escard me présente alors un curieux personnage : Eddie Bonnel. Né en Écosse, à Glasgow plus précisément, en 1939, il habite dans le coin, à Bazolles. Ses créations se rapprochent plus, peut-être, d’un retour de quelque Présence Panchounette que de l’Art Brut ? Encore qu’en ces matières bien malin qui peut jouer l’arbitre des élégances. Récupérations, confrontations insolites, dénonciations et discours critiques … L’ensemble manifeste un savoir-faire certain. Alors ? Amuseur ou nouveau Chomo ? Qui peut le dire ?

Râak et Eddie Bonnel

Œuvres de Râak et Eddie Bonnel

Les antipodes de la création singulière :  Râak (terre cuite) & Eddie Bonnel (mannequin en matériaux de récupération)

Jean-François Maurice
Gazogène n°09

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